L'ÉVEIL
Pourquoi j'étais triste avant toi? Oui, pourquoi? Outre les maux soufferts et les très vieux soupirs, C'est des apitoiements imprécis, de grands froids Plus froids que les solitudes d'hôtel... Sans doute, Cela remonte loin. C'est un cœur qui s'égoulle
t qui se sent transir.
l'était, de temps à autre, un contact de la vie, Pas encore elle, mais son toucher sur l'enfant; Et maintenant que c'est bien elle, je comprends Le signe obscur d'une amertume pressentie... Juoi?.,. Oh! rien, tu sourirais, et je ne sais trop quoi,
Des remuements d'autrefois, tout soi-même,
Des bruits qui sont entrés en vous pour toujours. Je ne sais
Les cors au fond des rues les soirs de mi-carême,
L'heure des vêpres près de la sous-préfecture.
L'orgue sur l'esplanade où passent les soldats,
Les Hôtels-Dieu et leurs quinconces sans murmure.
Votre odeur forte et morte et fade, ô berges !
Près des ponts les vendeuses de fruits d'hôpital,
La foule et le relent d'asphalte qu'elle dégorge,
Les environs et la nature électorale...
Certains ciels propres avec des nuages blancs,
Les affiches des pays bleus dans les gares,
Et, la nuit, le cri spleenetique et frissonnant
Des sirènes qui vont vers Rouen ou le Havre...
Et le canal, avec ses bancs, ses réverbères,
Les couvents neufs et leur odeur de réfectoire...
Et puis, et puis ce qu'on ne peut pas savoir !
Toute la vie enfin qui frôle, et la misère
Des jours, et le petit frisson quotidien...
Vingt ans, goutte par goutte, tombés dans un cœur fr
Tout un grand vol d'ennui qui souffre de ses ailes.
Quelque chose qu'on traîne après soi d'éternel...
Voilà pourquoi, voilà, j'étais triste avant toi.