DE CLERMONT, YVONNE
DE cj-EiiMONT. — Bonjour... Comment ojlez-vous ?
YVONNE, s'eforçant d'éf/e gaie. — Pas mal, merci! Et vous, qu'est-ce que vous devenez? On ne vous aperçoit plus nulle part :
DE CLEUMONT, très triste. — J'ai boau- . coup chassé tous ces derniers temps.
YVONNE. — Avez-vous tué quelque chose, au moins?
DE CLEUMONT. — Oui, j'ai tué... j'ai tue... assez,., j'ai même tué ma chienne.
Y.V0NNE. — Vous avez tué votre chienne! Comment vous y êtes-vous pris mon Dieu?
DE CLEKMONT. — Oh ! je n'en sais rien ! J'étais triste... vous comprenez... J'avais un fusil... mes pensées étaient ailleurs... J ai vu quelque chose remuer dans les broussailles pan, pan, j'ai tiré... C'éfait lialbine... Ah! je n'ai pas de veine!
YVONNE. — Mais qu 'avez-vous pour porter ainsi le diable en terre? La mine est bonne.
DE CLEKMONT. — Oui, je me porte bien... Je ne i>eux pas dire le contraire i Je mange comme quatre, je dors comme un enfant... Non, je suis le monsieur qui s embête.
YVONNE. — Faut toujours un monsieur comme ça !
DE CLERMONT. — Oui, n'est-cc pas?
YVONNE. — Mariez-vout,
DE CLERMONT. - Oh! ma foi, non f C ist des dérangements ! Faut aller dans le monde, faut danser!...
YVONNE. — Les .jeunes filles ne peuvent pourtant pas venir chez vous '
DE CLEKMONT. — Je sais bien, ça ne ^o tait pas... Sans cela, ça pourrait peut t'h, marcher. '
YVONNE. — Et les femmes?
DE CLERMONT. — Les femmes' Ah' non ne me parlez pas des femmes! Dieu' qui tut certainement le plus grand inventeur du monde, fit une rude boulette le jour où il la créa! Quel brevet' Seigneur !
YVONNE. ^ Plaignez-vous donc! Que feriez-vous? que deviendriez-vous sans elles?
DE CLERMONT. — gans elles? Non ipais c'est sérieux, ce que vous me dites la? Sans la femme?... Mais sans la femme, ma chère amie... Tenez, rien que d y })enser. la gaîté me revient ! Sans la femme? Mais la vie ne serait qu'un éter- Bel printemps ! Les lioiumes seraient condamnés au bonheur à perpétuité ' Plus de bêtises, plus de folies, plus rien.' Sans la:femme? Mais pour qui se bat-on? pour qui assassine-t-on ? Pour qui vole-t-on ? pour qui travaille-t-on ? pour la femme' toujours pour la femme. Sans elle? Mais plus de maris, plus d'amants, plus de juges, plus d'huissiers, plus d'avocat-, plus d'usuriers ! Il y aurait vraiment deux paradis! un au ciel et l'autre sur terre!.. Sans la femme, ma chère Yvonne, il n'y aurait plus de misère, ni de miséreux! il n'y aurait plus que des gens heureux ! Les hommes s'apercevraient enfîii qu'ih sont tous frères! Il n'y aurait plus que des honnêtes gens, il n'y aurait plus qu une seule patrie... il n'y aurait plus
YVONNE. — Pauvre fou!
DE CLERMONT. — Mais, sans la femme...
YVONNE. — Il n'y aurait plus d'hommes non plus... car il n'y aurait plus d enfants, mon bon ami.
DE CLERMONT. — Tiens, c'est vrai; je n'y avais pas songé.
YVONNE. — Faut-il que vous les aimiez pour en dire autant de mal !
DE CLERMONT. — Lcs aimer, moi? Ah!
la jolie faroe! Ainsi, tenez... Agathe... fini!
YVONNE. — Je sais cela.
DE OLERMONT. — Faibleu, elle est venue vous conter ses cliagrius!
YVONNE. — Ses chagfius? non.
DE CLERMONT. — AU! la petite 2>este !
gentil, caressant, tendre, enfin un mouton première qualité!... Ah! bien ouitrhl... il devint enragé! Et cette transformation s'opéra du jour au lende-
TiGMl. — IJariez-vol-s
Et n;oi qui chantais à qui voulait l'eubciuivo que c'était la maîtresse rêvée, un mouton, un mouton docile, aimable,
main, car, subitement, et cela sans que je sachv? pourquoi, elle n'accepta plus aucune observation ! Ainsi, jadis, lorsque je
l^eguin
lui donnais un baiser, une marque de tendresse quelconque, elle était ravie.
vvo.N.vi;. — Oh! ravie!
