LE VILAIN
Air de Ninon chez madame de Sévigné.
Lh quoi ! j'apprends que l'on critique Le de qui précède mon nom.
• Né d'un père qui, trompé par quelques traditions T»S croyait ù la noblesse de sa famille, bien qu'il tût le lils d'un ou-
Ètes-vous de noblesse antique ?
Moi, noble? Oh! vraiment, messieurs, non.
Non, d'aucune chevalerie
Je n'ai le brevet sur vélin.
Je ne sais qu'aimer ma patrie... (Bis.)
Je suis vilain et très vilain... (Cis.^
Je suis vilain,
Vilain , vilain.
Ah ! sans un de j'aurais dû naître .
Car, dans mon sang si j'ai bien lu, Jadis mes aïeux ont d'un maître
!. arêtier du village de Flamicourt, près de Péroime, et qui ajoutait toujours à sou nom la particule nobiliaire. Béranger la reçut dans ses actes de naissance. Il ne s"en serait jamais paré. sans la nécessité où il fut d'établir une différence entre son nom et celui de plusieurs Bérenger qui, lors de son début, avaient quelque réputation littéraire. Avant vu plusieurs de ses vers attribués ù un M. Bérenger, de Lyon, qui eut à souffrir de cette erreur, les vers étant fort mauvais, il prit le de vers 1812, et le lit même précéder des initiales de ses prénoms (Pierre-Jean). A la Restauration, il continua de signer ainsi ses chansons. regardant comme ridicules ces altérations de noms, espèce de concession qui n'est qu*une faible garantie politique. Il était bien sûr d'en pouvoir donner d'autres. Longtemps le faubourg Saint- Germain le crut vraiment noble, même encore après la chanson du Vilain, ce qui ne contribua pas peu à augmenter la haine qu'il inspirait. Quand il eut enfin bien établi sa roture, ces messieurs et ces dames disaient alors que c'était parce qu'il était sans naissance qu'il faisait la guerre aux privilèges.
Le troisième couplet de cette chanson fait allusion à tous ces hommes d'ancienue noblesse qui, las d'une retraite forcée dans leurs châteaux, sollicitèrent des emplois dans l'antichambre du nouveau Charlemagne.
Le nom de Merlin l'enchanteur ne peut donner lieu à aucune interprétation. Ce nom ne fut illustré sous l'Empire que par le plus fameux de nos jurisconsultes, qu'on laissa mourir en exil, et qui n'eut rien à débattre avec les domestiques du prince. (Xote de Béranger.)
Maudit le pouvoir absolu.
Ce pouvoir, sur sa vieille base,
Étant la meule du moulin,
Ils étaient le grain qu'elle écrase.
Je suis vilain et très vilain,
Je suis vilain,
Vilain, vilain.
Mes aïeux jamais dans leurs terres N'ont vexé de serfs indigents:
Jamais leurs nobles cimeterres Dans les bois n'ont fait peur aux cens. Aucun d'eux, las de sa campagne, Ne fut transformé par Merlin ' En chambellan de... Ckarlemagne.
Je suis vilain et très vilain,
Je suis vilain,
Vilain , vilain.
Jamais aux discordes civiles Mes braves aïeux n'ont pris part; De l'Anglais aucun dans nos villes N'introduisit le léopard; Et, quand l'Église, par sa brigue, Poussait l'État vers son déclin, Aucun d'eux n'a signé la Ligue.
.J'> suis vilain et très vilain,
Je suis vilain,
Vilain, vilain.
• Enchanteur laineux dans les romans de la Table ronde.
Laissez-moi donc sous ma bannière, Vous, messieurs, qui, le nez au vent, Nobles par votre boutonnière, Encensez tout soleil levant.
J'honore une race commune, Car, sensible, quoique malin, Je n'ai flatté que l'infortune. {Bis.) Je suis vilain et très vilain... (Bis.)
Je suis vilain,
Vilain , vilain.
LE VIEUX MENETRIER
NoYembre 1815 i Air : C'est un lanla, landerirette.
Je ne suis qu'un vieux bonhomme, Ménétrier du hameau; Mais pour sage on me renimme, Et je bois mon vin sans eau.
Autour de moi sous l'ombrage Accourez vous délasser.
1 Cette chanson fut faite au milieu des proscriptions et des exécutions qui ternirent la seconde Restauration, et qui durent lui aliéner pour longtemps les cœurs vraiment généreux et patriotiques. Ce n'est pas avec des chansons et des vers qu*on lait entendre raison aux rois et aux factions: mais les poètes ne doivent pourtant pas s>j décourager. (-Voie de Béranger.)
Eh ! Ion lan la , gens de village , Sous mon vieux chêne il faut danser.
Oui, dansez sous mon vieux chêne;
C'est l'arbre du cabaret.
Au bon temps toujours la haine
Sous ses rameaux expirait.
Combien de fois son feuillage
Vit nos aïeux s'embrasser!
Eh! Ion lan la, gens de village, Sous mon vieux chêne il faut danser.
Du château plaignez le maître,
Quoiqu'il soit votre seigneur :
Il doit du calme champêtre
Vous envier le bonheur;
Triste au fond d'un équipage
Quand là-bas il va passer, Eh ! Ion lan la , gens de village , Sous mon vieux chêne il faut danser.
Qnand d'une faible charmille
Votre héritage est fermé ,
Ne portez plus la faucille
Au champ qu'un autre a semé.
Hais, sûrs que cet héritage
À vos fils devra passer , Eh ! Ion lan la , gens de village , Sous mon vieux chêne il faut danser.
Quand la paix répand son baume Sur les maux qu'on endura,
.N'exilez point d? son chaume
L'aveugle qui s'égara.
Rappelant après l'orage
Ceux qu'il a pu disperser, Eh! Ion km la , gens de village, Sous mon vieux chêne il faut danser.
Écoutez donc le bonhomme :
Sous son chêne accourez tous.
De pardonner je vous somme :
Mes enfants, embrassez-vous.
Pour voir ainsi d'âge en âge Chez nous la paix se fixer, Eh! Ion lan la, gens de village, Sous mon vieux chêne il faut danser.