SCÈNE II
. Les Mêmes, THERESE JJidier et Yvonne se lèvent brusquement.
THÉRÈSE. — Hum!.. Remettez- vous, mes enfants... Remettez- vous.
YVONNE. — Tu es ridicule, voyons...
nous étions eu train de...
DIDIER, virement. — Voyager. Nous quittions Naples et revenions à Paris
THÉRÈSE. — Alors, tout le monde descend... Vous y êtes et je viens voik chercher à la gare.
YVONNE, bas. — Eh bien?
THÉRÈSE, bas. — Je te dirai cela tout à l'heure. (Haut.) Et maintenant, sais-tu ce qui se passe ? ou plutôt ce qui vient de se passer?
YVONNE — Comment veux-tu que je le sache i
THÉRÈSE. — Tu as vu Naudct ?
YVONNE. • — Non, il m'a téléphoné.
THÉRÈSE. — Il y a longtemps?
YVONNE. -- Environ vingt minutes.
THÉRÈSK. — Alors, tu dois tout ignorer, cai- l'incident a eu lieu il n'y a qu'un instant ! .Je demeure à deux pas du Cercle ; j'ai tout de suite appris la chose par Marsey qui est arrivé chez moi comme un fou sans me prévenir... ce qu'il n'a jamais fait, dressé comme je l'ai dressé.
YVONNE. — Enfin, parle ; qu'est-ce qu'il y a?
THÉRÈSE. — Il y a que Marsey et Naudet qui sont amis comme ..
YVONNE, vhement. — Passe.
THÉRÈSE. — Ont failli s'écharper.
YVONNE. — A cause?
THÉRÈSE, à Didier. — A cause de vous
YVONNE. — A cause de
DIDIER. — A cause de moi?
YVONNE. — Assieds-toi... je n'y suis.
plus du tout. Ti • 1 . X •
■^ Ils s asseyent tous trois.
THÉRÈSE — Tu te souviens d'un poker que nous avons fait ici il y a environ quinze jours? Eh bien..
YVONNE. — Oui, après?
THÉRÈSE. — Après... après... attends une seconde!... Si tu veux que je te raconte tout, laisse-moi. au moins, commencer par le commencement!... Tu m'interromps!...
YVONNE. — Tu penses bien que si je t'interromps, c'est pour savoir plus vite.
THÉRÈSE. — Je sais bien... c'est le vieux système... mais c'est beaucoup plus long. Donc, je reprends...
YVONNE. — Non, c'est inutile : il y a quinze jours, un poker chez moi, c'est entendu.
THÉRÈSE. — Oui, en attendant, tu répètes ce que j'ai déjà dit.
YVO.VNE. — Oh ! écoute, tu es insupportable '
DIDIER. — Vous n'en sortirez jamais.
THÉRÈSE. — Eh bien, tu te souviens d'un poke-r que nous avons fait ici, il y a environ quinze jours? Tu pris Naudet à part et lui fis croire que !M. Didier était mon ami...
DIDIER. — Tiens... tiens...
THÉRÈSE. — Pour ne pas faire de peine à...
YVONNE. — Ça va bien... ça va bien glisse...
moiEiî. — Mais non, ne glissez donc pas, dites-lè à M. Renaud.
THÉRÈSE. — Alors, je ne glisse pas, et je If dis à M. Reuaud. Or, cet après-midi, au cercle, tandis que Naudet était enfoui dans un large fauteuil, rêvassant au coin du feu, Marsey passa derrière lui, suivi d'un autre membre. Il ne pouvait apercevoir Xaudet, et Naudet ne pouvait r aperce voii-, le fauteuil étant très grand et placé ainsi... là, tu vois... comme ça.
YVONNE. — Oui, oui., va donc.
THÉnÈSE. — « Oui, murmura Marsey, nous l'avons surnommé : Cocu le débonnaire... » Il paraît que c'est très drôle et que c est un nom historique.
DIDIER. — Nou.:. mais nous avons eu en effet un roi qui s'appelait le Débonnaire, ce qui veut dire : doux, honnête.
YVONNE. — Pauvre homme !
THÉRÈSE. — Pauvre homme !
DIDIER. — Pauvre homme !
THÉRÈSE. — A ce mot de « cocu », Naudet -qui s'endormait se redressa et prêta l'oreille.
YVONNE. — Et un coup de canon ne le réveillerait pas !
