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lo galant de mille coups. Il fallut que Lauzun sortît de la chaise et se fit connaître. L'amoureux s'excusa. Le malentendu fut expliqué, mais le lendemain, tout Paris jasait de cette aventure. Mademoiselle en était instruite et, quelque soin que Lauzun eût de nier, elle n'avait pas de peine à le convaincre et ne manquait pas de lui reprocher, non seulement cette fredaine qu'elle connaissait, mais toutes les autres qu'elle soupçonnait ii). La confiance tuée par tous les mensonges qu'il lui avait écrits de Bourbon et d'.\mboise, tout lui devenait prétexte à récriminations contre celui à qui elle avait jadis attribué si gratuitement toutes les vertus. Elle ne pouvait attacher ouvertement Lauiun à sa personne. Il lui fallait consentir qu'il eût sa maison, son domicile, sa vie indépendante. Pour une femme aussi jalouse, c'était un supplice de toutes les heures, et qu'elle lui faisait cruellement payer. Tandis que Lauzun considérait les donations qu'elle lui avait faites comme le dédommagement naturel de l'entrave apportée à sa carrière de courtisan, et prétendait être libre désormais de reprendre ses ambitions sur nouveaux frais, Mademoiselle n'entendait pas qu'il obtînt rien du roi en dehors d'elle, qu'il sollicitât quoi que ce fût sans spn intermédiaire, et qu'aucune main se tendît vers lui, sans qu'elle la dirigeât. Alors que Lauzun ne souhaitait qu'une occasion d'attirer sur lui l'attention du roi par quelque acte personnel, quelque service notoire, qui justifiât ce titre de duc, objet de ses visées, et marquât à tous qu'il était rentré en faveur, Mademoiselle entendait que titre de duc, grâces de tous genres, fussent la récompense des soins qu'il lui rendait. Dès le début de juin 1682, le conflit éclata. Par le canal de M'»" de La Fayette, Lauzun avait sollicité l'appui de Mme de Montespan en faveur d'un projet que sa sœur avait préparé et qu'il croyait l'heure venue de faire aboutir. La duchesse de Savoie, régente du duché, lui avait toujours marqué beaucoup d'amitié. Quoiqu'elle eût jusque-là tenu la balance à peu près égale entre le Portugal et l'Espagne
(1) M"' de Montpensicr, Mémoires, IV, 488.
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elle préparait le mariage de son fîls avec l'héritière du Portugal, ce qui lui assurerait la continuation de la régence. Pour prendre ouvertement parti contre les Espagnols qui, installés en Italie, pouvaient menacer ses Etats, elle réclamait la protection du roi et aurait vu d'un bon œil que l'armée de secours fût commandée par Lauiun. M.^^ de Montespan se refusa, dit-elle à Mademoiselle pour se faire valoir, à toute intervention en faveur de Laurun. Mais elle ne cessait pas de le recevoir en secret, et cela outrait Mademoiselle (i). Un jour où elle était particulièrement nerveuse, elle fit subir à Laurun un véritable interrogatoire sur ses relations avec M™« de Montespan et ses projets savoyards. Elle lui reprocha l'appui qu'il espérait trouver chez Madame Royale, « une princesse sans ressources et dont les coffres étaient vides». Vainement il lui disait : « Seriez-vous fâchée, n'ayant pas le crédit que vous devriez avoir, qu'elle achevât ce que vous avez commencé? Vous devriez lui en être obligée si vous me considérez autant que vous le dites. — J'en ai fait et voulu faire pour vous plus que personne ne saurait jamais faire, lui répondit-elle brusquement. Si, par votre mauvaise conduite, vous allez tout gâter, prenez-vpus en à vous-même et très volontiers, je ne me mêlerai jamais de vos affaires. » Il essayait de l'apaiser par des discours flatteurs et cet air doux qui avait eu tant d'empire sur elle (2). Mais d'autres fois, il s'abandonnait à son humeur, il prenait le ton d'un mari qui trouve que les intendants mènent mal les affaires de sa femme. Il reprochait à Rollinde l'acquisition de Ghoisy, la vente des perles et des pierreries qui avaient payé les constructions. « Il n'aurait fallu là, disait-il, qu'une petite maison à venir manger une fricassée de poulets. Cette terrasse avait coûté bien inutilement des sommes immenses (3). » Alors dans sa méchante humeur, il esquivait le voyage d'Eu sous prétexte des ordres du roi et quand il ne pouvait éviter de s'y
(1) M"' de Montpensier, Mémoires, IV, 476-478.
