MAURICE. — GENEVIÈVE
les yeux.
LONGECOURT,
Un silence.
— Si c'est une plaisantegecourt !
. —-Cela vous ennuierait riner les yeux?
Est-ce que vou- vous mo-
— Je vous en prie, ferne pouvez vous douter à va vous intéresser.
■ Nous fermons les 3-eux ?
en souriant. — Fermons
— C'est parfait!
Il s'éloigne sur la pointe des pieds, va au piano et joue.
TAVERNAY, à la table de jeu. — Trois valets.
GENEVIÈVE. — Nous devons avoir l'air stupides!... {Un tem s.) Nous vous écoutone... Eh bien, Longecourt, parlez!
(Maurice ouvre les yeux et n'apercevant phis honqecourt il en profite pour embrasser vivement la main de Geneviève.) Oh!
MAURICE. — Je vous ai fait peur?
GENEVIÈVE. — Peur! non!... A^^ous m'avez surprise, voilà tout.
MAURICE. — Je vois que je vous ai fcâchée. Et cependant je vous jure que je ne m'étais pae entendu avec Longecourt.
GENEVIÈVE. — Vous voiià bien avancé, maintenant !
MAURICE. — C'est toujours un baiser.
L'Age d'Aimer
GENEVIÈVE. — Volé. MAURICE. ■
MAUBICE. — Je suis honnête... je no Geneviève.
demande qu'à le rendre. mauiuce.
GENEVIÈVE. — Gardez-le. rard!...
Geneviève !
- Monsieur Gérard?...
Oli!... monsieur Gé-
GENÏVIÈVE. — Nous devons .woir l air stupides !..
MAURICE. — Vous m'en voulez?
GENEVIÈVE. — Non...
Elle va pour s'éloigner.
GENEVIÈVE. — Comment voulez-vou« que je dise?
MAURICE. — Ce serait mal de m'appe- 1er Maurice?
L'Age d'Aimer
GENEVIÈVE. — Je crois que cela serait un peu familier.
MAURICE. — Je l'ai donc été en vous appelant Geneviève?
GiiNEViÈvi;. — Oui... non... Je n'y attache aucune importance. (AnTjette tnire avec une boîfe de cùjures à la main.) Où vae-tu Annette?
ANNETTE. — J 'apporte des cigares à M. Bellencontre.
CE.NEViÈvi:. — Dooine-les lui et va vite
te «oucher, voyons Jean suffira pour
ce qui reste à faire.
A.NNETTE. — Je ne suis pas fatiguée.
madame.
GENEVIÈVE. -^ Entêtée!... (^4 Longtcoiirf. Vous, vous me le paierez!
Bruit à la table de jeu.
MAUKICE, à Generifve. — Il y a longtemps qu'elle est chez voue?
GENEVIÈVE. — Annette?
MAURICE. Oui.
GE.*fEViÈvE. — Quinze aas i M.11.UKICE. — Quinze ans!
GENEVIÈVE. — C'est UD bail.
MAURICE. — Elle a l'air d'une brave personne.
GENEVIÈVE. — C'est un vieux chien fidèle... et si bonne!
MAURICE. — VoiiB devez être très bonne, vous aussi?
GE.N'EviÈVE. — Je ne suis pas méchante.
MAuaicE.- — Pas très gaie!
GEKEViÈvE. — Pourquoi donc?
MACBICE. — C'est peut-être une idée.
GENEVIÈVE. — C'est une idée, sûrement!... J'ai des amis que j'aime, qui m'aiment; et j'ai, comme on dit vulgairement « la santé ». Pour quelle raison serais- je triste!
MAURICE. — Je ne sais... mais lorsqu'tîD vous observe, lorsqu'on vous regarde un peu... on voit comme du chagrin dans vos j'eux.
GENEVIÈVE, en s'efforçant de sourire.
— Mais non.
XAUBiCE. — Des larmeE, même.
CEKEviÈVE, de même. — Voue vous trompez, je vous jure, ou bien ce sont des larmes d'autrefois, les dernières, celles qui n'ont pas eu la force de tomber.
MAURICE. — 'Vous avez donc souffert?
CE.NEViÈvE. — Beaucoup.
MAURICE. — Tant que cela?
OE.VEVIÈVE. — Follement!... Mais ne parlons pas de cela, voulez- voue? (A Ta-
verruiij gui a quitté la table de jeu et qui s'est approché.) Qui gagne, là-bas?
TAVERNAY. — Tout le mondc !
GEi^viÈvE. — Comment tout le monde ?
BELLENCONTEE. — "Vous en avez du toupet !
Les joueurs rient.
TAVERNAY. — Bellenoontje est le seul perdant, il est furieux!
GENEVIÈVE. — Je vais voir cela de près. (.4 Maurice.) Vous m'excusez!
MAURICE. — Je vous en prie.
