YVONNE, DIDIER
Après un silence.
YVONNE. — Je ne connais rien de plus insupportable qu'un homme... lorsqu'une femme fait sa. toilette.
DIDIER. — Je ne vous dérange pas beaucoup, je ne parle pas.
YVONNE. — Si vous parliez, ce serait peut-être plus agréable... ou moins désagréable, si vous préférez ! Mais non, vous êtes là à guetter mes moindres mouvements, mes moindres gestes...
DIDIER. — Ils sont assez gracieux pour cela.
YVONNE. — Des phrases ! . . . Un homme ne devrait jamais être là lorsqu'une femme s'habille...
Le. cabinet de toilette d'Yvonne. Au léser du rideau, Fvonne est debout devant sa psyché. Elle est en peignoir. Le peiijnoir est entr'oucert, laissant apercevoir ses dessous. Ses cheveux sont défaits. Didier, assis dans un coin, la regarde attentivement.
DIDIER. — Et quand elle se déshabille?
YVONNE. — C'est tout différent. Quand elle se déshabille, i-ien ne cloche, toiît est en place.
DIDIER. — On peut crier au rideau '
YVONNE. — Vous y êt'CS... Tenez, rendez-vous utile au moins. Ouvrez ce tiroir de droite... naturellenieïit vous ouvrez celui de gauch .. De droite... Il y a une boîte d'épingks... apportez-la moi... C'est oela... merci. Maintenant vous pouvez
aller vous rasseoir.
Un silence.
DIDIER. — Dire qu'il y a quinze jours, lorsque je vous ai connue, je n'avais qu'une peur '.. ..
YVONNE. — Laquelle ?
DIDIER. — Que tous ces beaux cheveux ne fussent pas à vous !
YVONNE. — Vous avez eu raison d'avoir peur.
DIDIER. — Parce que?
YX'OtîKS. — Parce qu'il y en a beaucoup qui ne sont pas à moi.
DiDUvi;. — Menteuse!
YVONNo. — Parole.
DiDiEU. — Avec, cela, que je ne m'en ;c:ais pas aperçu,
yvonnî:. — A quoi ? Quand 1
DIDIER. — ■ A oeirtains moments.
YVONNE. — C'est une douce plaisanterie. Une femme tant .soit j>eu intelligente fait attention... surtout dans ces momeiits-là.
— Pas vous?
— Fat!.^. Voulez-vous tirer
DIDIER
YVONNE
dp'-sus ?
DIDIEK. YVONNE
— Oui.
— Et si c'est vrai?
— Je vous donnerai autant de perlas qu'il me restera de clieveux dans la main.
YVONNE. — C'est fait, venez. (Il se lève, va ve.n elle, prend une -pohjnie de chereuT- et tireA Là .. là... Aïe!... vous me faites iiial ; voyons, c'est ridicule!... Etes-vous brutal !...
DIDIER, souriant. — Je voulais juger.
YVONNE. — Voiis vouliez' jug-er... vous vouliez juger!... Je parie que vous m'en avez arraché... tenez, un, deux, trois...
DIDIET^:. — Je VOUS demande pardon.
YVONNE, en souriant: — Je suis sotte, au" fond.,, ça ne fera que trois perles... J'aurais dû souffrir un peu plus longtemps.
DIDIER. — Tiens, c'est vrai, je n'y pen- ,çais plus.
YVONNE. — Heureusera'?nt que j'ai de !a mémoire pour deux. {On entend la s'ninirie dit téléphone.) Allez, encore, le téléphone !
niniEU, — N'est-ce pas que c'est en- !n;v?u\,?
YVONNE. — Ne m'en parlez pas! Le téîéplicno ou l'amant, c'est la. même chose,.. lorsqu'on ne l'a pas chez soi, on le désire, et quand on l'a, il vous assomme.
DIDIER. — C'est aimable pour moi.
YVONNE, en enlevant son peignoir. — Mais vous n'êtes pas un amant vous...
(On frappe.) Entrez! Qu'est-ce que c'est, Fannv?
l'ANNY. — Quelqu'un qui vent parler à madame.
YVONNE. — Apportez l'appareil ici.
(Faririi/ sort.) Et puis, vous, vous save:, vous allez vous en aller.
DIDIER. — Pourquoi nr'avez-vous dit que je n'étais pas votre amant!
YVONNE. — Parce que...
DIDIER, souriant. — Cependant, il me semble..
YVONNE. — Oh! mou cher... ça, ça ne prouve rien. Ou n'est pas plus modiste parce C|u'on a fait un chapeau... qu'où n'est la maîtresse d'un homme parce qu'on s'est donnée à lui. (A Fonny qui entre.) Passez vite... (Fanny iort .) Allô!... allô!... Ah! c'est vous, Naudet ^ Comment ça va, mon bon vieux? Vous êtes triste, pourquoi? Mais, L"isS'ez-nous donc tranquilks, mademoiselle! Vous êtes tuub- le temjTS à dire : « Personne, personne », et vous entendez que no-us causons. Allô!..'. Oui, n'est-ce pas? Elles sont insupportables. Ce que je fais en ce moment? {Au même instant, Didier qui .i'est <tpproché derrière elle, V embrasse dans le cou. En sursautant.) Comme c'est malin oe que vous faites là!... Allô!... Non, c'est à Fa,nny que je parlais... elle vient de me casser un de mes beaux flacons!... Ce que je fais?... Mais rien... Je suis chez moi bien tranquille!... Si vous pouvez venir?.. Oh! non j'ai mon chapeau sur la tête et...
Didier î'embra.sse de nouveau, et la, prend dans ses bras. Elle se délend une seconde, mais ] etit à petit se laisse aller. Ils restent un moment ainsi et :
DIDIER, en la gardant toujours étroitement serrée dans sa bras. — Es-tu ma maîtresse ?
YVONNE, d'une voir éteinte. — Oui.
DIDIER. — Tu m'aimes?
Yvo.NNE, d'uni' voix éteinte. — Mais oui, tu le sr.:; bien!...
DIDIER. — Tu me le jures?
YVONNE. — Je te le jure... Je t'en prie, laisse-moi téléphoner.
DIDIER, après l'avoir embrassée d.' jiourca-u. — Va.,. {Yvonne pousse nu lonri soupir et court vite, avant que n'r se remettre devant l'appareil, jeter un cojiv d'ceil flans la rjlare. Elle se remet In elvevcvx en ordre. Didier en sour.ani.) 11 ne te verra pas,
YVONNE. — Allô! allô!... Ah! vous ctos encore là?... voilà une heure que je sonne!... Ils m'avaient coupé la respira... la communication. Oui, c'est cela : à demain, trois heures... Au revoir... au revoir..
■ rf"-
Yvonne. — Vous