‹ Le beau et son histoireChapitre 10 sur 64 · LA MÉMOIRE. — LE RHTTHME ET LA SYMETRIE · texte numérisé non relu

LA MÉMOIRE. — LE RHTTHME ET LA SYMETRIE

et la gloire des nations, use constamment de stratagème, pour nous impressionner par la mémoire. Autour d'un point central, des deux côtés de certaines lignes ou de certains plans servant d*axes, elle reproduit les mêmes formes générales groupées de la même manière. Par là elle force le spectateur de faire un travail inconscient de comparaison et de vérification, pendant lequel les formes, se gravant dans son esprit, agissent de plus en plus sur le sentiment. £n même temps il découvre successivement les beautés de détail et apprécie la richesse et la convenance de l'ornemenlalion.' Cette disposition des édifices a reçu le nom de symétrie, et répond à une loi générale de la vie. Tous les êtres naturels, les cristaux même des rochers, sont plus ou moins symétriques, et toute' déviation de celte loi de leur existence, nous chaque et nous semble une erreur de la nature. Par la symétrie, Tordre s'aocuse dans les édifices, comme la perspective rétablit dans la peinture et le rhythme dans la musique. Ce n*est qu'en rapportant toutes les lignes à une unité principale, qu'on peut comprendre un monument, se le représenter et en garder l'image dans la mémoire. Car nulle grandeur ne se peut comprendre, si elle n'est pas rapportée à une unité, qui sert de point de comparaison. Sans la symétrie , la plupart des grandes constructions ne seraient qu'un chaos inextricable et produiraient une impression pénible» malgré la beauté et la perfection des détails. Des lois, qu'on peut exprimer le plus souvent par des rapports simples, se trouvent au fond de toute existence, et tous les détails, même les plus infimes, s'y rapportent. La simplicité fondamentale des dispositioas

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d'un édifice n'est donc que le résultat de robservafiôn d'un,e loi naturelle appliquée à la construction.

En môme temps qu'il use de symétrie, l'art fait appel au contraste. L'architecture moderne semble avoir délaissé ce second moyen de s'adresser à la mémoire par la comparaison. Le gothique en a fait usage souvent, et les Arabes surtout, l'ont constamment employé. Les monuments mauresques ne sont symétriques que dans leurs dispositions générales, dans celles qui servent de base à l'édifire , soit en plan , soit en élévation. Partout ailleurs le contraste nous frappe, nous étonne, et nous ravit en même temps. Dans une même salle rectangulaire , il arrive que les quatre faces présentent des dispositions et des aspects différents , et par un charme inexplicable , tout cela se 'fond dans un ensemble harmonieux. La mosquée de Cordoue, l'Alcazar de Séville et l'Alhambra de Grenade sont autant de rêves des mille et une nuits, que le voyageur croit faire tout éveillé. La vivacité de l'impression est peut-être due à Tabsence même de celte symétrie majestueuse mais monotone, dont nos grands édifices nous ont donné l'habitude. Dans la peinture et surtout dans la musique, ' on dirait que l'harmonie des couleurs et des sons ne se complète que par les dissonances et les oppositions. La tranquillité du ciel bleu et le calme de la nature contrastent, dans un tableau, avec le mouvement des figures , comme la lumière avec l'ombre (1). Une phrase

(1) Dans la nature , il y a constamment contraste entre les tons de U lamière et ceux de Tombre. Si la lumière est chan.Io et jann?, rombre

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