SIX HEURES DU SOIR
"^'est l'heure sur la route où le soleil est bleu.
oi
lies branches font au. vent des gestes de mains lasses, It d'arbre en arbre se transmettent un adieu.
li faut bien que le jour se fasse et se défasse, Ht tes cheveux tombés sont le signe du soir. but s'affaisse à présent vers le creux de ton ombre. 'out descend, on dirait, le soir un petit peu, but descend, d'une ligne ou deux, ^es oiseaux ont choisi la branche inférieure, ^s branches que l'ombre gagne les premières...
Et toi, l'enfant qui ris, va, baisse aussi les yeux
Car la terre, le soir, aime qu'on la regarde.
Les nuages eux-mêmes trouvent que le soir tarde.
Ils n'avaient pas au ciel bougé de la journée,
Et les voici qui veulent aussi se poser,
N'est-ce pas.^ comme tous? — voyageur qui décline,
Nuage, cœur du soir, amoureux des collines !
C'est une heure extrêmement affaissée, une heure Où l'on dirait que rien ^e bouge et tout demeure. Une heure qui se clôt et qui retient en elle Toutes les fumées bleues qui vont monter ce soir, — Seules âmes qui se décident à partir... — Son cœur de cendre aura beau leur dire au revoir Les fumées s'en iront pour ne plus revenir... De temps en temps aussi, sur la mare, au milieu. Du grand passé de l'eau, gtand comme la mémoire, Montent, dans un retard étrange et douloureux. Des bulles, baisers vains crevés à l'air du soir. Et quelque chose aussi se détache de nous Quelque chose d'heureux qui s'échappe et de doux, Et l'on sent vaguement, au ras du sol plus sombre. Comme un bonheur léger accompagner ton ombre.
Mais tout cela qui Hue encore va s'éteindre, Dans le soir amorti et très atténué.
SIX HEURES DU SOIR. 3o5
Comme une âme d'enfant dont le sort est de craindre. — Car quelqu'un dans le ciel va venir surveiller, — Pour que, de l'un à l'autre bout du firmament, Plus rien n'ayant le droit de sortir à la brune. Tout soit rentré dans l'ordre et dorme infiniment Al la passée de la lune.