L'ABEILLE
Va dans la vie et sois l'abeille
Qui me rapporte le miel
Des journées, ce que t'a donné le soleil,
Ce que t'a procuré le ciel I
Moi je reste, avec deux doigts d'ombre
Autour de ma tête abritée,
A attendre que le soir tombe,
Et que tu sois bientôt rentrée...
Sois l'abeille et tu me diras
Comment l'éternelle aventure
A disposé ce beau jour-là,
iG.
l86 LE BEAU VOYAGE.
Comment était la feuille mûre,
La campanule et le lilas,
S'il y avait de belles sentes
Aux flancs des coteaux que j'ignore,
Afm que sur ta bouche je sente
Ce que tu rapportes d'aurore.
Tu t'es donnée, ô ma chérie,
A toutes les branches des bois.
Danne-moi la mélancolie
De les respirer, toutes, sur toi.
Tu bus le vin et je suis ivre.
Oui, j'ai senti le soleil vivre
Si tu l'as senti vivre, toi!
Oui, j'ai vu la mer, je le jure.
Puisque tu trempas ton aile à son bord ;
J'ai pressé toute la nature
Pour en faire le miel d'or
Que tu ramènes, goutte à goutte,
Puisque je t'ai pressée, toi, toute!...
Murmure, chante, parle, invente,
Reviens encore, toute sonore,
Autour de ma tête penchante
Refaire ce bruit que j'adore.
Dernier soubresaut de ta joie !
Le matin, c'est moi qui t'envoie
l'abeille. 187
Par les champs, sur toute la vie.
Si tu butines c'est pour moi, —
Et si tu m'oublies, je t'envie...
Tu m'apportes le souvenir
De la terre, de vos baisers.
Lorsque je te vois revenir
Du plus loin, j'ouvre la croisée...
0 parfum, ô vent, ô douceur!
Voilà que tout s'est apaisé.
Maintenant je vais repasser
Sur tes lèvres les belles heures.
C'est mon tour et c'est mon moment.
Il faut bien que finalement
Tu reviennes au maître qui veille...
Voici le soir : moi, je t'attends.
Rentre en mon cœur, abeille !