(2) M"* de Montpensier, Mémoires, IV, 478-479.
(3) M"' de Montpensier, Mémoires, IV, 480-481.
L'Iiùtel Latizun, 17, quai d'Anjou, île Saint-Louis (Photographie de .M. Xuytens.)
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rendre, il tâchait du moins de ne pas s'y trouver seul, chassait, galopait, se perdait dans les plaines et faisait si bien que, pendant cette quinzaine. Mademoiselle le voyait très peu. Il prenait prétexte de la nouvelle qu'il recevait que sa mère se mourait à Lauzun pour déclarer que c'était un devoir pour lui d'aller la trouver. Elle était « de la religion D, comme on disait alors. Il devait contribuer à sa conversion. Il est vrai qu'une fois rentré à Paris, il ne songeait plus au voyage de Lauzun, s'attardait, malgré les conseils de M. et M™» Colbert, séjournait à Beauregard chez les Fieubet, et enfin, ne se rendait que le plus lentement possible à Lauzun où il séjournait fort peu, sous prétexte qu'il n'aimait pas la campagne (i). Un jour, il faisait à Mademoiselle la surprise de la surprendre dans son jardin à Choisy. C'était la veille de la Toussaint et sa visite était d'autant plus écourtée qu'il avait été accueilli par des reproches et des critiques (2). Il avait galantisé avec des paysannes à son dernier séjour et Mademoiselle l'avait su. Elle s'emporta, le griffa, l'égraligna. M™» de Fontenelles s'entremet pour les racommoder. Quand Mademoiselle parut au bout d'une galerie, il était à l'autre bout et en parcourut toute la longueur sur ses genoux jusqu'aux pieds de la princesse (3).
L'impossibilité où était Lauzun de paraître à la Cour le mettait hors de lui. Comme il n'avait plus sa maison de Versailles, il s'était acheté dans l'ile Notre-Dame (actuellement Saint-Louis) le 24 août 1682, un hôtel dépendant de la succession du traitant Desbordes, fils du tavernier du cabaret A la Pomme de Pin où fréquentaient Molière, Racine et Boileau (4). C'était pour ne pas paraître « comme un gueux, puisque Mademoiselle n'avait pas songé, tout entière à ses constructions de Choisy, à lui faire meubler un logis, à lui préparer un train de maison, si bien que les
(1) M''* de Monlpensier, Mémoires, IV. 484-48C« (2/ M"" de Montpensier, Mémoires, W , 48S.
(3) Saint-Simon, Mémoires, XIX, 167.
(4) h' Illustration, 1899, 380-382.
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pages et les gens du Luxembourg étaient logés mieux que lui ». Dans cette voie, il en vint à reprocher à Mademoiselle de n'avoir pas fait ce qu'il fallait pour assurer sa fortune. Elle eût dû donner à M""' de Montespan, «pour aller après au comte de Toulouse », tout ce qu'il lui restait de biens. Alors, M™» de Montespan se serait fait appeler M™« de Montpensier et n'eût plus porté le nom de ce « vilain homme qui lui était si odieux » (i). Il voulait partir pour l'armée et ne parvenait point à obtenir une démarche irrésistible. De là de nouveaux griefs. Il eut cependant l'autorisation de rejoindre le comte de Vermandois au siège de Courtrai. Quand il en revint, il ne bougeait presque plus de chez le président Robert. C'est que la présidente Lebrun était une assidue de ce salon et qu'on y jouait gros jeu, Lauzun était amoureu.x de la dame et chaque dimanche, il allait l'attendre à la sortie delà messe des Quinze-Vingt (2). En même temps il employait l'intervention de M™« de Montespan pour faire reprocher à Mademoiselle de n'avoir pas demandé au roi qu'il allât à l'armée. Louis XIV devait quitter Versailles le 22 avril. Le temps pressait. Lauzun aurait voulu être reçu avant le départ par le roi qui ne s'en souciait guère. Mademoiselle, qui n'av'ait pas grande envie de solliciter pour lui, se brouilla presque avec M°"-' de Montespan qui tenait maintenant les intérêts de Lauzun. La semaine suivante, celui-ci va voir la princesse. Ils se querellent et de crainte d'être battu il la bat cette fois (3). Il y retourne quelques jours plus tard. « Il faut, lui dit-elle, vous en aller à Lauzun ou à Saint- Fargeau. Du moment que vous n'accompagnez pas le roi, il serait ridicule de demeurer à Paris et je serais très fâchée que l'on crût que c'est moi qui suis cause que vous y demeurez. » Lauzun, qui savait par M™" de Montespan qu'elle n'avait point voulu presser le roi, répliqua d'un ton piqué : « Je m'en vais et je vous dis adieu pour ne vous voir de ma vie. — Elle
(1) M"« de Montpensier, Mémoires, W, 496-497.
