LE VOYAGE IMAGINAIRE
182 4 Air : Muse des bois et des accords champêtres.
L'automne accouri, et sur son aile humide M'apporte encor de nouvelles douleurs.
Toujours souffrant, toujours pauvre et timide, De ma gaîté je vois pâlir les fleurs.
Arrachez-moi des fanges de Lutèce; Sous un beau ciel mes yeux devraient s'ouvrir. Tout jeune aussi je rêvais à la Grèce; C'est là, c'est là que je voudrais mourir.
En vain faut-il qu'on me traduise Homère, Oui, je fus Grec; Pythagore a raison.
Sous Périclès j'eus Athènes pour mère; Je visitai Socrate en sa prison.
De Phidias j'encensai les mervfilles; De rilissus j'ai vu les bords fleuiir; J'ai sur THymetle éveillé les abeilles; C'est là, c'est là que je voudrais mourir.
Dieux! qu'un seul jour, éblouissant ma vue, Ce beau soleil me réchauffe le cœur!
La Liberté, que de loin je salue.
Me crie : Accours, Thrasybule est vainqueur. Partons! parlons! la barque est préparée. Mer, en ton sein garde-moi de périr! Laisse ma Muse aborder au Pirée; C'est là, c'est là que je voudrais mourir.
Il est bien doux, le ciel de l'Italie, Mais l'esclavage en obscurcit Tazur.
Vogue plus loin, nocher, je t'en supplie; Vogue où là-bas renaît un jour si pur, Quels sont ces flots? quel est ce roc sauvage? Quel sol brillant à mes yeux vient s'offrir? La tyrannie expire sur la plage; C'est là, c'est là que je voudrais mourir.
Daignez au port accueillir un barbare.
Vierge d'Athène; encouragez ma voix.
Pour vos climats je quitte un ciel avare Où le génie est l'esclave des rois.
Sauvez ma lyre, elle est persécutée; Et, si mes chants pouvaient vous aHendrir, Mêlez ma cendre aux cendres de Tyrtée : Sous ce beau ciel je suis venu mourir.