LA FAYETTE EN AMERIQUE
Air : A soixante ans il ne faut pas remettre.
Républicains, quel cortège s'avance?
— Un vieux guerrier débarque parmi nous.
— Vient-il d'un roi vous jurer l'alliance?
— Il a des rois allumé ie courroux.
— Est-il puissant? — Seul il franchit les ondes. — ■ Qu'a-t-il donc fait? — R a brisé des fers. Gloire immortelle à l'homme des deux mondes! Jours de triomphe, éclairez l'univers!
Européen, partout, sur ce rivage, Qui retentit de joyeuses clameurs, Tu vois régner, sans trouble et sans serrage, La paix, les lois, le travail et les mo>u; opprimés ces bords sont le refuge; La tyrannie a peuplé nos déserts.
L'homme et ses droits ont ici Dieu pour juge Jours de triomphe, éclairez l'univers!
Mais que de sang nous coûta ce bien-être! Nous succombions : La Fayette accourut, Montra la France, eut Washington pour maître. Lutta, vainquit, et l'Anglais disparut.
Pour son pays, pour la liberté sainte, Il a depuis grandi dans les revers.
Des fers d'OJmutz1 nous effaçons l'empreinte. Jours de triomphe, éclairez l'univers!
Ce vieil ami que tant d'ivresse accueille, Par un héros ce héros adopté , Bénit jadis, à sa première feuille, L'arbre naissant de notre liberté.
Mais aujourd'hui que l'arbre et son feuillage Bravent en paix la foudre et les hivers, Il vient s'asseoir sous son fertile ombrage. Jours de triomphe, éclairez l'univers!
Autour de lui, vois nos chefs, vois nos sages; Nos vieux soldats, se rappelant ses traits ; Vois tout un peuple et ces tribus sauvages A son nom seul sortant de leurs forêts.
1 Lorsque La Fayette, à la lin de 1792, crut devoir quitter l'armée qu'il commandait pour ne pas obéir à la Convention, qu'opprimait alors la Commune de Paris et qui n'avait pas osé châtier les assassins des journées de Septembre, il tomba entre les mains des Autrichiens, qui, pour le punir de son infatigable lidélite aux principes généreux de la Révolution française, le retinrent ciu j ans prisonnier à oliuutz. [Note de l'Éditeur.)
I9-.> LE BÉKANGER
L'arbre sacré sur ce concours immense Forme un abri de rameaux toujours verts . Les vents au loin porteront sa semence. Jours de triomphe, éclairez l'univers!
L'Européen, que frappent ces paroles, Servit des rois, suivit des conquérants : Un peuple esclave encensait ces idoles ; Un peuple libre a des honneurs plus grands. Hélas! dit-il, et son œil sur les ondes Semble chercher des bords lointains et chers Que la vertu rapproche les deux mondes! Jours de triomphe, éclairez l'univers!