XXVI ETUDE
les plus originales et les plus attachantes de notre siècle.
Mon vœu se réalisera-t-il ? Je n'en désespère pas. Un jour, au Bois de Boulogne, dans une promenade où je lui parlais de lui, de sa réputation, il s'arrêta tout à coup, me prit la main et me dit : « Savez-vous quelle serait mon ambition? C'est qu'il restât cent vers de moi. » Il en restera davantage...
E. Legouvé.
Mon vœu s'est réalisé. Voici le Béranger des Ecoles dont MM. Garnier frères ont bien voulu me charger de diriger la publication.
J'y suis resté fidèle à mon programme.
Une quarantaine de chansons, et cent pages de prose empruntées à l'autobiographie de Béranger, et à sa correspondance^ suffiront pour mettre en rehef cet esprit absolument supérieur si et honoré par les plus grands hommes de son époque.
Goethe, dans ses conversations avec Eckermann, revient souvent à Béranger, et n'hésite pas à l'appeler un Poète de Génie.
Chateaubriand, dans la préface de ses Études historiques, a écrit textuellement : « Sous le simple titre de chansonnier, un homme est devenu un des plus grands poètes que la France ait produit. Avec un génie qui
SUR DERANGER XXVII
tient de La Fontaine el d'Horace, il a chante', quand il l'a voulu, comme Tacite écrivait. »
Dickens m'a dit, à moi : Savez- vous quel est, parmi nos classes laborieuses et éclairées, le poète français le plus populaire? C'est Déranger.
Stendhal, si fort vanté aujourd'hui, a dit dans ses Promenades dun Touriste : Béranger est un des plus grands poètes du xix^ siècle.
Avec de tels répondants... j'en pourrais ajouter bien d'autres; notre recueil peut^ je crois, se produire sans crainte, devant le public des Écoles.
Entendons-nous sur ce mot. Écoles. Il ne s'agit pas seulement ici des classes de l'enseignement primaire... Béranger n'est pas le poète des enfants. C'est à l'ensemble de nos écoles secondaires, supérieures, normales, scientifiques, que nous nous adressons. La jeunesse! Voilà le juge à qui j'en appelle de l'oubli où est tombé Béranger.