LE JOUR DE SON BAPTÊME
Air; : J'étais bon chasseur autrefois.
Ma filleule, où diable a-t-on pris
Le pauvre parrain qu'on vous donne?
DES FAMILLES. Kl
Ce choix seul excite vos cris; De bon cœur je vous le pardonne.
Point de bonbons à ce repas :
A vos yeux cela doit me nuire; Mais, mon enfant, ne pleurez pas, Votre parrain vous fera rire.
L'amitié m'en a fait l'honneur, Et c'est l'amitié qui vous nomme.
Or, pour n'être pas grand seigneur, Je n'en suis pas moins honnête homme.
Des cadeaux si vous faites cas , Vous y trouverez à redire ; Mais, mon enfant, ne pleurez pas, Votre parrain vous fera rire.
Malgré le sort qui sous sa loi Tient la vertu même asservie , Puissions-nous, ma commère et moi, Vous porter bonheur dans la vie!
Pendant leur voyage ici-bas , Aux bons cœurs rien ne devrait nuire; Mais, mon enfant, ne pleurez pas, Votre parrain vous fera rire.
Qu'à vos noces je chanterai,
Si jusque-là mes chansons plaisent!
Mais peut-être alors je serai
Où Panard et Collé se taisent.
Quoi! manquer aux joyeux ébats
Qu'un pareil jour devra produire!
82 LE BÉRAXGER
Non, mon enfant, ne pleurez pas, Votre parrain vous fera rire.
L'EXILE l
Janvier 1817 Air : Ermite, bon ermite.
A d'aimables compagnes Une jeune beauté Disait : Dans nos campagnes Règne l'humanité.
Un étranger s'avance , Qui. parmi nous errant, Redemande la France, Qu'il chante en soupirant.
D'une terre chérie
1 L'histoire redira le nom des hommes plus ou moins illustres que la seconde Restauration proscrivit de France ou força de s'en éloigner. A l'époque où cette chanson fut faite, on paraissait espérer que les Bourbons se lasseraient enrin d'un système de rigueur. Si quelqu'un devait élever la voix, c'était Béranger. qui regarda toujours comme sa plus grande gloire d'avoir, par ses chansons, adouci le sort de tant de victimes des réactions politiques. 11 reçut bien souvent des lettres venues des pays les plus éloignés, de Calcutta même, où des Français lui témoignaient leur reconnaissance pour le charme qu'ils avaient trouvé dans leur exil à repeter des chants qui leur rappelaient la terre chérie. Jamais plus douce récompense ne put être décernée à leur auteur. i.v te de Béranger.)
C'est un fils désolé.
Rendons une patrie,
Une patrie Au pauvre exilé.
Près d'un ruisseau rapide Vers la France entraîné , Il s'assied , l'œil humide Et le front incliné.
Dans les champs qu'il regrette Il sait qu'en peu de jours Ces flots que rien n'arrête Vont promener leur cours.
D'une terre chérie C'e^ un fils désolé.
Rendons une patrie ,
Une patrie Au pauvre exilé.
Quand sa mère, peut-être, Implorant son retour, Tombe aux genoux d'un maître Que touche son amour; Trahi par la victoire , Ce proscrit, dans nos bois, Inquiet de sa gloire, Fuit la haine des rois.
D'une terre chérie Ce-:1, un fils désolé.
Rendons une patrie, Une patrie Au pauvre exilé.
De rivage en rivage Que sert de le bannir?
Partout de son courage Il trouve un souvenir.
Sur nos bords par la guerre Tant de fois envahis, Son sang même a naguère Coulé pour son pays.
Dune terre chérie C'est un fils désolé.
Rendons une patrie,
Une patrie Au pauvre exilé.
Dans nos destins contraires On dit qu'en ses foyers Il recueillit nos frères Vaincus et prisonniers. De ces temps de conquêtes Rappelons-lui le cour;- :
Qu'il trouve ici des fêtes Et surtout des amours.
D'une terre chérie C'est un fils désolé.
Rendons une patrie,
Une patrie Au pauvre exilé.
Si notre accueil le touche, Si, par nous abrité, Il s'endort sur la couche De l'hospitalité;
Que par nos voix légères Ce Français, réveillé, Sous le toit de ses pères Croie avoir sommeillé.
Dune terre chérie C'est un fils désolé.
Rendons une patrie, Une patrie Au pauvre exilé.