LOUIS XI
Am : Sans un p'tit brin d'amour Ou Am nouveau de M. Amédée de Beauplan.
Heureux villageois , dansons :
Sautez , fillette?
Et garçons!
Unissez vos joyeux sons, Musettes Et chansons!
Notre vieux roi, caché dans ses tourelles, Louis, dont nous parlons tout bas,
Veut essayer, au temps des tleurs nouvelles, S'il peut sourire à nos ébats.
1 On sait que ce roi. retiré au Plessis-lez-Tours avec Tristan, confident et exécuteur de ses cruautés, voulait voir quelquefois les paysans danser devant les fenêtres de son château. Nous avons déjà dit que plusieurs sujets que Béranger avait eu d'abord l'idée de traiter dans le genre de l'idylle étaient devenus plus tard des sujets de chansons. Voilà un de ces sujets. Peutêtre a-t-il gagné beaucoup à ce changement. Le refrain sort là du cadre même, et le chant ne peut qu'ajouter à l'effet que le poète a voulu produire : aussi a-t-il toujours regardé cette chanson comme une de ses meilleures.
Ceux qui, dans le temps, y ont cherché une allusion à Louis XVIII sont tombés dans une erreur qu'on a bien souvent renouvelée à l'égard des productions de notre auteur. C'est un inconvénient auquel sont exposés les satiriques. On leur suppose souvent des intentions qu'iU n'ont pas, et le public sur ce point n'est pas plus raisonnable que MM. les avocats généraux et les procureurs du roi. [Note de Béranger.)
Heureux villageois, dansons :
Sautez , fillettes Et garçons!
Unissez vos joyeux sons, Musettes Et chansons î
Quand sur nos bords on rit, on chante, on aime,
Louis se retient prisonnier :
Il craint les grands, et le peuple, et Dieu même ;
Surtout il craint son héritier.
Heureux villageois, dansons :
Sautez, fillettes Et garçons!
Unissez vos joyeux sons, Musettes Et chansons !
Voyez d'ici briller cent hallebardes Aux feux d'un soleil pur et doux.
N'entend-on pas le Qui vice? des gardes Qui se mêle au bruit des verrous?
Heureux villageois , dansons :
Sautez , fillettes Et garçons!
Unissez vos joyeux sons, Musettes Et chansons!
Il vient! il vient! Ah! du plus humble chaum-o Ce roi peut envier la paix.
Le voyez-vous, comme un pâle fantôme, A travers ces barreaux épais ?
Heureux villageois , dansons :
Sautez , fillettes Et garçons !
Unissez vos joyeux sons, Musettes Et chansons!
Dans nos hameaux quelle image brillante Nous nous faisions d'un souverain!
Quoi! pour le sceptre une main défaillante! Pour la couronne un front chagrin !
Heureux villageois , dansons :
Sautez , fillettes Et garçons !
Unissez vos joyeux sons, Musettes Et chansons !
Ma'gré nos chants, il se trouble, il frissonne :
Lhorloge a causé son effroi.
Ainsi toujours il prend l'heure qui sonne
Pour un signal de son beffroi.
Heureux villageois, dansons :
Sautez , fillettes Et garçons !
Unissez vos joyeux sons, Musettes Et chansons!
130 LE BERAXGER
Mais notre joie , hélas ! le désespère;
Il fuit avec son favori.
Craignons sa haine , et disons qu'en bon père
A ses enfants il a souri.
Heureux villageois , dansons .* Sautez , fillettes Et garçons !
Unissez vos joyeux sons, Musettes Et chansons !