(2) M"' de Montpensier, Mémoires. IV, .^05-506.
(3) Saint-Simon. Mémoires, XL\, 176.
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aurait été^bien heureuse, répliqua-t-elle, si je ne vous avais jamais vu, mais il vaut mieux tard que jamais. — Vous avez ruiné ma fortune. Vous m'avez coupé la gorge. Vous êtes cause que je ne vais point avec le roi, vous l'en avez prié. — Oh, cela est faux! » Il s'emporta. « Adieu donc ! », lui di* Mademoiselle et elle entra dans sa petite chambre. Elle y resta quelque temps et quand elle revint, elle le trouva qui l'attendait, causant avec ses dames. « Ne voulez-vous donc pas jouer? » demanda l'une d'elles à Mademoiselle. Mais elle alla droit à Lauzun. « C'est trop, lui dit-elle. Tenez votre résolution, allez-vous en! » Il lui fit une grande révérence et quitta le Luxembourg (i). Une demi-heure après, il se faisait annoncer chez Monsieur et lui disait que Mademoiselle l'avait chassé comme un coquin.
Cette rupture fit grand bruit à Paris. Les jours qui suivirent, Lauzun ne quittait pas le salon du président Robert à moins que l'on ne jouât à l'hôtel de l'île Notre-Dame (2). Puis, son équipage étant prêt, il partit pour Luxembourg dont l'armée faisait le siège. Presque aussitôt un éclat de bombe lui fit une contusion à l'épaule, tandis qu'il causait avec le maréchal de Créquy (3). C'était son meilleur ami. Il trouva presque moyen de se brouiller avec lui en appuyant l'avis de Vauban qui avait sur les sièges des idées autres que les généraux d'armée de ce temps. Vainement on s'entremit pour amener un rapprochement entre lui et Mademoiselle. Bien qu'elle ait prétendu n'avoir jamais « rien compris » à la rupture, elle avait un tel ressentiment contre Lauzun qu'elle se refusa à tout accommodement. Bien au contraire, elle révoqua le testament qu'elle avait fait en sa faveur en 1670. Cependant Lauzun vivait aussi agréablement que le pouvait un homme qui n'était pas dans les bonnes grâces du roi. Monsieur et le dauphin lui faisaient bon visage. Il vendit sa maison de l'île Notre-Dame au marquis
(1) M''" de Montpensier, Mémoires, IV, 509; D&jigeaM, Journal. I,
(2) M"' de Montpensier, Mémoires, IV, 510.
(3) Dangeau, Journal, I, 11,
L EXPKDITION DIRI. \NT1F
Mi
La grande chambre de parade à l'hôtel Laiizun. (Bibliothèque Nationale Kstanipes.l
de Richelieu (i). Tantôt il menait le train d'un joueur et tantôt il faisait le dévot. C'était la mode. La comtesse de Lau-un, sa mère, qui s'était convertie au catholicisme, pour obéir aux ordres du roi, était devenue une des ouailles du Père La Chaise. Elle avait obtenu par lui l'abbaye de Saintes pour celle de ses filles qui était religieuse dans ce monastère. Lui, faisait sans cesse des retraites chez les
(1) Dangeau, Journal, 15 avriljl685.
