‹ Le BéguinChapitre 37 sur 89 · YVONNE, NAUDET · texte numérisé non relu

YVONNE, NAUDET

NAUDET. — Bonjour, Yvonne... Je ne vous dérange pas?

YVO.VNE, s'efforçant d'être aimable. — Non, non... Asseyez-vous Naudet.

NAUDET. — Merci.

YVONNE. — Quoi de nouveau depuis hier? Oîi avez-vous dîné '

NAUDET. — J'ai dîné, avec Lafourcade, Duradis, et Vignon.

YVONNE. — Était-ce gai, au moins?

NAUDET. — Ma foi, non... Ils ont raconté des saletés durant trois heures!

YVONNE. — Ah ! toujours !

NAUDET. — Oui, ils ne veulent pas changer.

YVONNE. — Et chez vous?

NAUDET. — On ne va pas mal, je vous remercie... On m'a encore fait quelques scènes...

YVO.VNE, s'asseyant en face de lui. — A cause de moi î

NAUDET. — J'ai ouvert en rentrant, par mégarde, mon portefeuille... et votre photographie est tombée...

YVONNE. — Aussi, pourquoi la garder sur vous? Ça n'est pas raisonnable...

NAUDET. — Si on ne faisait que ce qui est raisonnable, la vie ne serait plus possible ! Et vous, Yvonne, je vous trouve mauvaise mine; on dirai."^ que vous avez pleuré !

YVONNE, se contenant. — Moi, oh ! non i oh ! non !

NAUDET. — Pourquoi ne pas dire la vérité .' Vou? n'avez pas ces yeux-là d'ordinaire. . .

YVONNE, étranglée. — Eh bien ! oui, j'ai pleuré, c'est vrai.

NAUDET. — Et VOUS uiourez d'envie de recommencer?

YVONNE, la tête dans les mains. — J ai un gros chagrin.

NAUDET. —- Pleurez donc... Ça fait du bien... Je sais ce que c'est... cela m est arrivé... et cela m'arrive encore quelquefois!... Mais comme je suis beaucoup plus vieux que vous, ce sont de vieilles larmes... elles coulent plus lentement...

YVONNE. — Mon pauvre Naudet.

NAUDET. — Ne me plaignez pas, allez!

Quelques heures, quelques minutes passées auprès de vous me t'ont tout oublier ! YVONNE. — Vous m'aimez donc tant que cela, vous?

NAUDET. — Oui, beaucoup. YVONNE. — Et voilà bientôt huit ans " que cela dure?

NAUDET. — Oui, huit ans en efïct.

^ YVONNE. — r^t reperdant j'ai été bien méchante avec vous !

NAUDET. — Bah! h fond est bon.

YVONNE. ~- Oh! si, j'ai été méchante, injuste, insupportable; je le sais bien. Que voulez-vous, Naudet? c'est ma nature; alors je ne peux pas me refaire, n'est ce pas?

NAUDET. — Ne vous refaites pas.

YVONNE. — Tenez, c'est ridicule, mais il me semble que je suis toujours plus gentille avec vous lorsque j'ai une peine, une tristesse.

NAUDET. — Oui, je l'ai remarqué aussi,... mais je ne m'en plains pas.

YVONNE. — Mes chagrins font vos joies.

NAUDET. — Ne dites pas cela. Vous...

vous partez, Yvonne?

YVONNE. — Oui... pour quelques jours seulement.

NAUDET. Ah !

YVONNE. — C^la ne vous ennuie pas trop, au moins?

NAUDET. — C'est la première fois que vous me demandez si ce que vous faites me contrarie, Yvonne?

YVONNE. — C'est vrai, mon bon ami!

NAUDET. — Oui, votre ami, votre vieil ami ; voilà le mot juste.

YVONNE. — Et qui m'a toujours tout pardonné !

Yvonne. — N'Ies chagrins

FONT vos JOÎES.

NAUDET. — Et qui vous a toujours tout pardonné !

YVONNE. -•■ Voyons, ne soyez pas triste... Je vous aime auesi, moi, Naudet... et la preuve, c'est que je vais vous demander tout de suite de me faire deux ou trois petites courses.

N.WDET. — A quelle heure partezvous !

YV0NN3. — A sept heure?, à huit heures, à neuf heures ; je ne sais pas encore.

XAVDK^-. — Alors, parlez, Yvonne !

TVON.VE. — Voilà... Je voudrais que vous m'apportiez des menthes glaciales et que vous me faisiez envoyer une voiture de cercle à sept heures.

NAUDET. — Bien. Je viendrai donc, si vous le permettez, vers six heures, vous faire mes adieux.

YVONNE. — Vos adieux ! le vilain mot ! Mais je ne pare pas pour l'éternité !

SAVDET. — Alors, je me sauve.

YVONNE. — C'est cela, sauvez-vous vite.

NAUDET. — Au revoir...

YVONNE. — Allons, embrassez-moi... (// Vfmhrasse sur le front.) Et à tout à riveure.

Elle l'aocompaene jusqu'à la porte, puis revii^nt, tourne un peu .lutour 'le la pièce, vient s'assenir devant son petit secrétaire, et tout en dénliirnnt quelques lettres qu'elle jette au p.-inier.

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