LE CHAMP D'ASILE
Août 1818 i Air de la romance de Bélisaire (par Garât).
Un chef de bannis courageux, Implorant un lointain asile , A des sauvages ombrageux Disait : « L'Europe nous exile.
Heureux enfants de ces forêts, De nos maux apprenez l'histoire :
Sauvages, nous sommes Français; Prenez pitié de notre gloire.
1 Au commencement de 1818, beaucoup de Français proscrits et retirés en Amérique conçurent le projet de fonder sur les bords du Texas une nouvelle colonie pour tous les Français dis} par l'exil dans les quatre parties du inonde. Le général Lallemand était à la tête de cette noble entreprise. Pour y concourir, une souscription fut ouverte à Paris, et c'est le désir de contribuer ii l'augmenter qui fit faire cette chanson k Béranger. .Mais l'esprit de colonisation est presque entièrement étranger aux hommes de notre pays : ils sont trop tourmentés du désir de revoir la France pour former au loin des établissements solides. Les bords du Texas, qui avaient reçu le nom de Champ d'Asile, furent bientôt abandonnés, et n'ont peut-être conservé que le souvenir de la reté française. Il faut pourtant reconnaître que, dans cette circonstance comme dans mille autres, elle ne doit être attribuée qu'à un excessif amour du sol paternel. Béranger.)
DES FAMILLES. i07
Elle épouvante encor les rois , Et nous bannit des humbles chaumes D'où , sortis pour venger nos droits, Nous avons dompté vingt royaumes.
Nous courions conquérir la Paix, Qui fuyait devant la Victoire.
Sauvages, nous sommes Français; Prenez pitié de notre gloire.
Dans l'Inde, Albion a tremblé Quand de nos soldats intrépides Les chants d'alJégresse ont troublé Les vieux échos des Pyramides.
Les siècles pour tant de hauts faits N'auront point assez de mémoire.
Sauvages, nous sommes Français; Prenez pitié de notre gloire.
Un homme enfin sort de nos rangs; Il dit : « Je suis le dieu du monde. » L'on voit soudain les rois errants Conjurer la foudre qui gronde.
De loin saluant son palai>.
A ce dieu seul ils semblaient croire. Sauvages, nous sommes Français; Prenez pitié de notre gloire.
Mais il tombe; et nous, vieux soldats, Qui suivions un compagnon d'armes, Nous voguons jusqu'en vos climats, Heurant la patrie et ses charmes.
Qu'elle se relève à jamais
Du grand naufrage de la Loire!
Sauvages, nous sommes Français; Prenez pitié de notre gloire.
Il se tait. Un sauvage alors Répond : « Dieu calme les orages.
Guerriers , partagez nos trésors , Ces champs , ces fleuves , ces ombrages. Gravons sur l'arbre de la Paix Ces mots d*un fils de la Victoire :
Sauvages, nous sommes Français; Prenez pitié de notre gloire. »
Le Champ d'Asile est consacré ; Élevez-vous , cité nouvelle :
Soyez-nous un port assuré Contre la fortune infidèle.
Peut-être aussi des plus hauts faits Nos fils , vous racontant l'histoire , Vous diront : Nous sommes Français Prenez pitié de notre gloire.