‹ Le beau voyageChapitre 23 sur 75 · LA DOULEUR MODERNE · texte numérisé non relu

LA DOULEUR MODERNE

La Douleur ! Nous l'avons tous heurtée sans le savoir. On disait qu'elle était dans la foule vaguement... C'est une femme comme les autres, en noir, Très difficile à distinguer... et l'on sait seulement Qu'elle porte à la main un grand sac de voyage. Et qu'elle est pauvre, et qu'elle a dû être jolie... Et, vous voyez, c'est un signalement Ijien vague, Qui lui prête avec nous une ressemblance infinie. Nous l'avons tous heurtée, nous avons dit : pardon, Et très mélancolique elle nous a souri...

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Il semble bien qu'on l'ait déjà rencontrée. Mais, son Les visages sont si semblables dans la vie !.. .

0 la douleur, la grande douleur d'aujourd'hui !

Elle s'endort à la lueur lugubre des wagons, Ec plaque ses yeux lourds à la portière ouverte, Silencieuse et machinale où nous allons, où nous al L'odeur des châtaigniers et de la plaine verte Entre, siffle et retombe aux côtés de la voie. Loin des beaux peupliers qui demeurent là-bas, Elle se laisse aller, les épaules collées A la douceur de ce qui l'emporte...

Et quand la nuit est bien définitive ou par trop forte On voit son œil ouvert qui regarde.

Elle veille. Elle écoute au dehors s'épandre

Ou rétrécir le silence des trains qui partent et repar

Egrenant les arrêts immobiles si tendres

Aux âmes ralenties qui prennent du retard...

Elle dérange des détresses dans la nuit.

Elle passe sur des blessures qui crient

Eperdument dehors au passage... Elle fuit!

Et l'on sent s'effeuiller les roses de la gare...

LA DOULEUR MODERNE. m

)oii]eur, l'azur t'attend à l'arrivée du train,

)ouleur, l'azur te fuit à tout débarcadère!

)escend, regarde, hésite, et puis cherche une main,

]i puis, sans la trouver, espère toute la terre!...

'a t'assiéras, le soir, aux vieilles tables d'hôte,

>ii se rencontrent toutes les douleurs en voyage,

It tous les cœurs finis que le bon Dieu ballotte,

)ii tous les gens, au calme, las et sages,

iterrompent leur souffrance pour manger le bouillon

s se regardent un instant avec de grands yeux bons,

*uis s'en vont à jamais au fond des corridors...

t tu repartiras, la vieille! Marche encore!

a pluie recoulera aux vitres des berlines,

es mains y essuieront la buée matinale...

t la plainte que tu retiens dans ta poitrine,

a plainte sur laquelle tu as croisé ton châle,

ii maigrement blottie au creux des couvertures,

hî comme elle serait plus grande et désolée,

ji tu pouvais encore crier, que le bruit,

ers la fuite, des voituriers de nuit

ui vont claquer le fouet dans l'écho des vallées!

ouleur, n'étais- tu pas dans le train qui s'en va.^ es enfants immobiles et graves de leur seuil nt vu h la portière périr ton geste vague...

Comme eux je veux, de loin, que mon cœur se rec

Et j'écouterai mieux le train qui va passer.

Marche! mon cœur te suit. Marchez les Solitudes,

De toute, toute votre force d'infini!

C'est une liberté souveraine et chérie

Que celle qui nous fait voyager avec vous!

Chères infortunées si lasses, si blêmies.

Hors du temps, hors du sol, sans bouger, mains pe

Vous dont toute la vie suit avec les bagages,

Et que berce, bordé journellement d'aube rafraîchis

Le grand sommeil inconsolable des voyages!

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