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Pères de la Doctrine chrétienne. De la sorte on était bien vu de M"^" de Maintenon, devenue toute-puissante sur l'esprit de Louis XIV (i). Sa situation s'en était améliorée. Il obtenait en août 1687 pour sa compagnie des Becs de corbin, la seule de ses charges qui lui eût été conservée, une mise sur le même pied que les autres compagnies (2). Le roi lui ayant fait savoir que son attitude vis-àvis de Mademoiselle le mécontentait, il prodigua ostensiblement les marques d'attention et bien qu'elle eût toujours refusé de le revoir, il venait, sitôt qu'elle était indisposée, s'inscrire quotidiennement à sa porte. Monsieur s'était vainement interposé, (^uand il parla d'une visite, Mademoiselle lui répliqua qu'il s'était conduit avec elle comme un ingrat, qu'elle ne voulait point le voir et qu'elle donnerait toute chose au monde pour ne l'avoir jamais vu. Avec un entêtement de femme, sachant que Louis XIV avait dit que Lauzun n'obtiendrait rien de lui que par elle, elle déclarait qu' « elle ne nommerait jamais son nom en rien, car il ne le méritait pas. » La quinteuse princesse était presque aussi mal avec le duc du Maine. Elle avait trouvé fort mauvais qu'il prit ses livrées, lui faisait si mauvais visage, ainsi qu'à M™« de Montespan, qu'ils parlèrent à plusieurs reprises de rendre la donation. Au fond, ils n'en avaient guère envie. Mécontenter M™e de Montespan n'était plus si grave en 16S7, mais blesser le duc du Maine, c'était toucher à M™'' de Maintenon. Elle avait élevé l'enfant du roi et l'aimait comme un fils (3). L'attitude prise à son égard par M'i« de Montpensier servit plus les intérêts de
(1) Cependant, le 2ô octobre elle écrivait entre autres conseils à son frère ; « Soyez sur vos gardes à Paris comme à la Cour. Ps'e voyez guère M. de Montespan ni M de Lauzun : on dira que vous cherchez les mécontents. » (Clément, Madame de Montespan, 146.)
(2) Archives nationales. O* 31.
(3) a Elle aime ce méchant boiteux comme si c'eût été son enfant, écrivait Madame, princesse palatine. Elle m'a montré des lettres de lui qu'il lui écrivait d'une chambre à l'autre et dans lesquelles il l'assure qu'il l'aime mieux et la respecte beaucoup plus que M"" de Montespan, parce qu'elle ne le réprimande jamais sans raison, tandis que sa mère ne le fait que par caprice. » 14 avril 1688. [Lettres inédites, 85-86.)
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Lauziin que no l'eussent fait toutes les démarches tentées en sa faveur. Il eut, d'ailleurs, une heureuse inspiration.
Depuis la révolte de Monmouth, la tournure que prenaient les affaires de Jacques II inquiétait Louis XIV. Lau2un, qui n'avait rien à faire, sollicita d'être autorisé à partir pour l'Angleterre sous prétexte de voir du pays et en réalité pour y accomplir une mission secrète. Officiellement il i->artait simplement avec la permission du roi. En réalité, il allait se mettre à la disposition du dernier des Stuarts pour lui rendro tous les bons offices possibles. Avant do s'embarquer, il envoya d'Abbeville un de ses gentilshommes à Mademoisello, porteur d'une lettre où il prenait congé d'elle. En même temps, il adressa à Choisy quantité de jolies marchandises de Chine qu'il lui avait achetées et qui, au refus de Mademoiselle, furent portées che; RoUinde (i). Dès son arrivée, Lauzun vit l'ambassadeur Barillon, se mola à tous les partis avec les facilités d'un joueur et connut bientôt l'état véritable de l'opinion, le danger que courait le trône. Malgré ses fantaisies, il avait le coup d'œil juste. Dans les audiences qu'il obtenait du roi et de la reine, il put leur communiquer dos avis utiles. Lui et un autre agent français, Saint- Victor, avaient l'ûreille de Jacques II. Le malheureux prince sentait venir l'heure où il serait réduit à la fuite. Au milieu de décembre, le bruit se répandit à Versailles que Lauzun avait fait demander au roi s'il lui serait agréable qu'il procurât l'évasion des souverains d'Angleterre (2). « Il est toujours trahi, même par ses officiers, écrivait M""" de Sévigné à M""- do Grignan. Il n'y a plus que M. de Laurun qui ne le quitte pas ,3). » Le 12 décembre, on apprenait l'arrivée de Lauzun, qui avait débarqué la veille à Calais, amenant la reine Marie de Modène et le prince de Galles. Au début des troubles, le roi avait confie l'enfant à lord Ormond. Au moment de se séparer de la cause royale, celui-ci avait
(1) M"" de Monlpensier, Mémoires, IV, 529.
