‹ Le Béranger des famillesChapitre 68 sur 127 · LA COURONNE DE BLUETS · texte numérisé non relu

LA COURONNE DE BLUETS

A MADAME *** Am : J'ai vu partout dans mes voyages.

Du ciel j'arrive, et mon voyage Nous épargne à tous bien des pleurs.

Beauté folâtre autant que sage, Ne jouez plus avec des fleurs.

Sachez qu'hier, la panse ronde Et l'œil obscurci par Bacchus , Jupin a cru, dans notre monde, Voir une couronne de plus.

Lis.

A. la colère il s'abandonne :

« L'abus dit-il, devient trop fort.

Encore un front que l'on couronne , Quand le faiseur de rois est mort ■ ! Sur ce front lançons mon tonnerre :

Du faible enfin vengeons les droits.

Je veux voir un jour sur la terre Les rois sujets, les sujets rois. >»

Dans son conseil alors j'arrive ; (Où les rimeurs n'entrent-ils pas?) En joue il vous met sans qui-vive ; Mais je l'aborde chapeau bas :

« Jupin, de ton arrêt j'appelle :

Ta balance et tes poids sont faux; Ta cour de justice éternelle A-t-elle eu ses gardes des sceaux?

Braque tes lunettes, vieux sire, Sur le front couronné par nous; De la candeur c'est le sourire, De la bonté c'est l'œil si doux.

Lorsque les carreaux de son foudre Chez nos sourds passent pour muets, Jupin ne mettrait-il en poudre Qu'une couronne de bluets?

— Oh! oh! dit-il, qu'allais-je faire?

Ailleurs frappons : mon foudre est chaud.

— Frappe, mais sur notre hémisphère Vise donc plus bas ou plus haut. »

Heureux d'avoir su vous défendre,

1 Napo'.^on. [Note de Bérançer.)

1C8 LE DERANGER

J'accours des célestes donjons.

Quant à Jupin, je viens d'apprendre )

Qu'il a foudroyé deux pigeons.

L'EPEE DE DAMOCLES

Air : A soixante ans, etc.

De Damoclès l'épée est bien connue ; En songe, à table , il m'a semblé la voir. Sous cette épée et menaçante et nue Denys l'Ancien me forçait à m'asseoir. (Bis.) Je m'écriais : Que mon destin s'achève , La coupe en main au doux bruit des concerts! 0 vieux Denys! je me ris de ton glaive l, Je bois, je chante, et je siffle tes vers. (Bis.)

Servez, disais-je à messieurs de la bouche; Versez , versez , messieurs du gobelet, Malheur d'autrui n'est point ce qui me touche. Denys, sur moi fais donc vite un couplet. Ton Apollon à nos larmes fait trêve ; Il nous égayé au sein d'affreux revers.

1 Denys l'Ancien, tyran de Syracuse, était, comme on sait, un métromane de terminé; il envoyait en prison ceux qui ne trouvaient pas ses vers bons. Nous avons eu aussi en France des rois qui se mêlaient décrire et de faire des vers. Quant à l'histoire du festin de Damoclès, elle est trop connue pour qu'il soit besoin de la rapporter ici.

Cette chanson appartient au règne de Louis X VIII, qui, de même que Denys, avait la manie d'écrire et a fait beaucoup de petits vers. {Note de Béranger.)

0 vieux Denys ! je me ris de ton glaive , Je bois , je chante, et je siftle tes vers.

Pnisqa'à rimer sans remords ta t'amases, De la patrie écoate an pea la voix.

Elle est, crois-moi, la première des mases Mais rarement elle inspire les rois.

Da faible arbuste où bout sa noble sève, La moindre fleur parfume au loin les airs. 0 vieux Denys! je me ris de ton glaive, Je bois, je chante, et je sifile tes vers.

Tu crois du Pinde avoir conquis la gloire , Qaand ses lauriers, de ta foadre encor chauds , Vont à prix d'or te cacher à l'histoire, Oa balayer la fange des cachots.

Mais à ton nom, Clio, qai se soulève, Sar ton cercaeil viendra peser nos fers. 0 vieux Denys! je me ris de ton glaive, Je bois, je chante, et je sifile tes vers.

Qae da mépris la haine aa moins me sauve .'

Dit ce bon roi, qui rompt un fil léger.

Le fer pesant tombe sur mon front chauve;

J'entends ces mots : Denys sait se venger. >Bis.)

Me voilà mort, et, poarsaivant mon rêve,

La coape en main je répète aax enfers :

0 vieax Denys! je me ris de ton glaive,

Je bois , je chante , et je siftle tes vers. (Bis.)

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