‹ Le Béranger des écolesChapitre 6 sur 89 · ETUDE · texte numérisé non relu

ETUDE

de 1814. Une nuit, au milieu d'un orage, la vieille voit s'ouvrir violemment sa porte :

On entre, grand Dieu ! C'était lui !

Suivi d'une faible escorte :

Il s'assied où nous voilà, En s'écriant : « Quelle guerre !

Quelle guerre ! »

— Il s'est assis là, grand'mère, Il s'est assis là !

A cette tragique apparition succède tout à coup la vulgarité de la vie réelle :

« J'ai faim, » dit-il, et bien vite J'apprête piquette et pain bis ;

Il fait sécher ses habits; Même à dormir le feu l'invite.

Au réveil, voyant mes pleurs, Il me dit : « Bonne espérance !

Je vais de tous ses malheurs Sous Paris veneer la France ! »

Ce réveil héroïque, ce cri de victoire à côté de ce pain bis et de cette piquette, complètent le tableau qui se termine par un merveilleux effet de mise en scène.

Il part, et comme un trésor,

J'ai toujours gardé son verre.

— Vous l'avez encor! grand'mère,

Vous l'avez encor !...

— Le voilà !

SUR DERANGER XI

Comme cela est vivant ! Plus on relit ce petit poème, plus on admire sa nouveauté de pensée et de forme. Victor Hugo, voulant peindre, dans les Orientales, toute la grandeur tragique de l'empire et tout le prestige de l'empereur, nous le montre tour à tour aux Pyramides, à Marengo, au Kremlin, à l'île d'Elbe, à Sainte-Hélène : Il n'a pas trop de l'univers entier pour servir de cadre à cette grande figure. Déranger la circonscrit dans les quatre murailles d'une cabane et dans le cœur de quelques pauvres paysans, sans que les événements y perdent rien de leur grandeur, ni l'homme rien de sa puissance ! Peut-être même son ascendant sur les imaginations n'est-il nulle part aussi sensible, parce que nulle part son souvenir n'est aussi durable. L'histoire, le monde ont eu bien des enthousiasmes pour Napoléon ; mais le monde oublie, l'histoire juge ; tandis que le peuple, lui, se souvient et ne juge pas! Il pardonne les fautes, les crimes, voire le mal qui lui a été fait, et quand la vieille femme dit qu'à la mort de l'empereur

Sa douleur fut bien amère !

ils répondent naïvement :

Dieu vous bénira, grand'mère, Dieu vous bénira !

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