LE VIEUX DRAPEAU
Air : Elle aime à rire, elle aime à boire.
De mes vieux compagnons de gloire Je viens de me voir entouré;
* La chanson du Vieux Drapeau, dans l'édition de 1821. était précédée des lignes qui suivent :
« Cette chanson n'exprime que le vœu d'un soldat qui désire
Nus souvenirs m'ont enivré, Le vin m*a rendu la mémoire.
Fier de mes exploits et des leurs, J'ai mon drapeau dans ma chaumière.
Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs ?
Il est caché sous l'humble paille Où je dors pauvre et mutilé ; Lui qui, sûr de vaincre, a volé Vingt ans de bataille en bataille !
Chargé de lauriers et de fleurs, Il brilla sur l'Europe entière.
Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs ?
voir la Charte constitutionnellement placée sous la sauvegarde du drapeau de Fleurus, de Marengo et d'Austerlitz. Le même vœu a été exprimé à la tribune par plusieurs députés, et, entre autres, par M. le général Foy. dans une improvisation aussi noble qu'énergique. » [Note de ("Editeur.
Béranger fut obligé de mettre en tète de sa chanson une note pour l'innocenter, s'il était possible. L'imprimeur, sans cela, ne voulait point l'admettre dans le recueil. Cette note n'empêcha pas Marehangy d'en faire l'objet de ses plus vives attaques. L'auteur courait le risque de deux années d'emprisonnement si l'avocat général avait gain de cause; mais M. Cottu, juge impartial aussi bien qu'écrivain politique déraisonnable, fit observer à la cour qu'il y avait bien dans le code pénal de la presse provocation à la révolte, port d'un signe séditieux; mais non provocation au port d'un signe séditieux. Cette subtilité eut du succès, et la chanson reconnue condamnable ne put être une cause de condamnation. Mais une autre loi de la presse fut faite, et l'on y inséra un article relatif à la provocation au port d'un signe séditieux.
11 est utile peut-être de consigner des faits en eux-mêmes si puérils : ils font apprécier une époque.
Béranger n'oublia jamais l'obligation qu'il avait à Cottu, avec qui il était lié depuis longtemps et dont il estimait les qualités personnelles, en dépit des exagérations politiques de ce magistrat.
Comme la plupart des chansons de Béranger, la chanson du
DES FAMILLES. iS3
Ce drapeau pavait à la France Tout le sang qu'il nous a coûté.
Sur le sein de la Liberté Nos fils jouaient avec sa lance.
Qu'il prouve encore aux oppresseurs Combien la gloire est roturière.
Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?
Son aigle est resté dans la poudre, Fatigué de lointains exploits :
Rendons-lui le coq des Gaulois; Il sut aussi lancer la foudre.
La France, oubliant ses douleurs, Le rebénira, libre et fière.
Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs ?
Las d'errer avec la Victoire, Des lois il deviendra l'appui.
Chaque soldat fut, grâce à lui, Citoyen au bord de la Loire.
Seul il peut voiler nos malheurs;
Vieux Drapeau avait couru avant qu'il la fit imprimer. D'autres prirent même le soin de la faire courir avant lui, et un grand nombre d'exemplaires furent jetés dans les casernes. Le ministère s'en effraya. Un conseiller d'État attache à l'Université fut chargé de sermonner l'auteur, qui répéta, cette fois encore, qu'un pouvait lui ôter son emploi; mais c'est ce qu'on ne voulait pas faire, croyant toujours que la crainte de perdre son unique m< >yen d'existence l'empêcherait de donner une édition complète de ses chansons. Il en est peu qui aient eu un succès aussi général que le Vieux Drapeau. {Note de Déranger.)
126 LE BÉRAXGER
Déployons-le sur la frontière.
Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs ?
Mais il est là près de mes armes ,
Un instant osons l'entrevoir.
Viens, mon drapeau, viens, mon espoir!
C'est à toi d'essuyer mes larmes.
D'un guerrier qui verse des pleurs
Le ciel entendra la prière :
Oui. je secouerai la poussière
Qui ternit tes nobles couleurs !