AU CAVEAU MODERNE
Air : Tout le long de la rivière.
Au Caveau je n'osais frapper l ; Des méchants m'avaient su tromper:
C'est presque un cercle académique, Me disait maint esprit caustique.
Mais, que vois-je! de bons amis Que rassemble un couvert bien mis.
Asseyez-vous, me dit la compagnie.
1 Le Caveau moderne était une réunion de chansonniers, instituée à l'imitation de l'ancien Caveau, où, chez le restaurateur Landel, se réunissaient Piron, Collé, Panard. Crébillon père et CrébilloD fils. etc. Le nouveau Caveau a aussi compté des noms justement célèbres, et a longtemps joui d'une réputation d'esprit et de gaieté ; mais les événements politiques ont mis un terme à ses réunions. Chaque mois, cette société publiait un cahier de chansons, et un volume à la fin de chaque année. L'auteur fut reçu membre de cette société à la fin de 1813 ; il n'avait pas sollicité cet honneur ; mais il ne put qu'en être flatté. Il y fit d'agréables connaissances qui le tirèrent de la retraite où il vivait. Il doit surtout citer Désaugiers, dont il a toujours admiré les productions et aimé la personne, malgré la faiblesse de caractère qu'on a pu reprocher à ce chansonnier. Il n'a cessé de le voir que lorsque le lent du Caveau tomba dans les excès d'une opinion qui ne pouvait être celle de notre auteur. Béranger ne l'eu a pas moins toujours regardé comme un excellent homme, victime et jouet de quelques inti iganis qui faisaient tournera leur profit son extrême bonté et son rare talent. {Xote de Béranger.)
Non, non, ce n'est point comme à l'Académie, Ce n'est point comme à l'Académie.
Je me voyais, pendant an mois, Courant pour disputer les voix À des gens qu'appuierait le zèle D'un grand seigneur ou d'une belle; Mais, faisant moitié du chemin, Vous m'accueillez le verre en main.
D'ici l'intrigue est à jamais bannie.
Non, non, ce n'est point comme à l'Académie, Ce n'est point comme à l'Académie.
Toussant, crachant, faudra-t-il donc, Dans un discours superbe et long, Dire : Quel honneur vous me faites!
Messieurs, vous êtes trop honnêtes; Ou quelque chose d'aussi fort?
Mais que je m'effrayais à tort î On peut ici montrer moins de génie.
Non, non, ce n'est point comme à l'Académie, Ce n'est point comme à l'Académie.
Je croyais voir le président Faire bâiller en répondant Que l'on vient de perdre un grand homme; Que moi, je le vaux, Dieu sait comme.
Mais ce président sans façon l Ne pérore ici qu'en chanson :
Toujours trop tôt sa harangue est finie,
Désaugiers.
Non, non, ce n'est point comme à l'Académie, Ce n'est point comme à l'Académie.
Admis enfin , aurai-je alors Pour tout esprit l'esprit de corps? Il rend le bon sens, quoi qu'on dise, Solidaire de la sottise; Mais, dans votre société, L'esprit de corps, c'est la gaieté.
Cet esprit-là règne sans tyrannie.
Non, non, ce n'est point comme à l'Académie, Ce n'est point comme à l'Académie.
Ainsi, j'en juge à votre accueil, Ma chaise n'est point un fauteuil.
Que je vais chérir cet asile, Où tant de fois le vaudeville A renouvelé ses grelots, Et sur la porte écrit ces mots :
Joie, amitié, malice et bonhomie!
Non, non, ce n'est point comme à l'Académie, Ce n'est point comme à l'Académie l.
1 Quand Béranger fut devenu un grand écrivain et un sage politique, il expliqua ses railleries et reconnut toute l'importance et les grands services de l'Académie française, qui depuis plus de deux siècles conserve les traditions de notre bon langage. Une lettre, déjà connue, celle qu'il adressa vers 1840 à son ami. If. Lebrun, montre assez en quelle estime il tenait cette illustre compagnie. Nous la reproduisons, parce qu'elle fait bien comprendre le caractère de Béranger, et met en belle lumière sa manière de se juger. La voici :
« Votre lettre ne m'est arrivée que ce soir, mon cher Lebrun. et je me hâte d'y répondre, tant je suis affligé de voir qu'après notre dernière conversation vous ne vous rendiez pas encore aux