ME FAITES MAL
DIDIER
Tu es à croqiiev ainsi.
•i\NE, en remettant son peignoir. — -^u! lion! En voilà assez! On dit des farces que les plus courtes sont les meilleures... Cessez les vôtres, je vous en prie.
DIDIER. — Qu'c6t-oe qui vous prend ?
YVONNE. — Il me prend ce qu'il me prend. Je n'ai ni le temps, ni l'envie de
yvONXE. — Petite bonne femme ou non jt
SniS AINSI
vous donner de plus amples explications.
DiDiEU. — Quelle drôle de petite bonne feinm? :>us faites!
YvoxNE. — Petite bonne femme ou non. je suis ainsi.
DIDIER. — Je le voifi bien.
vvo.vN'E. — Et ce u'est pas vous qui parviendrez à me changer.
DIDIER. — II vous arrive un ennui?
yvoxN-E. — Non.
DIDIER. — Alors?
Yvo.VNE. — Alors, il m 'arrive que vous êtes là dans mes jupes! que cela me gêne, que cela m'agace, que vous devriez avoir le bon esprit de le comprendre et que vous devriez vous retirer.
DIDIER. — Ah ça! Ah ça! est-ce que je rêve?
YVONNE. — Je ne sais pas si vous rêvez... Ce que - je sais, c'est que' vous m'ennuyez... et ça, c'est pas un rêve, c est la réalité.
Décidément,- je u'y suis tâchez d'y
DIDIEIÎ. —
plus du tout.
YVONNE. — Eh bien!..
être... et allez-vous-en.
DiDiEP.. — Enfin, ma chère Yvonne...
YVONNE. — Il n'y a pas de c ma
.èrg YvDhiïe. » Allez-vous-en, encore une
fois ; je bens que je vais devenir grossière.
DIDIER. Vous ir.e donnez envie de res-
YVONNE. — Pestez donc... C'est n.oi
i m'en irai.
DIDIER. — Vous si tendi-e... il u'y a qu'un instant !
YVONNE. — Tendre, moi? moi, j'ai été ndre? Eu effet, vous rêviez, vous avez laiscn.
DIDIER. — Enfin, sapristi, je ne suis pas fou ! Je vous avais là dans mes bras.
YVONNE. — Dans vos bras? C'est une feninie que vous aviez dans vos bras, ce n était pas moi.
DIDIER. — J.e n'ai pas eu vos lèvres?
Je n'ai pas eu tes yeux?
YVONNE. — Vous avez eu des lèvres, vous avez eu des yeux?
DiDiEK. — Ah! bon, nous jouons sur les mots !
YVONNE. — Je ne joue sur rien du tout.
DIDIER. — Enfin, qu'est-ce que vous avez, sacrebleu?
YVONNE. — Depuis quinze jours que j'ai le plaisir de vous connaître... il y en a quatorze que vous devriez l'avoir compris.
DIDIER. — Il y a cinq minutes, vous étiez charmante... je vous embrassais...
je vous tirais les cheveux... bref, on s'amusait... et... subitement, à propos de je ne sais quoi, pour un motif que j'ignore, vous devenez désagréable!... Si c'est Naudet qui vous fait cet efïet-là... il eût mieux fait de téléphoner à un autre moment..
YVONNE. — Je vous prie de laisser Naudet tranquille.
DIDIER, .toiiriant. — Je ne lui fais pas beaucoup de mal.
YVONNE. — Je VOUS demande pardon, ce que vous dites là est tout à fait déplacé. Pauvre homme, franchement '
DIDIER, (n s'asseyant. — Allons, je m'en vais.
YVONNE. — Vous avez une façon do V lus e« allci'.
DiDiEii, en, ii! levant. - Du cou|. c'est sérieux.
YVOSNE. — Enfin !
DIDIER. — Un baiser et je ii;us.
YVONNE, r— Non!
DiriEK. — Uu seul?
YVONNE. — Non.
DIDIER. — Un seul, voyons? vvONNi:. — Non, nc.i, et non... n'in- Fiftez pas... et ne. m'appi-O'chez pas.
DiDifR. — Vous n'avez pas toujours .é si économe !
YVONNn — Eh bien ! je deviens avare en vieillissant.
DIDIER. — Je vous aime tant, cependant !
YVONNE. — C'est le tort pue vous avez. DIDIER. — Méchante!... Allons!... Evrez sincère... avec ça que de votre côté...
YVONNE, virement. — Moi? mais je ne vo.is aime pas, je ne vous aime pas, je nï vous aime pas.
DIDIER. — Ça fait ti-ois fois.