THÉRÈSE. — Mareey, comme en faction derrière le fauteuil, continua : n Oui, mon cher, elle en a un deuxième, car Naudet ne compte pas, » dit-il en prononçant ton nom.
YVONNE. — Le goiijat !
THÉRÈSE. — ■ Je l'ai qualifié autrement, je te prie de' le croire, « Il s'api>elle : M. Henri Didier. » Et pareil à un diable qui sort de sa boite, Naude't se leva d'une pièce et s'écria ; a Monsieur Marsey, vous en avez menti! car M. Didier est l'ami de Thérèse Gérard depuis trois semaines, si ce n'est plus' » Du coup ils virent jaune, tous deux et s'élancèrent l'un sur l'autre les poings fermés. Rassure-toi, la Intte fut courte, car on les sépaja presque aussitôt. Et comme on leur demandait pour quelle raison ils en étaient venus aux mains, ils répondirent ensemble, comme si leur réponse avait été préparée d'avance :
» Nous causions politique » Et le dénouement de cette comédie ridicule fut qu'on lec obligea à se gcrrer la main; à l'heure présente, ils sont plus camarades que jamais! Naudet est persuadé que monsieur et moi nous sommes au mieux, et Marsev est convaincu — en quoi il ne se tromp- guère, — que tu es au mieux a.vei y Didier
vvoNN» . — Si c'est pour me démontrer
que MarSey est supérieur à Naudet que tu me dis cela...
THÉKÈSE. — Mai'sey supérieur... grand Dieu!... 11 n'est même pas inférieur... il n'est rien. Naudet a l'air idiot lorsqu'il est près de toi... parce qu'il t'adore... mais il n'est pas sot, loin de là!... Marsey... c'est la bêtise dans toute sa splendeur! Avec cela, fat, prétentieux, povinier, faux, et toujours de l'avis de tout le monde. O'U dit : a La République est une belle institution. » Il crie : « Vive la République ! » On dit : « Ah ! si nous avions un roi! » Il crie : « Vive le roi » ^Marsey supérieur ! mais non ; il a confiance en lui... et en moi... comme tous les imbéciles. - .
DIDIER. — Je ne sais où il se fait habiller... mais' le petit complet que vous venez de lui tailler est vraiment d'une coupe irréprochable !
YVONNE. — Au revoir.
DIDIER. • — Comment?
Y'VONNE. — Je vous dis : Au revoir... Vous ne partez pas... Alors, je vous dis : Au revoir.
DIDIER. — Ah! bon!
Il prend son chapeau. Au même instant on entend sonner.
YVONNE. — On vient de sonner... Ne bougez pas !
DIDIER. — En tout cas, nous dînons enseiiible demain.
Y'voNNE. — Mais non.
DIDIER. — Vous me l'avez promis.
YVONNE. — Moi, quand?
DIDIER, très tendre. — Tu veux que je te le rappelle?
Y'VONNE. — Oh! non... et puis, ne me tutoyez pa.s... je vous en prie! Ce que je dis dans la nuit. . n'a aucun rapport avec ce que je dis en plein jour... basez-vous là-deesus. (A Fanny qui entre.) Qu'est-ce que c'est?
FANNY. — M. Marsey et M. Naudet.
YVONNE. — A cette heure-ci? Qu'estce qui leur prend?
THÉRÈSE. — Ils ne manquent pas de toupet !
DIDIER. — Alors, je me sauve.
YVONNE. — Naturellement... le danger est là. . et vous voulez filer... Vous allez rester, au contraire. Fanny, passez vite cette petite table .. mettez-la ici... au milieu de la pièce, c'est cela... Thérèse... et vous, venez vous asseoir...
Yvonne. — Mes enfants, VOILA Napoléon I'^''!
THÉKKSE. — Pourquoi faire?
YVONSK. — Viens t asseoir. Placez vos mains îiinsi... à plat... comme ça... nous allons faire semblant d'évoquer les esprits... Naudet y croit beaucoup... Marsey y croit un peu... nous leur ferons : chut... dès qu'ils entreront et tu verras qu'ils s 'installeront tout naturellement à côté de nous. Ainsi nous éviterons leurs conversations. Ah! les raseure!... Voub y êtes?... Ah! j'oubliais... c'est moi qui ferai lemuer la table... Fanny, faites entrer les jeunes gens.
THÉuÈSE. — Qui allons-nous demander?
YVONNE. — .Le grand Turc... eet-ce que je sais., n'importe qui... Taisonsnous, les voici...