‹ Le beau et son histoireChapitre 11 sur 64 · LA MÉMOIRE. — LE RHTTHME ET LA SYMÉTRIE · texte numérisé non relu

LA MÉMOIRE. — LE RHTTHME ET LA SYMÉTRIE

musicale dite par le violon est répétée par lé cor, et reprise par Torchestre de façon à produire à la fois la répétition, qui répond à la symétrie, et le contraste qui relève la phrase répétée : elle jaillit ainsi de Tensemble, et dans la mémoire se grave l'idée musicale et son expression. Lorsque le musicien reproduit succès^ sivement les mêmes idées, il facilite à l'esprit de l'auditeur le travail de la compréhension , sans lequel le sentiment du beau ne peut pas naître; mais quand à la fin de l'opéra du « Prophète » il fait revenir des phrases du premier acte , qui retentissent au milieu des situations nouvelles comme un frais souvenir de jeunesse et d'amour, il a recours à la fois à la symétrie et au contraste. En peignant ses deux grands tableaux , la Multiplication des pains et Xloise frappant le rocher (1), Murillo semble avoir voulu respectivement reproduire l'idéal de la faim et celui de la soif, habillés de diverses manières selon l'âge , le sexe et la position sociale des figures qu'il a créées. La répétition de la même expression sur des figures si différentes ,. exalte, par fe constraste, l'effet produit par ces tableaux. Dans la poésie antique tout l'artifice du poëte consistait à reproduire la même idée par deux images différentes et juxtaposées, ou à opposer une idée à une autre, qui lui servait de contraste et de repoussoir. Ainsi se formule la poésie hébraïque telle que la Bible nous Ua transmise. Aujourd'hui le rhythme et la rime font ressortir l'expression poétique , à laquelle ils apportent un concours purement matériel , comme une belle dra-

(1) Ces deax tableaux »e trouvent à Péglise de la Caridai, à Séville.

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perie masque, sans les cacher, et fait ressortir les fortnes idéales de la statue.

La répétition et le contraste sont surtout employés liour produire les effets comiques, qui doivent provoquer le rire. Un homme qui fait une chute mal à propos, ne se trouve plus dans les conditions vraies de • la situation , sa position prête à la gaité. Mais cette galté serait passagère et bientôt effacée par le travail de l'attention , si l'effet n*élait accentué par la répétition , assaisonnée elle-même par le contraste. C'est ce que les auteurs comiques ont parfaitement senti. Un homme ne tombe jamais seul, à moins que par sa chute il ne contraste puissamment avec la situation générale de rintrigue et contribue à la dénouer. Le plus souvent il s'accroche au voisin, qui accroche une table, etc., et il se produit une série de petits malheurs dont l'ensemble produit toujours Thilarité. Quand Molière fait paraître sur la scène, et sans un besoin absolu, un instrument trop intime, son apparition grotesque provoque la gaieté par suite du contraste de Texhibition avec les habitudes des spectateurs. Mais quand à chaque instant on en propose l'emploi, ou qu'il apparaît une troupe de matassins tous munis de cette arme solitaire, le rire éclate de toutes parts et l'impression première est multipliée par la répétition. Nous pourrions citer des exemples à l'infini , nous nous bornons à rappeler encore l'effet d'hilarité de plus en plus accentué, que Molière obtient par la répétition de la distraction de Y Avare et par celle du « le pauvre homme ! » dans Tartufe. Ainsi l'artiste met constamment à contribution la mémoire du public appelé à apprécier ses œuvres.

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