CONCLUSION
La qucslion arrive naturellemenl, à la fin de celle étude, si le problème a été résolu, tel qu'il a été posé au commencement •: Quelles sont les conditions nécessaires du beau? Quel en a été le développement historique?
De ce qui a été dit, il résulte que, pour la réalisation du beau , deux conditions sont nécessaires. La première, que la fusion soit opérée entre deux aspects différents de l'être, matière, force et vie, de lelle façon que Tun soit exprimé par Tau tre; la seconde que celte expression soit vraie.
Nous avons vu que dans l'art, la vérité de l'expression ne se trouva pas en dehors de nous, mais qu'elle résulte de l'emploi des formes naturelles idéalisées par l'être vivant , et par une opération à laquelle concourent à U fois la raison , le sentiment et la volonté , c'està-dire noire âme toute entière. La raison, pour choisir parmi le nombre infini des formes extérieures, q^ue nous présentent la nature et la mémoire, celles qui conviennent el pour les ordonner; le sentiment, pour trouver l'expression vraie de l'émotion que l'œuvre doit communiquer au public; l'imagination, pour incarner le
CONCLISION. 499
senlimeal dans les formes; la volonté active enfin, pour réaliser l'œuvre.
Dans le développement historique des arts, nous avons vo qu'ils tendent à se particulariser de plus en plus, etqu'issusde deux grandes souches, ils s'en sont séparés peu à peu, se spécialisant et revêtant des caractères particuliers et nettement tranchés.
Par UD effet naturel du développement des arts subjectifs. les hommes ont, dès l'origine, atteint au sublime et au beau : la poésie a été en quelque sorte leur premier langage , et sans effort ils atteignaient la vérité de l'expression. Dans les arts plastiques au contraire la recherche a été longue. Le joli , le beau et le sublime étaient confondus dans des aspirations désordonnées ; , ndéal était aussi bien le grand, le massif, l'immobile, qoe le nombre dans le détail et le uni dans l'exécution. Ce n*est qu*au siècle de Phidias , quand la vie ellemême devint l'idéal, qiie le beau plastique se révéla aux hommes dans toute sa pureté , et que l'art trouva oe juste équilibre* entre l'expression et sa forme, qui constitue la vérité d'une œuvre et lui imprime le cachet de la beauté.
Depuis cette époque , les variations du beau et ses multiples manifestations, ont répondu au développement progressif des idées sociales et des mœurs. L'art qui les a desservies et qui avait à sa disposition des matériaux changeants et des procédés en voie de progrès , a 80 trouver toujours de nouvelles formes, et des plus inattendues, pour en revêtir l'expression des aspirations nouYoUes.
Dans ces aspirations une loi de progrès se révèle. A
son origine l'art est objectif comme le premier langage et rend surtout les impressions que Tarliste reçoit du dehors. Puis Thomme se détache peu à peu du monde extérieur, à mesure qu'il apprend à se mieux connaître , el découvre en lui-même un monde nouveau et presque sans limites. C'est ce monde dont Texpressioii se mêle au monde extérieur, de plus en plus, dans les produits de rai4, et qui finit par prendre une place prépondérante. La poésie héroïque cède le pas au drame qui, lui-môme, est remplacé par des épopées byroniennes; et dans chaque genre de poésie le même progrès s'établit, depuis les drames de Tlnde tout pleins de fraîches images, jusqu'au théâtre de nos jours où l'auteur étale son propre cœur, dans les scènes que l'action déroule sur la rampe.
Nous n'avons pas à analyser ce fait , sa constatation nous suffit, et avec elle, nous avons atteint la fin de notre programme. L'art est l'enfant promis de l'humanité ; tant qu'elle vfvra il cueillera les fleurs de la beauté, car il n'est h proprement parler, que l%istorien véridique des faits intimes de la vie des peuples et des hommes.