‹ Le Béranger des famillesChapitre 81 sur 127 · PSARA · texte numérisé non relu

PSARA

ou CHANT DE VICTOIRE DES OTTOMANS Air : A soixante ans il ne faut pas remettre.

Nous triomphons! Allah! gloire au prophète ! Sur ce rocher plantons nos étendards.

Ses défenseurs ^lustrant leur défaite,

* Le désastre de Psara ou Ipsara est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'en rapporter les détails, non plus que de la belle défense et de la fin héroïque de ses habitants. Les Turcs euxmêmes ont rendu justice aux Ipsariotes. Cette chanson avait pour but. on doit le voir, d'inspirer de l'indignation contre les cabinets de l'Europe, qui laissaient massacrer les chrétiens de la Grèce sans leur porter secours. (Xote de Bérauger.)

En vain sur eux font crouler ses remparts. Nous triomphons, et le sabre terrible Va de la croix punir les attentats.

Exterminons cette race invincible : Les rois chrétiens ne la vengeront pas.

N'as-tu, Chios, pu sauver un seul être

Qui vint ici raconter tous tes maux1?

Psara tremblante eût iléchi sous son maître.

Où sont tes fils, tes palais, tes hameaux?

Lorsque la peste en ton île rebelle

Sur tant de morts menaçait nos soldats2,

Tes fils mourants disaient : N'implorons qu'elle;

Les rois chrétiens ne nous vengeront pas.

Mais de Chios recommencent les fêtes,

Psara succombe, et voilà ses soutiens!

Dans le sérail comptez combien de têtes

Vont saluer les envoyés chrétiens.

Pillons ces murs ! De l'or ! du vin ! des femmes !

Vierges, l'outrage ajoute à vos appas.

Le glaive après purifiera vos âmes;

Les rois chrétiens ne vous vengeront pas.

L'Europe esclave a dit dans sa pensée : Qu'un peuple libre apparaisse ! Et soudain...

1 Plus de cinquante mille chrétiens perdirent la vie ou la liberté lors du massacre Je Chios ou Scio, car c'est le même nom. corrompu par la prononciation italienne. (Xote de Béranger.)

i Le nombre de cadavres entassés dans la malheureuse Chios fit craindre aux chefs ottomans que la peste ne se mit dans leur armée, livrée au pillage de cette ile opulente. (Idem.)

10 l LE BÉRANGER

Paix ! ont crié d'une voix courroucée

Les chefs que Dieu lui donne en son dédain.

Byron offrait un dangereux exemple1 ;

On les a vus sourire à son trépas.

Du Clrïst lui-même allons souiller le temple

Les rois chrétiens ne le vengeront pas.

À notre rage ainsi rien ne s'oppose :

Psara n'est plus, Dieu vient de l'effacer. Sur ses débris le vainqueur qui repose Rêve le sang qui lui reste à verser.

Qu'un jour Stamboul2 contemple avec ivresse Les derniers Grecs suspendus à nos mâts! Dans son tombeau faisons rentrer la Grèce : Les rois chrétiens ne la vengeront pas.

Ainsi chantait cette horde sauvage.

Les Grecs! s'écrie un barbare effrayé.

La llotte hellène a surpris le rivage3, Et de Psara tout le sang est payé.

Soyez unis, ô Grecs! ou plus d'un traître Dans le triomphe égarera vos pas.

Les nations vous pleureraient peut-être . Les rois chrétiens ne vous vengeraient pas.

1 Lord Byron. pair d'Angleterre et grand poète, était allé combattre k la tête des Grecs. Il mourut a Missolongki. [Note de l'h'diieur.)

* Stamboul est le nom que les Turcs donnent à Constantinople. (iVofe de lie ranger.)

* Quelque temps après la ruine de Psara, leo Grecs tirent une descente dans l'île, et une partie de la garriscn turque périt ->c-orgée. {Idem.)

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