UNIVERSALITÉ
lélas! les montagnes sont trop hautes pour y vivre, .es vallées trop profondes et bien humbles les plaines aites pour le bonheur de la route qui traîne, lélas 1 hélas! les maisons sont couvertes de givre It trop humides d'hiver;
)e si loin qu'elle vienne, elle aussi, la charmante, <a mer porte les grands brouillards, ou bien la mer . la plainte cruelle et trop resplendissante. [élas, le ciel est haut et les toits sont trop bas! ]t cependant ceux des montagnes chantent là-bas, It ceux qui descendent les vallées profondes chantent,
Il6 LE BEAU VOYAGE.
Les chariots chantent sur les routes, entre les blés. Et les marins dans les cordages et, chaque été. Les oiseaux dans le tilleul du devant de ma porte.
Hélas î hélas I comme il fait froid dans les montagnes !
Comme il fait triste et noir dans les vallées!
L'ombre vient, l'ombre monte, l'ombre gagne.
Et cependant ceux des montagnes vont aux vallées
Et ceux des vallées vont à la mer,
Et le printemps va à l'été, et l'automne va à l'hiver...
Ma sœur, ma sœur, quel long frisson relie les choses
Entre elles, — l'unique et long frisson amer
Des choses? Sœur Anne, ma sœur Anne, de la tour h{
Que vois-tu dans la nuit, dis, que vois-tu sur la terre
« Je vois des lumières qui voyagent,
Je vois la lueur des trains qui sillonnent. Et les nuag(
Les nuages bas sont éclairés par les villes,
Les nuages hauts sont éclairés purement par le ciel.
Je vois luire l'eau dans le creux des vallées tranquilles.
J'entends le bruit du flot perpétuel,
Je vois l'étoile se poser sur la dernière cime
Des neiges, comme un aigle. Je vois des hameaux.
J'entends des guitares tièdes au bord des flots...
Et des guzlas... le petit jour qui heurte...
UNIVERSALITE. II7
J'entends les chiens qui se répondent dans les plaines françaises El vertes,
Les pluies de nuit à travers champs qui s'apaisent... J'entends les hirondelles remuer dans leurs nids, sous le toit.., J'entends le plus petit frisson... Je vois... »
Tu vois la terre entière, immense, imperceptible. Et moi,
Ma sœur, ma sœur, j'entends la paix et l'angoisse
De toutes les choses, trop étroites, trop hautes, trop vastes,
Trop profondes, — ma sœur, ma sœur.
J'entends la paix qui marche avec la grande angoisse.
Et le monde est si loin, si loin, mon Dieu...
Ton cœur!
0 me cacher désolément contre ton cœuri