‹ Le BéguinChapitre 53 sur 89 · MAURICE. — GENEVIÈVE · texte numérisé non relu

MAURICE. — GENEVIÈVE

les yeux.

LONGECOURT,

Un silence.

— Si c'est une plaisantegecourt !

. —-Cela vous ennuierait riner les yeux?

Est-ce que vou- vous mo-

— Je vous en prie, ferne pouvez vous douter à va vous intéresser.

■ Nous fermons les 3-eux ?

en souriant. — Fermons

— C'est parfait!

Il s'éloigne sur la pointe des pieds, va au piano et joue.

TAVERNAY, à la table de jeu. — Trois valets.

GENEVIÈVE. — Nous devons avoir l'air stupides!... {Un tem s.) Nous vous écoutone... Eh bien, Longecourt, parlez!

(Maurice ouvre les yeux et n'apercevant phis honqecourt il en profite pour embrasser vivement la main de Geneviève.) Oh!

MAURICE. — Je vous ai fait peur?

GENEVIÈVE. — Peur! non!... A^^ous m'avez surprise, voilà tout.

MAURICE. — Je vois que je vous ai fcâchée. Et cependant je vous jure que je ne m'étais pae entendu avec Longecourt.

GENEVIÈVE. — Vous voiià bien avancé, maintenant !

MAURICE. — C'est toujours un baiser.

L'Age d'Aimer

GENEVIÈVE. — Volé. MAURICE. ■

MAUBICE. — Je suis honnête... je no Geneviève.

demande qu'à le rendre. mauiuce.

GENEVIÈVE. — Gardez-le. rard!...

Geneviève !

- Monsieur Gérard?...

Oli!... monsieur Gé-

GENÏVIÈVE. — Nous devons .woir l air stupides !..

MAURICE. — Vous m'en voulez?

GENEVIÈVE. — Non...

Elle va pour s'éloigner.

GENEVIÈVE. — Comment voulez-vou« que je dise?

MAURICE. — Ce serait mal de m'appe- 1er Maurice?

L'Age d'Aimer

GENEVIÈVE. — Je crois que cela serait un peu familier.

MAURICE. — Je l'ai donc été en vous appelant Geneviève?

GiiNEViÈvi;. — Oui... non... Je n'y attache aucune importance. (AnTjette tnire avec une boîfe de cùjures à la main.) Où vae-tu Annette?

ANNETTE. — J 'apporte des cigares à M. Bellencontre.

CE.NEViÈvi:. — Dooine-les lui et va vite

te «oucher, voyons Jean suffira pour

ce qui reste à faire.

A.NNETTE. — Je ne suis pas fatiguée.

madame.

GENEVIÈVE. -^ Entêtée!... (^4 Longtcoiirf. Vous, vous me le paierez!

Bruit à la table de jeu.

MAUKICE, à Generifve. — Il y a longtemps qu'elle est chez voue?

GENEVIÈVE. — Annette?

MAURICE. Oui.

GE.*fEViÈvE. — Quinze aas i M.11.UKICE. — Quinze ans!

GENEVIÈVE. — C'est UD bail.

MAURICE. — Elle a l'air d'une brave personne.

GENEVIÈVE. — C'est un vieux chien fidèle... et si bonne!

MAURICE. — VoiiB devez être très bonne, vous aussi?

GE.N'EviÈVE. — Je ne suis pas méchante.

MAuaicE.- — Pas très gaie!

GEKEViÈvE. — Pourquoi donc?

MACBICE. — C'est peut-être une idée.

GENEVIÈVE. — C'est une idée, sûrement!... J'ai des amis que j'aime, qui m'aiment; et j'ai, comme on dit vulgairement « la santé ». Pour quelle raison serais- je triste!

MAURICE. — Je ne sais... mais lorsqu'tîD vous observe, lorsqu'on vous regarde un peu... on voit comme du chagrin dans vos j'eux.

GENEVIÈVE, en s'efforçant de sourire.

— Mais non.

XAUBiCE. — Des larmeE, même.

CEKEviÈVE, de même. — Voue vous trompez, je vous jure, ou bien ce sont des larmes d'autrefois, les dernières, celles qui n'ont pas eu la force de tomber.

MAURICE. — 'Vous avez donc souffert?

CE.NEViÈvE. — Beaucoup.

MAURICE. — Tant que cela?

OE.VEVIÈVE. — Follement!... Mais ne parlons pas de cela, voulez- voue? (A Ta-

verruiij gui a quitté la table de jeu et qui s'est approché.) Qui gagne, là-bas?

TAVERNAY. — Tout le mondc !

GEi^viÈvE. — Comment tout le monde ?

BELLENCONTEE. — "Vous en avez du toupet !

Les joueurs rient.

TAVERNAY. — Bellenoontje est le seul perdant, il est furieux!

