‹ Le beau voyageChapitre 45 sur 75 · VERS GRAVÉS SUR UNE OMBRE · texte numérisé non relu

VERS GRAVÉS SUR UNE OMBRE

Ton ombre est chose couchée,

Au matin légère, et courte à midi,

Elle est paresseuse et couleur foncée.

Comme un serpent noir elle est engourdie...

Tantôt elle a chaud, tantôt elle a froid.

Quand on y met la main on la sent brûler

Ou transir, ou encore flamber

Toute grande devant le feu de bois.

Elle est quelqu'un dans la chambre : elle est là.

Elle s'étire, splendide, et le chat ,

La regarde. Respirante elle s'effondre,

Ou bien se tend comme une toile ;

Elle ressemble à sa sœur l'ombre

Qui passe sur les étoiles...

Et, toujours à tes pieds liée,

Sa tige d'algue balancée

Se termine par un mouvement

Comme les choses de la mer.

Elle est celle que l'on surprend,

Dans la journée, sur les champs...

Ton ombre, parmi les fleurs du parc légère,

Appuie à peine et se fait bleue...

La voici rentrée. Elle flambe

Toute grande devant le feu.

C'est l'heure où elle te ressemble...

Ton ombre est chose ravissante,

Ton ombre est chose merveilleuse.

Et dans ce moment où tu chantes

Elle a l'air de prier Dieu.

Page 1