(2) Dangeau, Journal, I, 231.
(3) Lettres de M"'- de Sévigné, VI M, 347.
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renvoyé l'enfant. On le cacha pendant trois jours dans un faubourg de Londres. Dans la nuit du dimanche 20 décembre, le roi, s'étant débarrassé de son entourage, avait remis la reine entre les mains de Lauiun qui, accompagné de Saint-Victor, conduisit jusqu'au lieu d'embarquement dans un carrosse de louage la reine, le prince, la nourrice, la remueuse et son mari. Le yacht, loué par Lauzun, se glissa au milieu de la flotte hollandaise, la médiocrité de son tonnage le faisant prendre pour une barque de pêcheur. Pendant tout le temps de la traversée, il se tenait près du capitaine, prêt à le poignarder, s'il tentait quelque trahison ^i).
Au débarquement à Calais, le gouverneur de cette ville, M. de Charost, prévenu par la garde du port, vint reconnaître les arrivants. Le duc de Charost avait été un des intimes de Lauzun. Il l'accueillit avec force embrassades, mais il exigea de lui le nom des femmes qui l'accompagnaient et fît en sorte de retarder le courrier que Lauzun adressait à Louis XIV pour lui demander de désigner à qui il devait remettre le précieux dépôt qui lui avait été confié. Il se refusa, d" autre part, à retenir prisonnier le patron du yacht et contribua de la sorte à rendre plus difficile l'évasion de Jacques IL Lauzun conçut autant de colère de l'un que de l'autre des deux procédés. Il n'avait agi que pour arriver à faire son accommodement avec la Cour et la jalousie du gendre de Fouquet allait lui faire manquer son but. Cependant, le courrier qu'il avait envoyé au roi remplit de joie celui-ci. « Sa Majesté, écrivait Seignelay, a fort loué la bonne conduite que vous avez tenue dans cette occasion importante et je puis vous assurer, de sa part, qu'elle vous sait gré du service que vous avez rendu au roi d'Angleterre. Elle m'ordonne de vous dire qu'elle vous verra volontiers et je vous fais de tout mon cœur compliment sur cette marque que Sa Majesté vous veut bien
(1) Dangeau, Journal, II, 234 et 313; Lettres de M"" de Sévigné, \ III, 351-35".^. — M°"^ de La Fayette, Mémoires, col. Michaud et Poujoulat, XX.X, 224.
l'expkdition d'irlande
donner du retour de ses bonnes grâces (i). » En bon fils de Colbert, Seignelay était tout acquis à Lauzun.
Le temps avait calmé la colère de Louvois et la bonne volonté de M™'' de Maintenon était prépondérante dans les conseils. Louis XIV voulut écrire de sa propre main la lettre qui autorisait Lauzun à revenir à la Cour. « Il sera, dit-il, bien surpris et bien aise de voir mon écriture. Autrefois, il y était accoutumé (2). » Seulement, il jugea à propos
Médaille frappée en 1690 en l'honneur du Père La Chaise. (Bibliothèque Nationale. Estampes.)
de faire dire à M"« de Montpensier qu'il n'avait pas pu s'empêcher d'accorder la permission de le voir à un homme c]ui venait de faire une action aussi heureuse et aussi importante et qu'elle ne devait pas en être fâchée. C'était pour Laurun le retour de la fortune. « En vérité, ma bonne, s'écriait M™« de Sévigné, voilà une jolie action et d'une grande hardiesse. » Quelques jours après, elle disait à iM. de Grignan : « M. de Lau:un doit être bien content de cette aventure où il a montré de l'esprit, du jugement, de
(1) Bib. Nat. Mss. Xouv. Acq. fses, 9392. f" 6. « Je suis ravi, ajoutait Seignelay dans une sorte de post-scriptum personnel, je suis ravi de voir cesser la mauvaise fortune d'un homme aussi aimable et d'avoir pu y contribuer par mes oflices. Comptez que dans le commerce que nous donnera la suite de notre vie que nous passerons en même lieu, vous ne trouverez jamais un ami et un serviteur plus sincère et plus véritable que moi. »
(2) Dangeau, Journal, II, 234.