SCENE IX
MAURICE, LONGECOURi'
MAURICE. — Ah ! je suis enchante de vous revoir, mon bon Longecourt.
LONGECOURT. — Mais moi aussi. Et quoi de neuf?
MAURICE. — Pas grand'chose. Nous
avons passé, comme vous le savez, bout" notre été en Touraine.
LONtS'ECOUTÎT. VoU« VOUS y êt6S pIu ?
MAURICE. — Beaucoup.
LO.NGFCOURT. — Et Tavemay et Colette?
MAURICE. — Ils sont restés un mois avec nous. Ils sont revenus il y a troig -çemairres à peu près. Je ne les ai d'ailleurs pas revus depuis notre retour.
LONGECOURT. — Et Geneviève?
Voyons, racontez-moi quelque chose?
Toujoui"s heureux?
MAURICE. 7— Toujours, Dieu merci.
LONGECOURT. — Vous eussiez pu m'écrire, paresseux.
MAURICE. — Pour cela., il m'eût fallu du temps. De votre côté, d'ailleurs, vous n'avez pas donné signe de vie.
LONGBCOUBT. — J'en conviens. Seule Geneviève a eu le courage de m'envoyer quelques mots.
MAURICE, inquiet. • — A quelle époque?
LONGECOUET. — Huit jours après vo- 'tre ■arrivée là-bas, si j'ai bonne mémoire. V-ous in 'étiez encore que vous deux.
MAURICE, joyeux. ■ — Que disait -eille ?
LONGECOURT. — Tout 06 qu'une amoureuse peut écrire à un camarade qu'elle aime bien. Elle ne me demandait pas de mes nouvelles, naturellement... mais m'en donnait des vôtres et ne parlait que de son Maurice. Elle m'affirmait même avoir découvert en vous des qualités que vous n'avez certaineouent pas.
M.vuRiCE. — Eh bien ! Mais vous êtses aimable.
LONGECOURT. — Non. je plaisante. La vérité est que sa letti-e respirait lo bonheur et la joie de vivi-e. Et comme elle est notre grande amie à tous, je vous avoue que cela m'a fait plaisir.
MAURICE. — Vous êtes tout à fait gentil. Mais dites-moi? Et vous? et les femmes?
LONGECOURT. — Oh ! mon ami, il ne faut plus m'en parler.
MAURICE. — Il me semble que vous m'avez déjà répondu cela quelquefois.
LONGECOURT. — Aujoiird'hui, c'est sérieux... non, non, ne croyez pas que je plaisante.
MAURICE. — Taisez-vous donc! Au fond, la vie que vous menez est très amusante, pleine d'imprévus...
LONGECOURT. — D'imprëvus est exquis.
L'Age d'Aimer
irAtJRiCE. -— ... Et voiis ne vous ennuyez pas.
LONGECOUiiT. — Vous HIC diUjs ccla comnvB quelqu'un qui envie mon sort. Js vous jure bK-n cependant que j'en ai, oh! que j'en ai pa.r-dcssus la tête. Cet été, pour moi, a été déplorable!
MAURICE. — Quel type vous êtes!
LONGECOURT. — Aussi, j'en suis arrivé à nie dire ceci : c'est que je ferais bien de suivre, à mon tour, les conseils que je vous ai donnés. Et sur ce, je me sauve.
MAURICE. — Vous n'attendez pas Geneviève ?
LONGECOURT. — Je dîne S/vec vous, si vous voulez... mais vous ne m'empêcherez jamais d'aller avant six heures...
MAURici:. — Chez votre notaire, probablement ?
LONGECOURT. — Moi, je n'ai pas de notaire... Je vais tout simplement chez W" Jeanne.
MAURICE. — Le mannequin ! Vous le voyez toujours.
LONORcoiTn . — Won... mais ce matin, en rangeant des papiers, j'ai retrouvé une de ses photograyiliies... Alors, vous comprenez... cet été pour moi ayant été déplorable !
II sort.