BELLENCONTEE, très gai. — Ah ' enfin !. . J'ai trois dames!
ISABELLE. — Oui, mais moi j'ai trois rois !
ANDRÉE. — Et moi, trois a£ !
BELLENCONTEE, se IcVÙTlt. Oui, eh
bien, mes enfants, je demande à changer de place !
ISABELLE. — Non, non, nous restons cc.mme nous sommes.
ANDRÉE. — Parfaitement! comme nous srOiBnies !
BELLENCONTEE, à Andrée. — Je te ferai remarquer, ma petite amie, . que je ne t'ai pas demandé ton avis.
ANDRÉE, timidement . — Je peux bien le donner tout de même.
BELLENCONTEE. Non.
ANDRÉE. — Pourquoi ?
ISABELLE. — Oh ! écoutez, Bellencontre, asseyez-vous et taisez-vous !
COLETTE. — Chaque fois qu'on joue avec Bellencontre et qu'il perd, on est sûr d'entendre un peu de miusique.
BELLENCONTRE. — Que dit M""" Taver- " nay?
COLETTE, moquetise. — Rien, 'Wagner.
TAVERNAY, a Mavricc. — Quel drôle d'homme vous faites!
MAURICE. — Parce que?
TAVERNAY. — Parce que vous serez toujours le même. Vous n'êtes pas un amant, Gérard, vous êtes un amoureux.
Je vous crois capable d'adorer une femme à la folie tant que vous ne l'avez pas conquise, je vous crois incapable d'une gra.nde passion. Mais si. Vous me faites l'efiFet de ces enfants qui pleurent à la vue d'un joiiet nouveau qu'ils désirent.,. Dès qu'ils l'ont, ils le broient, le jettent aux quatre vents et ne s'en souviennent même plus après une nuit passée.
MAURICE. — Non, cette fois, Tavernay, ce n'est pas un amour banal.
TAVERNAY. — Vous n'avez pas trente
L'Age d'Aimer -
ans, mon cher Gérard... à votre âge ou fait soxiiïnr le& feumies... 11 n'y a qu'au mien qu'on fait tout au monde pour leur éviter un ciiagrin.
MAVRICE. — J'eu suis fou! Je n'ai qu'elle dans la tête.
TAVEUNAY. — C'est dans le cœur qu'il faut l'avoir.
MAURICE. — l'ar!cz-hn.
TAVERNAY. — Quelle influence voulezvous que j'aie, mon pauvre ami? Geneviève m.'est très chère, j'ai pour edle une
'UCNEVIÈVB. — Déjà, Bellencontre?
BELLENCONTRE. — Oui, ma chère amie, déjà.
ISABELLE, se h'vuiit aillai que Colette et Andrée. — Quel mauvais joueur voue f aitos !
HELLE^icoNTHE. — Longecourt 1
LONGECOURT. — Bellencoutre ?
BEi.i ENCONTRE. — Nous qui sommea du même cercle, avez-vous entendu dire que j'étais mauvais joueur?
LONGECOURT. — Quelquefois, oir' .
Wm.
^^^HBk
BELLENCONTRï — Vous trighotez plutôt...
je n ai
•amitié très ancienne et très profonde, elle le sait, maie elle sait aussi que j'ai été son confident, témoin surtout de ces douleurs passées. Non, vovez-vou.s, pas le droit de la conseiller.
MAURICE. — Enfin, que faut-il que je fasse ?
TAVERNAY. — Faites qu'elle vous croie.
BELLENCONTRE, en se levant de la table de jeu. — Ciette partie a cessé de me plaire.
BELLENCONTRE. — Est-il bête, hein?
LONGECOURT. — Je ne suis pas bête :
Vous me posez une question, je vous réponds.
BELLENCONTRE. — N'importe, j'ai horreur de cartonner avec des femmes.
Quant à vous, ma chci-« Isalx-lle, voue avez gi-aud tort de plaisanter... votre façon de jou°r étant tout à fait spéciale.
ISABELLE. — Je triche peut-être ;
L'Age d"Aimer
BELLENCONTUE. — Je ne dis pas que vous trichez...
ISABELLE. — C'est fort heureux.
BELLENCONTRE. — Vous trichotez plutôt...
is.\BELLE. — Je trichote?
BELLENCONTRE. Oui... VOUS... VOVIS
avec !'œil baladeur si j'ose m'exprimer ainsi.
ISABELLE. — Oh! c'est trop fort!
COLETTE. — Vous ne diriez pas cela si vous aviez gagné.
BELLENCONTRE. — Oh ! ma chère Colette, vous...
COLETTE, en se redressant. — - Qu'estce que j'ai fait ?
GENEVIÈVE. — Vo\i6 allez vous faire écharper, Bellencontre ! . . .
ANDRÉE. — Colette joue très honnêtement.
