‹ Le Béranger des famillesChapitre 64 sur 127 · LES SCIENCES · texte numérisé non relu

LES SCIENCES

Air :

Fatigué des clartés confuses Qui m'ont égaré bien souvent , J'allais bannir amours et muses; J'allais vouloir être savant.

Mais quoi! pour une âme incertaine La science est d'un vain secours. Gardons Lisette et La Fontaine :

Muses , restez ; restez , Amours.

La nature était mon Armide ; Dans ses jardins j'errais surpris :

Mais un chimiste moins timide Règne en vainqueur sur leurs débris.

Dans son fourneau rien qu'il ne jette; Des gaz il poursuit le concours.

Ma fée y perdrait sa baguette :

Muses, restez; restez, Amours.

J'ai regret aux contes de vieille, Quand un docteur dit qu'à sa voix Les morts lut viennent ;ï l'oreille De la vie expliquer les lois.

De la lampe il voit la matière, Les ressorts, le fond, les contours; Je n'en veux voir que la lumière.

Muses, restez; restez, Amours.

160 LE DERANGER

Enfin aux calculs qu'on entasse Si les cieux n'obéissaient pas !

Plus cTune erreur passe et repasse Entre les branches d'un compas.

Un siècle a changé la physique ; Nos temps sont féconds en retours.

Je crains que le soleil n'abdique :

Muses , restez : restez , Amours.

Enivrons-nous de poésie, Nos cœnrs n'en aimeront que mieux :

Elle est un reste d'ambroisie Qu'aux mortels ont laissé les dieux.

Quel est sur moi le froid qui tombe?

C'est le froid du soir de mes jours.

Promettez un rêve à ma tombe :

Muses, restez: restez, Amours.

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