HISTORIQUE
Sans remonter à Démosthènes qui se serait guéri lui-même d’un vice d’élocution sur lequel on a beaucoup discuté, on trouve, au xvme siècle, Hahn, Santorini , Delius, Morgagni pour lesquels le bégaiementest dû à une anomalie de l’os hyoïde, de l’apophyse styloïde, ou au dédoublement du voile du palais1. Sauvages
1. V. Guillaume : Art. Bégaiement, in Dict. Enc. des Sc. méd., auquel j’ai fait de nombreux emprunts pour l’historique.
attribue le psellisme à ce que, quand il faut prononcer des lettres
gutturales comme h et g, l’air, au lieu de sortir avec explosion, est retenu quelque temps par le voile du palais, la luette et la base de la langue. Pour ltard (1817), c’est une affection spasmodique due à la faiblesse des muscles moteurs de la langue et du larynx ; pour Félix Voisin ( 1821), une réaction irrégulière, imparfaite du cerveau sur le système musculaire des organes de la prononciation.
Magendie 1 considère comme inutile de chercher la cause du bégaiement; c’est l’instinct organique qui fait les bègues, et toutes les explications qu’on en veut donner sont illusoires. Rallier croit qu’il s’agit d’une exubérance de pensées en discordance avec la vitesse possible des mouvements d’articulation. Astrié est du même avis. En 1828, Magendie frit, à l’Académie de médecine, un rapport sur le procédé de Leigh-Malebouche qui consiste à relever la pointe de la langue pour l’appliquer au palais, car, « au moment où les bègues s’efforcent d’articuler sans y réussir, leur langue se trouve sur le plancher de la cavité buccale. » Mac Cor- Mac1 2 3 a observé que, dans 99 % des cas, le malade fait des efforts infructueux pour parler quand les poumons sont affaissés et vides d’air. Serres considère le bégaiement comme une chorée des muscles articulatoires, avec raideur tétanique des muscles de la voix et de la respiration (1829). La même année, Deleau attribue aux bègues une volonté peu ferme et un influx nerveux insuffisant. La brièveté réelle ou une disposition vicieuse du frein semble à Hervé q de Chégoin la cause véritable du bégaiement, qui, d’après Arnolt, est une contracture spasmodique de la glotte. La théorie de Colombat 3 qui créa, en 1828, à Paris, un institut d’orthophonie, n’est autre que celle de deux de ses prédécesseurs : il y a trop d’influx nerveux, d’où chorée des muscles articulatoires ou raideur tétanique des muscles de la respiration, surtout du larynx et du pharynx. En
1. Art. Bégaiement, Dict. en 25 volumes, 1821. (Cité par Becouerel.)