‹ Le BéguinChapitre 54 sur 89 · GENEVIEVE MAURICE, TAVERNAY, COLETTE · texte numérisé non relu

GENEVIEVE MAURICE, TAVERNAY, COLETTE

GENEVIÈVE. — Savez-vous pourquoi je veux que vous restiez, Tavernay] TAVERNAY. — Non.

GENEVIÈVE. — Et vous, Colette?

COLETTE. Non plus.

GENEVIÈVE. — M. Gérard, lui, ne peut pas deviner. Voyons, que m'avez-vous montrée, Colette, avant le dinerl

COLETTE. — Cette jolie bague que Jacques m'a donnée.

GENEVIÈVE. — Oui. Et pourquoi vous a-t-Ll offert ce joli bijou?

COLETTE. — Parce qu'il y a juste un an aujourd'hui que nous nous sommes connus.

GENEVIÈVE. — Eh bien, voilà... Moi aussi, j'ai pensé à vous, ma chère j>etite Colette. C'est chez moi que vous êtes venue pour la première fois avec Tavernay, je m'en '■■.is souvenue, et si je ne vous ai pas remis plus tôt l'insignifiant présent que voici...

COLETTE, confuse. — Oh!

GENEVIÈVE. — ... C'est que j'ai tenu à ne pae vous l'offrir devant tout le monde. Il n'a pas grande valeur. C'est un simple souvenir. Portez-le cependant

et qu'il vous rappelle de t«Dips en temps la Iwnne amitié que j'ai pour vous.

COLETTE, /mue. — J'ignore te que cette petite boite contient. "Tout ce que je puis vous dire, c'est que je suis très touchée... très contente... trèe heurcurj»... Enfin, que cela me fait un gros plai.sir.

GENEVIÈVE. — Alors, embrassez-moj.

COLETTE, se jetant à son cou. — Oh!

de tout mon cœur !

GENEVIÈVE. — Qu'est-ce que vous avez, Tavernay'?

TAVERNAY, é in ti . — Rien... je suis une vieille bête... mais une vieille bête qui VOUS aime bien... Ce que vous faites-là est très gentil.

MAURICE. — Certes.

GENEVIÈVE. — Quelle affaire! Cela prouve que j'ai bonne mémoire, voilà tout.

COLETTE. — Oh '. le joli médaillon I

GENEVIÈVE. — Ce n'est pas un bijou très à la mode, ma'îs à votre âge, et mignonne comme vous l'êtes —

COLETTE. - — Il est ravissant ! Regardez, Jacques, regardez, monsie^ur Gérard. (Gentiment , après un temps.) J« peux l'ouvrir?

GENEVIÈVE. — Mais oui, voyons.

COLETTE, désappointée. — Je croyais y trouver votre portrait.

GENEVIÈVE. — C'est pour y mettre oe que vous désirerez.

COLETTE. — Alors, VOUS me le promettez ?

GENEVIÈVE. Si VOUS VOUlcZ, mOD

l>etit.

COLETTE. — Je suis très contente, vous savez.

GENEVIÈVE, in riant. — Qu'est-ce qu'il y »r encore, Tavernay ?

TAVERNAY. — Il y a que je suis heureux, profondément heureux? Qu'on raille le vieil amoureux que je suis, peu ni'imjwrte! J'aime Colette, c'est vrai, je ne m'en cache pas... et je l'aime à ce point qu'il me semble, par moments, quand j'oublie mes cheveux gris, que c'est toute ma vie que je recommence.

GENEVIÈVE. — • Mon bou Tavernay!

TAVERNAY. — Sa jcunesse en entrant chez moi a tout bouleversé. Et puis elle a, je vous jure, une petite âme charmante.

COLETTE, baissant les yeux. — Voyons... Jacques.

TAVERNAY. — Mais si. Que je fasse, moi, tout oe qu'il m'est humaluement

L'Age d'Aimer

possible de faire pour lui i>endre l'existence agréable, c'est, vous l'avouerez, assez compréhensible... j'ai mon fige à me faire pardonner.

COLETTE. — Est-ce drôle de toujours parler de son âge !

GE>}EVIÈVE. — Le fait est que c'est ridicule, Tavernay.

TAVERNAY. — Que voulez-vous ! . . . Je suis un peu comme ces chauves qui parient sans cesse de leur calvitie, et cela

GENEVIÈVE. — Voulez-voi'= vous taire!

COLETTE. — Oh! comme il a l'air triste, M. Gérard!

MAURICE. — Triste! Pourquoi, grand Dieu? J'ai passé une excellente soirée.

GENEVIÈVE. — Vraiment?

MAURICE. — Vous en doutez?

GENEVIÈVE. — Non, mais enfin, vous ne m'avez pas paru très gai.

"^ft-

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