DE CLEEMONT. ^- Mais si, ravie... Je m'y connais! Et subitement encore elle me repoussa, nie disant des jjhrases comme celle-ci, i>ar exemple : « Oh ! non, garde ça, de Clermont!... » Elle m'apl>elait de Clermont!... De plus, elle devint grossière, insupportable, et à ce point que je fus obligé di? la quitter. Et bien! aujourd'hui, elle s'en repent.
YVONNE. — Elle n'en avait pa« lair.
Lorsqu'elle est venue chez moi pour me conter cette rupture, elle était très gaie, très en train.
DE CLEKMON'T. — Elle dieslmulait !...
Car, au fond, je suis ijersuadé qu'elle m'adore.
YVONNE. — Bien au fond, alors...
DE CLERMONT. — Enfin, qu'elle retrouve sur son chemin un homme comme moi. c'est tout le mal que je lui souhaite. YVONNE. — Eh bien, c'est à ne pas le croire, elle a trouvé mieux.
DE CLERMONT. — Déjà, ce n'est pas possible ; vous me dites cela pour me faii-e enrager.
Yvo.vNE. — Mais non.
DE CLERMONT. — Qui est-ce ?
YVONNE. — Ah ! ça, c'est un secret qui ne m'appartient pas. N'importé: Quand vous êtes-vous quittés?
DE CLERMONT. II y a huit jours.
YVONNE. — Eh bien, mon cher, je l'ai vue, hier; elle était ici à quatre heures et demie, et, rayonnante de plaisir me racontait qu'elle dînait avec le jeune prince de... Ah! j'allais dire le nom.
DE CLERMONT. — Mais dites-le donc, cela n'a aucune importance.
YVONNE. — Non, non, je .suis incapable de trahir une amie! Si vous étiez jaloux... c|eût été différent !... Pour vous taquiner, j'aurais peut-être été indiscrète... mais comme ça n'est pas le cas...
DE CLERMONT, furkux. Oui.. Eh
bien, en attendant, je vais, en sortant d'ici, lui écrire une petite lettre qu'elle pourra lire tous les soirs avant de se couclier. — Et si le prince veut la lire, il pourra la lire aussi. — Pourquoi riezvous î
YVONNE. — Pour rien. J'étais triste, vous m'amusez!
DE CLERMONT. — Petite femme de quatre sous... grande comme ça... grosse comme ça.. .Et quelle ne vienne jamaLS
me demander un sei-vice quelconque, je lui ferai voir la porte.
YVONNE. — C'est très curieux...
DE CLERMONT. — Qu'est-cc qui est curieux ?
YVONNE. — C'est vous qui l'avez quittée... et c'est vous qui allez recourir ap-ss elle, maintenant.
DE CLERMONT. — Moi !
YVONNE. — Allons, dans deux jours vous serez à ses pieds.
DE CLERMONT. — A ges pieds!,.. ' ; merais mieux me couper les miens... j v tiens! Enfin! En fait de pieds... et vous"?
YVONNE. — Comment, en fait de ■ : .>ds, et moi ? 'Vous n'êtes pas poli !
DE CLERMONT. — PaidoD, je veur lire quoi de neuf?
YVONNE. — Rien.
DE CLERMONT. — Naudet va bien .
YVONNE. — Très bien, merci. {Un silence.) Alors, vous êtes garçon?
DE CLERMO.VT. — Du. t^iut... Je Connais une femme ravissante ! Et d'un blond!... d'un blond comme j'en ai rarement vu !
YVONNE. — Qu'est-ce qu'elle fait, cette demoiselle ?
DE CLERMONT. — Elle fait l'amour."
YVONNE. — Eh bien, c'est une position.
F\NNY, entm-nt. — Madame emportet-elle un peignoir 1
YvoN.\E. — Le rose, oui.
Fanny sort.
DE CLERMONT. — Tiens une malle; c^est vrai, je n'avais pae remarqué...
Vous partez donc en vovage?
Y-voN-NE. — Oui, ce soir.
DE CLEEMONT. — Oîi cela ?
YVONNE. — Très loin.
DE CLEEMONT. — C'cst Un joli pavs.
Et pour longtemps?