GENEVIÈVE. — Je vais voir cela de près. (.4 Maurice.) Vous m'excusez!

MAURICE. — Je vous en prie.

BELLENCONTEE, très gai. — Ah ' enfin !. . J'ai trois dames!

ISABELLE. — Oui, mais moi j'ai trois rois !

ANDRÉE. — Et moi, trois a£ !

BELLENCONTEE, se IcVÙTlt. Oui, eh

bien, mes enfants, je demande à changer de place !

ISABELLE. — Non, non, nous restons cc.mme nous sommes.

ANDRÉE. — Parfaitement! comme nous srOiBnies !

BELLENCONTEE, à Andrée. — Je te ferai remarquer, ma petite amie, . que je ne t'ai pas demandé ton avis.

ANDRÉE, timidement . — Je peux bien le donner tout de même.

BELLENCONTEE. Non.

ANDRÉE. — Pourquoi ?

ISABELLE. — Oh ! écoutez, Bellencontre, asseyez-vous et taisez-vous !

COLETTE. — Chaque fois qu'on joue avec Bellencontre et qu'il perd, on est sûr d'entendre un peu de miusique.

BELLENCONTRE. — Que dit M""" Taver- " nay?

COLETTE, moquetise. — Rien, 'Wagner.

TAVERNAY, a Mavricc. — Quel drôle d'homme vous faites!

MAURICE. — Parce que?

TAVERNAY. — Parce que vous serez toujours le même. Vous n'êtes pas un amant, Gérard, vous êtes un amoureux.

Je vous crois capable d'adorer une femme à la folie tant que vous ne l'avez pas conquise, je vous crois incapable d'une gra.nde passion. Mais si. Vous me faites l'efiFet de ces enfants qui pleurent à la vue d'un joiiet nouveau qu'ils désirent.,. Dès qu'ils l'ont, ils le broient, le jettent aux quatre vents et ne s'en souviennent même plus après une nuit passée.

MAURICE. — Non, cette fois, Tavernay, ce n'est pas un amour banal.

TAVERNAY. — Vous n'avez pas trente

L'Age d'Aimer -

ans, mon cher Gérard... à votre âge ou fait soxiiïnr le& feumies... 11 n'y a qu'au mien qu'on fait tout au monde pour leur éviter un ciiagrin.

MAVRICE. — J'eu suis fou! Je n'ai qu'elle dans la tête.

TAVEUNAY. — C'est dans le cœur qu'il faut l'avoir.

MAURICE. — l'ar!cz-hn.

TAVERNAY. — Quelle influence voulezvous que j'aie, mon pauvre ami? Geneviève m.'est très chère, j'ai pour edle une

'UCNEVIÈVB. — Déjà, Bellencontre?

BELLENCONTRE. — Oui, ma chère amie, déjà.

ISABELLE, se h'vuiit aillai que Colette et Andrée. — Quel mauvais joueur voue f aitos !

HELLE^icoNTHE. — Longecourt 1

LONGECOURT. — Bellencoutre ?

BEi.i ENCONTRE. — Nous qui sommea du même cercle, avez-vous entendu dire que j'étais mauvais joueur?

LONGECOURT. — Quelquefois, oir' .

Wm.

^^^HBk

BELLENCONTRï — Vous trighotez plutôt...

je n ai

•amitié très ancienne et très profonde, elle le sait, maie elle sait aussi que j'ai été son confident, témoin surtout de ces douleurs passées. Non, vovez-vou.s, pas le droit de la conseiller.

MAURICE. — Enfin, que faut-il que je fasse ?

TAVERNAY. — Faites qu'elle vous croie.

BELLENCONTRE, en se levant de la table de jeu. — Ciette partie a cessé de me plaire.

BELLENCONTRE. — Est-il bête, hein?

LONGECOURT. — Je ne suis pas bête :

Vous me posez une question, je vous réponds.

BELLENCONTRE. — N'importe, j'ai horreur de cartonner avec des femmes.

Quant à vous, ma chci-« Isalx-lle, voue avez gi-aud tort de plaisanter... votre façon de jou°r étant tout à fait spéciale.

ISABELLE. — Je triche peut-être ;

L'Age d"Aimer

BELLENCONTUE. — Je ne dis pas que vous trichez...

ISABELLE. — C'est fort heureux.

BELLENCONTRE. — Vous trichotez plutôt...

is.\BELLE. — Je trichote?

BELLENCONTRE. Oui... VOUS... VOVIS

avec !'œil baladeur si j'ose m'exprimer ainsi.

ISABELLE. — Oh! c'est trop fort!

COLETTE. — Vous ne diriez pas cela si vous aviez gagné.

BELLENCONTRE. — Oh ! ma chère Colette, vous...

COLETTE, en se redressant. — - Qu'estce que j'ai fait ?

GENEVIÈVE. — Vo\i6 allez vous faire écharper, Bellencontre ! . . .

