LE CHAPELET DU BONHOMME
Aiii : On dit partout que je suis bête.
Sur le chapelet de les peines, Bonhomme, point de larmes veines.
— N'ai-je point sujet de pleurer?
Las! mon ami vient d'expirer.
— Tu vois là-bas une chaumine :
Cours vite en chasser la famine; Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin.
Bis.
Bientôt après, plainte nouvelle.
Bonhomme, où ta blessure est-elle?
— Las? il me faut encor pleurer :
Mon vieux père vient d'expirer.
(1). M. Cousin regardait cette chanson comme un des chefsd'œuvre de la poésie française ; elle résume toute la philosophie de Béranger. Elle termine bien notre anthologie. Heureux ceux qui, comme moi, ont pu l'entendre dire par Delaunay, de la Comedie-Francaise. Sa diction et sa voix ralasent les plus beaux airs du monde.
— Cours! Dans ce bois on lente un crime : Arrache aux brigands leur victime;
Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du cliagrin.
Bientôt après, peine plus grande.
Bonhomme, les maux vont par bande.
— Las! j'ai bien sujet de pleurer :
Ma compagne vient d'expirer.
— Vois-tu le feu prendre au village!
Cours l'éteindre par Ion courage;
Et perds en roule, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin.
Bientôt après, douleur exlrême, Bonhomme, on rejoint ceux qu'on aime.
— Laissez- moi, laissez-moi pleurer :
Las! ma fille vient d'expirer.
— Cours au fleuve : un enfant s'y noie. D'une mère sauve la joie;
Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin.
Plus tard enfin, douleur inerte.
Bonhomme, est-ce quelque autre perte?
— Je suis vieux et n'ai qu a pleurer : Las! je sens ma force expirer.
— Va réchauffer une mésange
Qui meurt de froid devant ta grange, Et perds en roule, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin.
Le bonhomme enfm de sourire, Kt son oracle de lui dire :
Heureux qui ma pour conducteur!
Je suis l'ange consolateur.
C'est la Charité qu'on me nomme, Va donc prêcher ma loi, Bonhomme, Pour qu'il ne resle plus un grain ) Au noir chapelet du chagrin. )
Bis.
PROSE