YVONNE. — Que faut-il donc vous dire, ]x>ur vous persuader ?
DIDIER. — Tout le contraire. ^ YVONNE. — Parce que vous êtes venu cli*-z moi et que vous m'avez prise.
DIDIER. — Oh! prise...
YVONNE. — Oui, prise... car je ne me suiis pas donnée... non. je ne me suis pas donnée et vous devriez en comprendre toute la différence! Tout à l'hetire, lorsque j'étais là, vous m'avez encore prise; je ne me suis pas donnée...
DIDIER, !'air railleur. — Qu'est-ce que vous avez fait, alors?
YVONNE. — Oui, le voilà, le sourire vainqueur, le sourire satisfait de l'homme qui croit avoir triomphé ! Pour vous, d'erreuns, il n'en est point de possible : possession veut dire amour, et vous en déduisez que vous êtes mon amant, et .que je dois vous aimer! De questions... vous ne vous en posez pas : c'est simple, c'est logique, e' cela est! Et vous confondez le corps avec le cœur, prenez pour un excès de passion ce qui n'est qu'une ivresse des sens et les baisers que vous volez avec les baisers qu'on vous donne...
DIDIER. — Ah çà!... qu'cst-co que vous avez?...
YVONNE. — Je m'en veux d'avoir trompé...
DIDIER. — Ah çà! mais vous w>.«s fulle!
voNNE. — Folle, .oen-tes... sans cela, ...us-je été la femme que j'ai été?
DIDIER. — Ce <|ue vous'avcz été.
ce que vous êtes : un« natuvo oxci\ii pricieuse, tendre, coléruus<.
quart ce qu'elle fait à 1'. - • .•• -■ -. mettez toutes ces qualités et tous ces défauts dans un cliapeau... agitez... et qu'en sortira-t-il ? • Une f^^mme... une Yvonne... une vraie femme dans toute l'acception du mot.
v^■0N.VE. — Tous croj'ezî DIDIER. — Je- ne crois pas, je suis siiv. Et la preuve, c'est que vous allez ven.r là, près de moi. et me demander pari' n de toutes les méchancetés que vous m'avezdites.
YVONNE. — Vraiment! Et tout oe que je vous aurai dit n'aura servi à rien''
DIDIER. — Si, à vous faire aimer davantage.
YVONNE. — Vous êtes superbe ! DIDIER, ironique. — Non... je ne suis ■qu'un homme.
YVONNE. — Alprs, selon vous, tous les hommes se ressemblent ?
DIDIER, de même. — Ils sont tous frères !
YVONNE. — Et calme, vous êtes là, et ne vous demandez pas une seconde pourquoi je vous ai parlé comme je vous ai parlé tout à l'heure?
DIDIER. — Non... Vous me posez assez de questions... je n'éprouve pas le besoin de m'en poser moi-même.
YVON"NE. — ■ Vous êtes fier?
DIDIER. — Je suis Français.
YVONNE. -— Et quand je vous crie : « Je m'en veux d'avoir trompé », peu vous importe.
DIDIER. — Ma foi, oui... puisque c'est moi qui en profite.
Y'^-ONNE. — Alors, écoutez encore :
J'adore mon amant.
DIDIER. — Oui, ensuite?
YVONNE. — J'adore mon amant, et c'est pour cela que je m'en veux de ma faibleese, que je m'en veux de vous avoir connu, de voue connaître! — Je m'en veux surtout de ne pas avoir la force de vous repousser lorsque vous m'approchez!... Oui, soyez heureux!... Et ce qui m'enrage, c'est que vou« ne comprenez rien ! Vous ne comprenez pas que ce que je vous ai donné n'est qu'une impression de tendresse... et non la tendresse elle-
même! Vous croyez m'avoir conquise et vous n'avez pas eu à me conquérir. A'oiis aimer, moi? Si j'avais dû vous aimer, me serais-je conduite comme je me suis conduite?
DIDIER. — Ohl mon Dieu!
YVONNE. — Le jour où je vous reçus ici pour la première fois, ce fut sans arrière pensée, je le jxire, mais simplement pour lui faire payer sa sottise de la veille, qui consistait à nous avoir quittés brusquement... pour revenir dis minutes après I,.
YVONNE. - Grand lâche !
Et vous êtes venu et il a tout apjvris ! Et vous êtes revenu. Et -je lui ai fait un chagi-in mortel !... Enfii. j'adoce mon amant !
DiDiEn. — Paul Renaud'
YVON-N-E. — Et vous m'aimez, vous?
Allons donc ! Vous avez mis quinze jours pour deviner que c'était lui!... Il a mis une heure pour découvrir que c'était vous!... Donc, je vous le répète : j'adore mon amant !...
