‹ Le beau voyageChapitre 61 sur 75 · L'OEUVRE · texte numérisé non relu

L'OEUVRE

L'OEUVRt

)'où nous viens-tu, saveur constante de la vie, )ont l'âme, chaque jour, s'accroît, se fortifie, ) sève qui nous bats à la gorge, — Ananké )'angoisse merveilleuse ou de sérénité, )ont on a le cœur lourd et la poitrine emplie? ']st-ce pour avoir trop vécu ou trop rêvé, )ue je puis te sentir en moi battre et monter? science, es-tu le fruit mûri des songeries, )u la chair, vive encor, le jaillissement pur

Des passions qui font se dilater nos êtres? Lequel des deux?

On est trop vieux pour être sur!

Gomment savoir, quand on a l'âge où s'enchevêtrent Tous les rameaux" cueillis et les gerbes coupées?... Forêt des entités, des mots et des idées, Et toi, grande forêt des actes et des choses, Comment vous distinguer, quand on avance en vous?... Vos rameaux, vos élans, vos ombres, vos remous, Se mêlent, confondus, dans ces métamorphoses Où l'homme, en avançant, perd son chemin, forêts! Fictions! êtes-vous chair humaine ou bien fée? Vie ou néant? J'ignore, ah! j'ignore, et je sais Seulement, voilà tout, que je vous ai rêvées, An par an, jour par jour, fleurs d'hiver ou de mai, Sur ces trottoirs, à ce balcon ou sous ces hêtres. Par ce soir d'aventure ou par ce jour de deuil... Vous arriviez du fond du rêve jusqu'au seuil De mon propre tourment, ce seuil où ne pénètre Que ce que ma voix hèle, au caprice des heures. Les yeux fixés au loin, le coude à la fenêtre. Appelant tout, et voulant tout, formes, lueurs, Cette passante, avec son visage abrité.

Cette autre qui s'enfuit sans m'avoir visité;

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