ISABELLE. — Eh bien! et moi?
.iNDFiE.- — Mais vous aussi.
BELLENCONTRE, ragtur. — Ah ! tu t'en mêles, toi! Ça va bien. Je te dirai deux hiots, tout à l'heure, en voiture.
GENEVIÈVE. — Pauvre petite !
ANDRÉE. — Oh! je n'ai pas peur!...
11 fait le méchant, comme ça... parce qu'il y a du monde... Il joue au dompteur... mais, lorsque nous sommes seuls, il est doux comme un mouton.
BELLENCONTRE. — T'a-tou demandé quelque chose ?
ANDRÉE. — Non. Il a toujours fréquenté des filles, n'est-oe pas... Alors, ce n'est pas de sa faute.
Rire général.
BELLENCONTRE. — Est-ce que tu vas te taire \
.ANDRÉE. — Il est comme te lions ; quand il crie, il n'y a pas de danger... c'est loi^squ il a l'air calme qu'il eet à craindre, liais au fond, je ne lui en veux 1';!.'-. C'est un bon, gros... je l'aime comme ■ t lorsqu'il me fait des vilains yeux,
. : e en ce moment, cela ne m'intimide
i,a,-i du tout... ça me fait sourire... et
r.and j* le reiarde en souriant, sa colère
■>ml:e, c'est plus fort que lui. Est-ce vrai,
Gustave?
BELLENCONTRE. Oh! toi... toi... tu...
enfin !
ANDRÉE. — Vous voycz, il ne sait plus quoi dire. Généralement, cependant, il me dit que je suis bête.
BELLENCONTRE. — Oh! oui, tu l'es !
ANDRÉE. — Eh bien voilà, maintenant il est content.
BELLENCONTRE. — Je l'attends à la sortie.
GENEVIÈVE. — Il « l'attend à la sortie B est délicieux! A l'entendre on pourrait croire qu'il est féroce... C'est le meilleur cœur que je connaisse.
BELLENCONTRE. — C'est votre avis?
GENEVIÈVE. — C'est mon avis.
BELLENCONTRE. — Eh bien! je vais me coucher, voilà le mien.
GENEVIÈVE. — Alors bonsojr.
ANDRÉE, à Bellencontre. — Je gagne cent francs.
BELLENCONTRE. — Qu'est-ce que tu veux que cela me fasse?
ANDRÉE. — Je croyais que cela vous ferait plaisir. {A Geneviève.) Au revoir.
Elle sort.
ISABELLE. — Tiens, mais Hélène, oîl est -elle passée ?
GENEVIÈVE. — Hélène est partie depuis longtemps.
ISABELLE. — Toujours Armand?
GENEVIÈVE. Toujours.
ISABELLE. — Elle doit avoir de l'agrément.
BELLENCONTRE. — Et votre ami, à vous, au fait, qu'est-ce qu'il devient?
ISABELLE. — Il est en voyage.
BELLENCONTRE. Il VOyage doUO
tout le temps?
ISABELLE. — Quand c'est nécessaire pour ses affaires.
BELLENCONTRE, narquois. — Pour ses affaires?... C'est un malin celui-là.
ISABELLE. — Pourquoi?
BELLENCONTRE. ToUS leS boSSUS
d'ailleurs sont malins.
ISABELLE. — Bossu! Ah! ça vous êtes fou ! Qui vous a dit qu'il était bossu ?
BELLENCONTRE. Il u'est paS bOSSU?
ISABELLE. — Mais non, il n' st pas bossu.
BELLENCONTRE. — Il ne l'a jamais été?
ISABELLE. — N(m, mais vous êtes stupid*" '
BELLENCONTRE. — Alors c'est que je confonds avec quelqu'un d'autre.
Il sort.
GENEVIÈVE. — Et tu lui répouds.
ISABELLE. — Oh! il a le don de me
L'Age d'Aimer
porter 6ur les nerfs!... Bossu!! Qu'est-ce qui me dépose ï
LONGECOURT. — Moi, si VOUS voulez.
ISABELLE. — Avec plaisir.
LONGKcouuï. — Au revoir!
GENEVIÈVE. — Au revoir Isabelle, au revoir Loiigecourt.
T.\vEi!N.\Y. — Nous descendous ensemble, Gérard?
MAURICE. — Si vous voulez.
GENEVIÈVE. — Javernay, voui ne vor,,?
en iTez que dans dix minutes seulement.
T.WERNAY. — Il est presque quatre lieure?, ma pauvre amie.
r.EMEViÈVE. — Cela ne fait rien. J'ai horreur que tout le monde me quitte eu même temps. Annette, apporte les vêtements de M. Tavernay. D'ailleurs Colette ne demande pas mieux, n'est-ce pas, Colette?
COLETTE. — Tout oe que vous voudrez.
.i:ENE VII