‹ Le Béranger des famillesChapitre 79 sur 127 · TREIZE A TABLE · texte numérisé non relu

TREIZE A TABLE

Air de Préville et Taconnet.

Dieux! mes amis, nous sommes treize à table,

Et devant moi le sel est répandu.

Nombre fatal! présage épouvantable!

La Mort accourt : je frissonne éperdu. {Ter.)

1 Manuel, l'énergique représentant des intérêts populaires et l'éloquent défenseur de la liberté dans les diverses législatures du règne de Louis XYIIÏ, fut l'ami que Béranger aima le plus. Ils vivaient ensemble dans les derniers temps de la vie de Manuel. Béranger n'a cessé de le regretter et de dire que la France avait perdu en lui, non-seulement un grand citoyen, mais un homme d'Etat. (Xote de l'Éditeur.)

Elle apparaît, esprit, fée ou déesse:

Mais, belle et jeune, elle sourit d'abord. (Bis.) De vos chansons ranimez l'allégresse; Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.

Bien qu'elle semble invitée à la fête, Qu'elle ait aussi sa couronne de fleurs, Seul je la vois, seul je vois sur sa tète D'un arc-en-ciel resplendir les couleurs. Elle me montre une chaîne brisée, Et sur son sein un enfant qui s'endort. Calmez la soif de ma coupe épuisée; Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.

« Vois, me dit-elle, est-ce moi qu'il faut craindre ? Fille du ciel, l'Espérance est ma sœur. Dis-moi, l'esclave a-t-il droit de se plain Ire De qui l'arrache aux fers d'un oppresseur? Ange déchu, je te rendrai les ailes Dont ici-bas te dépouilla le Sort. »

Enivrons-nous des baisers de nos belles ; Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.

« Je reviendrai, poursuit-elle, et ton âme Ira franchir tous ces mondes flottants, Tout cet azur, tous ces globes de flamme Que Dieu sema sur la route du Temps.

Mais tant qu'au joug elle rampe asservie, Goûte s ins crainte un bonheur sans remord. » Que le plaisir use en paix notre vie; Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.

190 LE PÉRANGKR

Ma vision passe et fuit tout entière

Aux cris d'un chien hurlant sur notre seuil.

Àh ! l'homme en vain se rejette en arrière

Lorsque son pied sent le froid du cercueil. | T- r.)

(iais passagers, au flot inévitable

Livrons l'esquif qu'il doit conduire au port. (Bis.)

Si Dieu nous compte, ah ! restons treize à table ;

Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.

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