‹ Le beau voyageChapitre 29 sur 75 · ESPAGNE · texte numérisé non relu

ESPAGNE

Quand j'étais petit, juché sur le mont Aric, Je regardais venir au loin l'orage noir, Gonflé de cumulus en grappes. Sur mon pic. J'imaginais là-bas, derrière les montagnes, La Catalogne ardente et la rose Gerdagne... Le nuage venait du pays des muscats, il était éclairé, en dessous, par l'Espagne,

le reflet qui montait vers lui, tout droit, d'en bas. n'était le reflet d'or des choses sévillanes, Des jardins lumineux, des plages assoiflantes, Vu pays des barbiers, des châles, des tartanes,

)es galéas chargées, des boucaniers qui chantent...

l36 LE BEAU VOYAGE.

Par-dessus le grand mur des monts, ils arrivaient,

Lourds de richesses, les nuages, gros de rêves,

Gonflés comme des sacs de grenades, qui crèvent...

Ici la solitude, le thym, les genêts.

Les garigues, les bergeries, l'orage noir :

Là-bas, sous le nuage, une fête illusoire,

L'illumination d'un pays tout en or,

D'oii monterait toujours, avec des lueurs vagues,

Le bruit brusque de la musique, des accords

De clochettes et de castagnettes qui claquent...

Pays des jujubiers et des cédrats sucés...

Ruissellement lointain d'une brise alisée...

Depuis lors, toujours, quand je vois, après l'orage,

Monter des cumulus dorés sur la campagne,

Il me semble, au profond du ciel, que tout nuage

A son flanc azuré, porte un reflet d'Espagne.

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