‹ Le Béranger des écolesChapitre 9 sur 89 · XIV ETUDE · texte numérisé non relu

XIV ETUDE

Jacques il me faut troubler ton somme :

Dans le village, un gros huissier

Rôde et court, suivi du messier :

C'est pour l'impôt, las ! mon pauvre homme 1

Lève-toi, Jacques, lève-toi !

Voici venir l'huissier du roi !

Pas un sou ! Dieu ! Je crois l'entendre ! Écoute les chiens aboyer !

Demande un mois pour tout payer !

Ah ! si le roi pouvait attendre !

Comment ne pas être frappé de ce dernier vers? Victor Hugo a souvent cherché des traits pareils, mais chez lui, le naturel ne va presque jamais sans affectation. Béranger reste vrai en étant naïf. Mérite rare! Le faux vrai est une des maladies de la littérature actuelle.

Pauvres gens ! Fimpôt nous dépouille !

Nous n'avons, accablés de maux.

Pour nous, ton père et six marmots, Rien que ta bêche et ma quenouille.

Lève-toi...

On compte, avec cette masure, Un quart de champ, cher affermé.

Par la misère il est fumé, Il est moissonné par l'usure.

On pourrait reprocher aux deux derniers vers d'être un peu trop poétiques, mais ils sont si expressifs que je leur pardonne : puis le peuple a parfois un tel imprévu d'images!

SUR- DERANGER XV

Il entre ! 0 ciel ! Que dois-je craindre ? Tu ne dis mol ! Quelle pâleur !

Hier, tu t'es plaint de ta douleur, Toi qui souffres tant sans te plaindre !

Lève-toi, Jacques, lève-toi...

Elle appelle en vain : il rend Tàme.

Pour qui s'épuise à travailler, La mort est un doux oreiller, Bonnes gens, priez pour sa femme.

De tels vers n'ont pas besoin de commentaires.

Quelle concision puissante! Quelle austère grandeur! Où trouver une image plus émouvante de cette pauvre race, dont la vie se résume en deux mots : pâtir et patienter.

Après la pitié, la charité. Elle a inspiré des chefs-d'œuvre à nos grands poètes. Qui ne se rappelle les Pauvres gens, de Victor Hugo? Je leur préfère pourtant encore le Juif errant de Déranger. Le sujet est plus beau, la leçon est plus forte. Quel puissant appel à la secourabilité, que la peinture de ce misérable, condamné à un supplice éternel, pour avoir refusé un verre d'eau au martyr du calvaire.

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