LA PETITE FEE
Air : C'est le meilleur homme du monde.
Enfants, il était une fois Une fée appelée Urgande ; Grande à peine de quatre doigts, Mais de bonté vraiment bien grande.
De sa baguette un ou deux coups Donnaient félicité parfaite.
Ah! bonne fée, enseignez-nous Où vous cachez votre baguette!
Dans une conque de saphir,
De huit papillons attelée,
Elle passait comme un zéphyr,
Et la terre était consolée.
Les raisins mûrissaient plus doux;
Chaque moisson était complète.
Ah! bonne fée, enseignez-nous Où vous cachez votre Laguelte !
C'était la marraine d'un roi
Dont elle créait les ministres :
Braves gens soumis à la loi ,
Qui laissaient voir dans leurs registres.
Du bercail ils chassaient les loups
Sans abuser de la houlette.
Ah! bonne fée, enseignez-nous
Où vous cachez votre baguette!
Les juges, sous ce roi puissant, Étaient l'organe de la fée ; Et par eux jamais l'innocent Ne voyait sa plainte étouffée.
Jamais pour l'erreur à genoux La clémence n'était muette.
Ah ! bonne fée , enseignez-nous Où vous cachez votre baguette !
Pour que son filleul fût béni , Elle avait touché sa couronne; Il voyait tout son peuple uni , Prêt à mourir pour sa personne.
S'il venait des voisins jaloux , On les forçait à la retraite.
Ah! bonne fée, enseignez-nous Où vous cachez votre baguette!
Dans un beau palais de cristal , Hélas! Urgande est retirée.
En Amérique tout va mal ;
Au plus fort l'Asie est livrée.
Nous éprouvons un sort plus doux;
Mais pourtant , si bien qu'on nous traite ,
Ah! bonne fée, enseignez-nous
Où vous cachez votre baguette!
MONSIEUR JUDAS l
Air : J'ons un curé patriote.
Monsieur Judas est un drôle Qui soutient avec chaleur Qu'il n'a joué qu'un seul rôle Et n'a pris qu'une couleur.
* Cette chanson fut faite pour une réunion de libéraux, qui s'intitulait « Société des Apôtres » ; Béranger y portait le nom de Jacques le Majeur. Sa chanson commençait ainsi .
Mes frères, les bons apôtros, Que mon cousin le bon Dieu, Lorsque nous faisons des nôtres, Soit avec nous dans oe lieu !
Mais, s'il fut pris en défaut* Pour avoir parlé trop haut, Parlons bas.
Cette société, qui se réunissait à table, n'eut pas une longue durée. Un homme de police s'y était introduit dès le commencement, et il n'en fut pas le seul Judas. Le portrait de ce lâche apôtre convenait à tant de gens que, par la suppression du premier couplet . cette chanson devint d'une application générale. Cependant il eu fut fait une particulière ix un ancien membre du ('aveau, soupçonné d'avoir précédemment appartenu a la police impériale et devant qui, en 1813, Béranger fut prévenu parDe^augiers de ne pas chanter le Roi d'Ycetot. Depuis, ce même personnage n'en a pas moins obtenu et cumulé des places de censeur, de bibliothécaire, des pensions, des croix, etc. [Note de Béranger.)
M LE BÊRANGER
Nous qui détestons les gens Tantôt rouges , tantôt blancs .
Parlons bas , Parlons bas :
Ici près j'ai vu Judas , J'ai vu Judas, j'ai vu Judas.
Curieux et nouvelliste, Cet observateur moral Parfois se dit journaliste, Et tranche du libéral :
Mais voulons-nous réclamer Le droit de tout imprimer,
Parlons bas ,
Parlons bas :
Ici près j'ai vu Judas, J'ai vu Judas, j'ai vu Judas.
Sans respect du caractère, Souvent ce lâche effronté Porte l'habit militaire Avec la croix au côté.
Nous qui faisons volontiers L'éloge de nos guerriers,
Parlons bas ,
Parlons bas :
Ici près j'ai vu Judas, J'ai vu Judas, j'ai vu Judas.
Enfin sa bouche flétrie
Ose prendre un noble accent,
Et des maux de la patrie
Ne parle qu'en gémissant.
Nous qui faisons le procès A tous les mauvais Français,
Parlons bas,
Parlons bas :
Ici près j'ai vu Judas , J'ai vu Judas, j'ai vu Judas.
Monsieur Judas , sans malice , Tout haut vous dit : « Mes amis , Les limiers de la police Sont à craindre en ce pays. »
Mais nous qui de maints brocards Poursuivons jusqu'aux mouchards, Parlons bas , Parlons bas :
Ici près j'ai vu Judas, J'ai vu Judas, j'ai vu Judas.