YVONNE, NAUDET
NAUDET. — Bonjour, Yvonne... Je ne vous dérange pas?
YVO.VNE, s'efforçant d'être aimable. — Non, non... Asseyez-vous Naudet.
NAUDET. — Merci.
YVONNE. — Quoi de nouveau depuis hier? Oîi avez-vous dîné '
NAUDET. — J'ai dîné, avec Lafourcade, Duradis, et Vignon.
YVONNE. — Était-ce gai, au moins?
NAUDET. — Ma foi, non... Ils ont raconté des saletés durant trois heures!
YVONNE. — Ah ! toujours !
NAUDET. — Oui, ils ne veulent pas changer.
YVONNE. — Et chez vous?
NAUDET. — On ne va pas mal, je vous remercie... On m'a encore fait quelques scènes...
YVO.VNE, s'asseyant en face de lui. — A cause de moi î
NAUDET. — J'ai ouvert en rentrant, par mégarde, mon portefeuille... et votre photographie est tombée...
YVONNE. — Aussi, pourquoi la garder sur vous? Ça n'est pas raisonnable...
NAUDET. — Si on ne faisait que ce qui est raisonnable, la vie ne serait plus possible ! Et vous, Yvonne, je vous trouve mauvaise mine; on dirai."^ que vous avez pleuré !
YVONNE, se contenant. — Moi, oh ! non i oh ! non !
NAUDET. — Pourquoi ne pas dire la vérité .' Vou? n'avez pas ces yeux-là d'ordinaire. . .
YVONNE, étranglée. — Eh bien ! oui, j'ai pleuré, c'est vrai.
NAUDET. — Et VOUS uiourez d'envie de recommencer?
YVONNE, la tête dans les mains. — J ai un gros chagrin.
NAUDET. —- Pleurez donc... Ça fait du bien... Je sais ce que c'est... cela m est arrivé... et cela m'arrive encore quelquefois!... Mais comme je suis beaucoup plus vieux que vous, ce sont de vieilles larmes... elles coulent plus lentement...
YVONNE. — Mon pauvre Naudet.
NAUDET. — Ne me plaignez pas, allez!
Quelques heures, quelques minutes passées auprès de vous me t'ont tout oublier ! YVONNE. — Vous m'aimez donc tant que cela, vous?
NAUDET. — Oui, beaucoup. YVONNE. — Et voilà bientôt huit ans " que cela dure?
NAUDET. — Oui, huit ans en efïct.
^ YVONNE. — r^t reperdant j'ai été bien méchante avec vous !
NAUDET. — Bah! h fond est bon.
YVONNE. ~- Oh! si, j'ai été méchante, injuste, insupportable; je le sais bien. Que voulez-vous, Naudet? c'est ma nature; alors je ne peux pas me refaire, n'est ce pas?
NAUDET. — Ne vous refaites pas.
YVONNE. — Tenez, c'est ridicule, mais il me semble que je suis toujours plus gentille avec vous lorsque j'ai une peine, une tristesse.
NAUDET. — Oui, je l'ai remarqué aussi,... mais je ne m'en plains pas.
YVONNE. — Mes chagrins font vos joies.
NAUDET. — Ne dites pas cela. Vous...
vous partez, Yvonne?
YVONNE. — Oui... pour quelques jours seulement.
NAUDET. Ah !
YVONNE. — C^la ne vous ennuie pas trop, au moins?
NAUDET. — C'est la première fois que vous me demandez si ce que vous faites me contrarie, Yvonne?
YVONNE. — C'est vrai, mon bon ami!
NAUDET. — Oui, votre ami, votre vieil ami ; voilà le mot juste.
YVONNE. — Et qui m'a toujours tout pardonné !
Yvonne. — N'Ies chagrins
FONT vos JOÎES.
NAUDET. — Et qui vous a toujours tout pardonné !
YVONNE. -•■ Voyons, ne soyez pas triste... Je vous aime auesi, moi, Naudet... et la preuve, c'est que je vais vous demander tout de suite de me faire deux ou trois petites courses.
N.WDET. — A quelle heure partezvous !
YV0NN3. — A sept heure?, à huit heures, à neuf heures ; je ne sais pas encore.
XAVDK^-. — Alors, parlez, Yvonne !
TVON.VE. — Voilà... Je voudrais que vous m'apportiez des menthes glaciales et que vous me faisiez envoyer une voiture de cercle à sept heures.
NAUDET. — Bien. Je viendrai donc, si vous le permettez, vers six heures, vous faire mes adieux.
YVONNE. — Vos adieux ! le vilain mot ! Mais je ne pare pas pour l'éternité !
SAVDET. — Alors, je me sauve.
YVONNE. — C'est cela, sauvez-vous vite.
NAUDET. — Au revoir...
YVONNE. — Allons, embrassez-moi... (// Vfmhrasse sur le front.) Et à tout à riveure.
Elle l'aocompaene jusqu'à la porte, puis revii^nt, tourne un peu .lutour 'le la pièce, vient s'assenir devant son petit secrétaire, et tout en dénliirnnt quelques lettres qu'elle jette au p.-inier.