‹ Le Béranger des écolesChapitre 8 sur 89 · SUR BERANGER XIII · texte numérisé non relu

SUR BERANGER XIII

effacé. Parti le premier, il est resté au niveau de tous, parce qu'il est resté lui-même au milieu de tous. Les autres poètes ont chanté le peuple, mais ils n'en étaient pas. Déranger en était. C'est du peuple qu'il sortait, et il n'a jamais cessé d'être en relations intimes avec lui. Je l'ai vu plus d'une fois, rue du Temple, dans sa très modeste salle à manger, avec sa houppelande de petit bourgeois du Marais, à côté de son poêle de fonte et déjeunant en compagnie de quelque artisan en veste de travail, ou d'une ouvrière au bonnet rond.

Si brillant que fût l'accueil qu'il recevait dans le monde, il ne s'y plaisait qu'à demi. (( Tout y est faux, m'écrivait-il un jour, jusqu'au son de la voix. » Il revenait toujours aux humbles, aux travailleurs. Leur âme lui semblait plus simple, plus mâle, plus sincère, plus poétique. « Si la poésie est encore quelque part, a-t-il écrit, c'est parmi eux qu'il faut la chercher. » De là, quand il parle d'eux et de leurs douleurs, ou quand il les fait parler eux-mêmes, une vérité d'accent et une intensité d'expression où nul autre poète n'est peutêtre arrivé. Je n'en veux pour preuve que Jacques.

La scène se passe au fond d'un pauvre village. Une femme de campagne est assise non loin du grabat où son homme dort encore quoique le jour soit déjà levé.

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