ANDRÉE. — Colette joue très honnêtement.

ISABELLE. — Eh bien! et moi?

.iNDFiE.- — Mais vous aussi.

BELLENCONTRE, ragtur. — Ah ! tu t'en mêles, toi! Ça va bien. Je te dirai deux hiots, tout à l'heure, en voiture.

GENEVIÈVE. — Pauvre petite !

ANDRÉE. — Oh! je n'ai pas peur!...

11 fait le méchant, comme ça... parce qu'il y a du monde... Il joue au dompteur... mais, lorsque nous sommes seuls, il est doux comme un mouton.

BELLENCONTRE. — T'a-tou demandé quelque chose ?

ANDRÉE. — Non. Il a toujours fréquenté des filles, n'est-oe pas... Alors, ce n'est pas de sa faute.

Rire général.

BELLENCONTRE. — Est-ce que tu vas te taire \

.ANDRÉE. — Il est comme te lions ; quand il crie, il n'y a pas de danger... c'est loi^squ il a l'air calme qu'il eet à craindre, liais au fond, je ne lui en veux 1';!.'-. C'est un bon, gros... je l'aime comme ■ t lorsqu'il me fait des vilains yeux,

. : e en ce moment, cela ne m'intimide

i,a,-i du tout... ça me fait sourire... et

r.and j* le reiarde en souriant, sa colère

■>ml:e, c'est plus fort que lui. Est-ce vrai,

Gustave?

BELLENCONTRE. Oh! toi... toi... tu...

enfin !

ANDRÉE. — Vous voycz, il ne sait plus quoi dire. Généralement, cependant, il me dit que je suis bête.

BELLENCONTRE. — Oh! oui, tu l'es !

ANDRÉE. — Eh bien voilà, maintenant il est content.

BELLENCONTRE. — Je l'attends à la sortie.

GENEVIÈVE. — Il « l'attend à la sortie B est délicieux! A l'entendre on pourrait croire qu'il est féroce... C'est le meilleur cœur que je connaisse.

BELLENCONTRE. — C'est votre avis?

GENEVIÈVE. — C'est mon avis.

BELLENCONTRE. — Eh bien! je vais me coucher, voilà le mien.

GENEVIÈVE. — Alors bonsojr.

ANDRÉE, à Bellencontre. — Je gagne cent francs.

BELLENCONTRE. — Qu'est-ce que tu veux que cela me fasse?

ANDRÉE. — Je croyais que cela vous ferait plaisir. {A Geneviève.) Au revoir.

Elle sort.

ISABELLE. — Tiens, mais Hélène, oîl est -elle passée ?

GENEVIÈVE. — Hélène est partie depuis longtemps.

ISABELLE. — Toujours Armand?

GENEVIÈVE. Toujours.

ISABELLE. — Elle doit avoir de l'agrément.

BELLENCONTRE. — Et votre ami, à vous, au fait, qu'est-ce qu'il devient?

ISABELLE. — Il est en voyage.

BELLENCONTRE. Il VOyage doUO

tout le temps?

ISABELLE. — Quand c'est nécessaire pour ses affaires.

BELLENCONTRE, narquois. — Pour ses affaires?... C'est un malin celui-là.

ISABELLE. — Pourquoi?

BELLENCONTRE. ToUS leS boSSUS

d'ailleurs sont malins.

ISABELLE. — Bossu! Ah! ça vous êtes fou ! Qui vous a dit qu'il était bossu ?

BELLENCONTRE. Il u'est paS bOSSU?

ISABELLE. — Mais non, il n' st pas bossu.

BELLENCONTRE. — Il ne l'a jamais été?

ISABELLE. — N(m, mais vous êtes stupid*" '

BELLENCONTRE. — Alors c'est que je confonds avec quelqu'un d'autre.

Il sort.

GENEVIÈVE. — Et tu lui répouds.

ISABELLE. — Oh! il a le don de me

L'Age d'Aimer

porter 6ur les nerfs!... Bossu!! Qu'est-ce qui me dépose ï

LONGECOURT. — Moi, si VOUS voulez.

ISABELLE. — Avec plaisir.

LONGKcouuï. — Au revoir!

GENEVIÈVE. — Au revoir Isabelle, au revoir Loiigecourt.

T.\vEi!N.\Y. — Nous descendous ensemble, Gérard?

MAURICE. — Si vous voulez.

GENEVIÈVE. — Javernay, voui ne vor,,?

en iTez que dans dix minutes seulement.

T.WERNAY. — Il est presque quatre lieure?, ma pauvre amie.

r.EMEViÈVE. — Cela ne fait rien. J'ai horreur que tout le monde me quitte eu même temps. Annette, apporte les vêtements de M. Tavernay. D'ailleurs Colette ne demande pas mieux, n'est-ce pas, Colette?

COLETTE. — Tout oe que vous voudrez.

.i:ENE VII

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