SCÈNE VIII ïi4YM0^'D, M. DE GIRIEU
RAYMOND, très ému.
Monsieur... voici ce qui se |iasse... le docteurvous a dit... mon fils est gravement malade... Alor^, je reste auprès de lui... Je... [Il ne peut plus parler.) Je vous demande pardon...
M. DE GIRIED
Vous restez auprès de lui ?...
RAYMOND
Oui... Je viens prier M. Marsanne... et vous... de le permettre...
M. DE GIRIEU
Je ne comprends pas. Vous voulez rester auprès de lui... Combien de temps ?
RAYMOND
Mais... jusqu'à ce qu'il soit hors de danger...
M. DE GIRIEU
Vraiment I...
RAYMOND
Je ne puis partir, m'en aller au dehors, chez moi, reprendre ma vie ordinaire, pendent que mon enfant... Est-ce que vous vous opposeriez ?...
Je comprends ce que vous pouvez souffrir, monsieur, et je vous le dis très sincèrement et très nettement : je voudi'ais vous donner la consolation que vous me demandez, je voudrais faire ce sacrifice à votre douleur, mais cela ne m'est pas possible.
RAYMOND
Parce que ?
M. DE GIRIEU
Parce que madame de Girieu va vouloir, elle aussi, rester auprès de son enfant. Elle est la mère, elle, et je ne songerai pas à l'empêcher de faire son devoir. Votre place n'est pas à côté d'elle.
RAYMOND
Même si notre enfant mourant est entre elle et moi ?
M. DE GIRIEU
Je n'ai rien à ajouter.
• RAYMOND
Mais vous n'avez pas compris..,
M. DE GIRIEU
Si... J* regrette...
RAYMOND
Il faut que vous ayez le cœur bien dur, il faut que votre égoïsme soit bien grand pour me répondre comme vous le faites. Je vous plains, monsieur.
M. DE GIRIEU
Je n'ai que faire de votre pitié.
RAYMOND
Je vous plains, je vous dis... II y a, là^ un bébé de six ans qui se débat dans la fièvre et sous la menace de l'asphyxie ; il y a une mère en larmes et un père affolé. Cela, vous le voyez, vous le voyez devant vos yeux ; et lorsque ce père et cette mère vous demandent de ne pas les séparer de leur petit, de ce petit malheureux, qu'ils n'ont peut-être plus que quelques jours à voir, vous ne comprenez pas ce qu'ils vous disent; leur douleur n'éveille rien en vous. Vous restez insensible, vous n'avez que des rancunes mesquines et des inquiétudes outrageantes. Nous vous demandons le droit de pleurer auprès de ce berceau... vous, vous refusez, et pourquoi?,., parce que vous êtes jaloux.
M. DE GIRIEU
Peut-être.
RAYMOND
C'est de la cruauté.
M. DE GIRIEU
Je n'ai de cruauté ni pour madame de Girieu, à qui je faciliterai dans la plus large mesure l'accom-
plissement de son devoir de mère, ni pour son enfant dont je souhaite de tout mon cœur la prompte guérison. Si je suis dur pour quelqu'un, c'est pour vous, et rien que pour vous. Cela ne doit pas vou^ surprendre. Vous voulez que je vous dise tout? Eh bien ! vous avez deviné : je suis jaloux. Je ne veux pas qu'entre ma femme et vous, il y ait des émotions communes ; je we' veux pas que vous et elle, Yous souffriez les mêmes inquiétudes, ni qiie vous ayez les joies des mêmes espérances. Allezvous-en, monsieur.
RAYMONipi
Je ne puis pas m'en aller.
M. DE GIRIEU
Je vous dis que vous ne resterez pas ici...