‹ Le BéguinChapitre 6 sur 89 · YVONNE, PAUL · texte numérisé non relu

YVONNE, PAUL

YVONNE. — Viens m 'embrasser, je t'adore.

l'Aui,. — Naturellement... tu es contente... N'est-ce pas une joie pour toi de me faire souffrir?

YVONNE. — Fait-on souffrir ceux qu'on n'aime pas?

PAXTL. — Si tu savais ce que mon pauvre cerveau a travaillé !à-bas ! Je restais des heures au coin du feu, ne pensant qu'à toi Je me disais : o En ce moment

où est-nllî? que fait-elle? » Ah! je te jiire que j'avais le cœur gros, va ma chérie.

YVONNE. — Il est donc bien sincère, cot amour? Alors, c'est une grande passion ?

PAUL. — Tu es la première... oui. la ])reniière.

YVONNE. — Non, pafi cela, ne dis pas cela!... C'est un vieux refrain qu'on no m'a que trop chanté.

PAUL. — Et j'enrage, vois-tu, de ne pas être riche comme tant d'aufrts!

YVONNE. — Pour quoi faire ?

PAUL. — Pour que personne ne t'apjiroche, pour te donner du bonheur et tout ce que tu peux rêver.

YVONNE. — Et dire que si tu l'étais, tu ne dirais pa« un mot de tout cela!

PAUL. — Parce que?

YVONNE. — Parce que... parce qu'il n'y a que les amants pauvres poui avoir de si uobles pensées ! Mais bah ! patience... Tu arriveras, car tu as du talent '

PAUL. — Peuh !

YVONNE. — Mais si... et beaucoup encore.

PAUL, timidement. — J'ai vendu un tableau, en Bretagne.

YVONNE. — Là, tu vois bien.

PAUL. — Deux cents francs.

YVONNE. — Eh bien ! c'est un commencement! Et à qui l'as-tu vendu?

PAUi,. — A mon oncle.

YVONNE. — A ton oncle !

PAUL. — Les premiers jours, il n'allait pas trop ma.l... On ne croyait pas à une fin aussi rapide... Alors, ayant besoin de quelque argent de poche, je lui proposai ma toile, tu sais, ma femme au bord de l'eau ?...

YVONNE. — Oui.

PAUL. — Il paya... et mourut huit jours après.

YVONNE. • — Et le tableau va te revenir?

PAUL, simplement. — Oh! oui.

YVONNE. — Eh bien, c'est très gentil.

Ah ! pendant que j y pense : tu vas me promettre de ne pas être nerveux ce soir ?

PAUL. — Pourquoi me dis-tu cela?

YVONNE — Mais, mon chéri, je t.e dis cela parce qu'il faut que je te le dise. Aussitôt que tu vois des étrangers autour d? moi, tu es comme fou! Tu t'imagines qu'on ne peut m'approcher sans être anioureiix de moi ! Alors, tu t'agites, tu t'agites... et j'en arrive à ne plus savoir quelle contenance tenir!... N'est-c©

pas, je t'en prie, sois calme, confiant; Je t'aime, tu entends, je t'aime!

PAUL. — 'Vra;i?

YVONNE. — Mais oui... Tu n'as pas btsoin d'avoir des larmes dans les yeux!... Avance un peu que je t'arrange ta craviite... Baisse-toi!...

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