SUR BERANGER XIX
Ma muse iadépendanle et vraie ?
Je suis un sou de bon aloi ; Mais en secret argentez-moi, Et me voilà fausse monnaie.
Gardez vos dons : je suis peureux, Mais si diin zèle généreux Pour moi le monde vous soupçonne, Sachez bien qui vous a vendu !...
Mon cœur est un luth suspendu.
Sitôt qu'on le touche... il résonne.
J'en ai dit assez. La preuve est faite. On ne peut exclure de notre cénacle lyrique celui qui a écrit de tels vers. Achevons de le caractériser par une dernière citation.
Déranger ne savait pas le latin. Il le disait hautement, je dirais volontiers qu'il s'en vantait. Le génie romain lui était peu sympathique. Il le trouvait raide et tendu. En revanche, tout ce qui venait de la Grèce l'enchantait. Rien de plus intéressant que de l'entendre parler d'Euripide et de Sophocle, qu'il ne connaissait pourtant que dans la traduction; et j'ai toujours cru que son goût très vif pour Mérimée tenait d'abord à ce que personne ne savait mieux le français que Mérimée, et puis à ce qu'il savait le grec.
Lisons ce passage du Voyage imaginaire :
Arrachez-moi des fanges de Lutèce, Sous un beau ciel mes yeux devaient s'ouvrir. Tout jeune encor, je rêvais à la Grèce : C'est là, c'est là que je voudrais mourir !