‹ Le BéguinChapitre 47 sur 89 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

LONGECOURT, ANDREE, BELLENCONTRE

LONGECOUET, en rentrant. — Pourtant, j'assiste à presque toutes les réunions : Auteuil, Longchamp, Saint-Ouen...

ANDRÉE, l'air bébéte et parlant lentement et en irainant sur les mots. — Je ne vous ai jamais vu.

LONGECOURT. — - Vous aimez les chevaux?

ANDRÉE. — ^ Oh! moi, ça m'est égal.

LONGECOURT. — En somuie, vous allez aux courses pour vous distraire?

ANDBÉE. — Oh! non, cela ne m'amuse guère... Mais comme on met chaque fois mon nom dans les journaux...

LONGECOURT. — Ah ! voilà.

ANDRÉE. — Alors, n'est-ce pas...

LONGECOUET. — Naturellement.

ANDRÉE. — Ainsi, dans le dernier numéro du Mousquetaire, il y avait cinq lignes sur moi.

LONGECOURT. — Sur VOUS scule?

ANDRÉE. — Sur moi seule.

LONGECOURT. — C'est admirable,

ANDRÉE. — Ça fait plaisir.

LONGECOURT. — Je crois bien.

ANDIJÉE, récitant par cœur.

< ... A]>erçu en une robe mauve, garnie de dentelles blanches, l'exquise petite fée!... {Elle s'arrête, regarde Lonf/crourt tn souriant, pui^ .•) C'est moi^ (Elle reprend.) « L'exquise petite fée Andrée

L'Age d'Aimer

Bouqupt, aux cheveux couleur d'ébène, aux yeux couleur de rêve... »

LON'GECOUiîT. — Ebène? mais vous êtes plutôi blonde !

ANDKiÎE. — Oh ! cela ne fait rien.

LO.VGECOUHT. — Quaut à « couleur de rêve », c'est une nuance nouvelle probablement ?

AN'DUÉE. • — Mais non, c'est la couleur de mes yeux.

LONGECouHT. — Allons donc !

.\.\DRÉE. — Mais oui.

LONGEcouRT. — Regardez-moi un peu.

{Il la regarde bien dans les yeux.) En effet, Le rédacteur du J/tiK4(/ue«à/>e ne s'est pas trompé. Il y a un~ ton de rêve, c'est certain. {Vn temps.) Et, sur votre petite bouche, pas une ligne? non?

ANDRÉE, naïvement. — Il ne peut pas parler de tout, n'est-ce'pas?

LONGECOURT, en souiiunt. — C'est évident.

ANDRÉE. — Pourquoi souriez- vous ?

LONGECOURT. — Parce que je vous trouve tout à fait jolie.

ANDRÉE. — Vous souriez parce que vous me trouvez jolie ?

LONGECOURT. — Mais oui.

ANDRÉE. — C'est drôle.

LONGECOURT. — Venez dans le jardin.

ANDRÉE. — Pourquoi faire?

LONGECOURT. — Pour respirer.

ANDRÉE. — II fait noir.

LONGECOURT. — Justement.

ANDRÉE. — Je n'aime pas l'obscurité.

LONGECOURT. — Il est 'trois heures et demie du matin... 11 fera jour tout à l'heure.

ANDRÉE, en baissant les yeux. — Oui mais d'ici tout à l'heure.. •.

LONGECOURT. — Vous n'avez pas connance en moi ?

ANDRÉE. — Si.

LO.NGECOURT. — Eh bien, alors?

Un ronflement.

ANDRÉE. — Il dort bien.

LO.N'GECOURT. — Pauvrc Bellencontrel 11 est fourbu !-

ANDRÉE. — Vous le counaisscz beaucoup?

Lo.N-GEcorRT. — Depuis six ans. Et vous ? AN-DRÉE. - Oh ! moi... c'est mon amant' LONGECOURT. — Comment, c'est vrai 1 A.VDRÉE. — Mais oui.

LONGECOURT. — Ce n'était pis une plaieantene? C est tout nouveau alors?

— Mais non... depuis trois

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