DIDIER, énervé. — Alors?
YVONNE. — J'ai voulu jouer avec le feu, je m'y suis brûlée ; tant pie pour moi, tant mieux pour vous. Vous avez fait votre métier d'homme et je ii'ai pas à vous en vouloir... Aussi, est-ce loyalement ma.intenant, sans colère, vous priant môme d'excuser les paroles un peu vives qui ont pu m'échapper tout à l'heure, que je vous tends la main et que je vous dis : « Amis, si vous voulez? »
DIDIER, mns jrre-ndre aa mnin. — Amis, si vous voulez ' Et je vous écoute et je vous admire! Alors, tout cela n'aura été qu'un jeu?
YVONNE. — Un jeu, grand Dieu! M'y serais- je lai.ssé prendre?
DIDIER. — C'est une leçon que vous avez voulu donner et vous jugez qu'elle a assez duré? Et moi, je n'aura,is été que l'instrument de la jalousie! J'aurais été le « Monsieur » qu'on appelle et qu'on chasse ! qui fait pleurer et qui fait rire ! Le rôle de l'amant est fini, celui du confident commence... Et pour un peu, c'est moi qui devrais vous dema.nd<;a- paidon et aller consoler l'autre du mal que j'ai pu lui cau.ser.
YVONNE, ironique à son tour. - - Je ne vous demande pas cela.
DIDIER. — Vraiment ! C'est c:icore du bonheur.
YvoN.vE. —Du Ixmheur... non...
DIDIER. — Mais je dois m'estimer très heureux ?
YVONNE. — Vous devez l'avoir été puisque vous vous fâchez !
DIDIER. — Me fâcher, moi? Erreur!
Je trouve l'aventure très comique, au contraire... Et js me tords!
YVONNE. — Vous avez le rire triste.
DIDIER. • — Car subitement, vous m'avez chanté une chanson qiie vous ne m'aviez jamais chantée!... J'adore mon amant ! J'adore mon amant ! J'adore mon amant !
YVONNE. — - Ça fait trois fois.
DIDIER. — On eût dit, ma parole, que voue teniez à ce que je l'apprisse par cœur! Eh ! parbleu, il fallait me la chanter plus tôt,.
YVONNE. — Je n'étais pas en voix!
DIDIER. — N'importe, je vous jure que vous me paierez tout cela!
YVONNE. — Combien?
DIDIER. — Plus cher que vous ne le pensez.
. YVONNE — Des menaces!...
DIDIER. — Et tout cela pourquoi? Parce que je vous ai prise là, dans mes bras... tandis qu'une heure avant...
YVONNE. — Ah! non, non, non. Dieu' que les hommes sont bêt«s ! Voilà vingt minutes que je me tue à vous dire que c'est justement pour cela que je ne veux pas vous revoir! Je ne vous aime pas... regardez-moi bien dans les yeux : je ne vous ai jamais aimé ! Quand je ne vous vois pas, me manquez-vous? Non! et dès que vous êtes là... Et je ne vous aime pas... Enfin, je ne veux plus vous revoir ! . . .
DIDIER. — Et moi, je veux t-e revoir; tu in'cnteuds? Je veux te revoir et, si je *ors par la }X)rte, je rentrerai par la fenêtre.
YVONNE, sèc/icmcTit. — Non.
DiDiEit. — Et je t'emmènerai bien loin, bien loin, sur les bords fleuris de la Seine 1 Le gazon sera notre couche, et le c!«l bleu ciel... sera notre ciel de lit.
YVONNE. — Ce sexait gai!
DiDiKK. — Mais comme les nuits seraient fraîches et que je tiens à ta santé, nous irons plus loin encore-... car nous serons infatigables! Ce sera Séville... en Espagne, puis ça sera Naples. en ItaJie 1 Et nous laisserons sur notre route tant de baisers, mais tant de baisei-s, que ceux qui viendront après nous ]X)urront dire, vois tu, ma chérie : a Deux amants ont pasfé par là... »
Y\o.\NE. — Je vous en prie!
DIDIER. — Et quand nous --eviendrons en France, nous reprendrons tous cos baisers... et comme il pourrait en manquer — car on vole sur les grandes routes — nous les recompterons ensemble !
YVONNE. — Je vous €n prie! je vous en prie!...
DIDIER. — Et quand je t'aurai toute fréniissa-nte... frémissante comme en ce monienl... je te dirai des choses folles... des choses folles qui t'affoleront!
YVONNE. — Grand lâche!
DIDIER. — Je t'adore.