LA PRISE DE MONASTIR
Serbes avaient élargi leur front de passage sur la rivière. A gauche de la colonne de Skocivir une seconde colonne s'élevait au-dessus de Brod. Dans la plaine et sur les monts Baba les Alliés étaient au contact de la position principale des Bulgares.
Au milieu de novembre, une très sérieuse victoire fut remportée par les assaillants. Ils avaient engagé une attaque décisive le i i, et comme toujours l'ennemi s'était appliqué à entraver leurs succès au moyen de nombreuses et énergiques contre-attaques. La barrière du Tchouké n'en tomba pas moins tout entière aux mains des Serbes. Afin d'étendre cette conquête aux rampes occidentales, la droite française s'était unie à la gauche serbe ; elles avaient, s'appuyant l'une l'autre, progressé au delà de Brod jusque sur les hauteurs nord de Veljeselo.
Dès le 16, la cote 121 2 subit de premières atteintes. Les Serbes occupèrent le petit village de Tchegel, sur le versant sud, pendant que la colonne franco-serbe s'attaquait aux hauteurs du Monastère, en direction d'un autre petit village, Jaratok. Les deux mouvements esquissaient une convergence vers le sommet.
D'autres succès avaient élargi dans la plaine ceux de la boucle. A l'ouest de la Tcherna, l'ennemi avait dû abandonner sa position principale pendant la nuit du 14 au i5. Les Franco-Russes le poursuivirent jusqu'au ruisseau du Viro, à six kilomètres de Monastir, où le combat reprit.
Le lendemain, nouveaux progrès. Sur les monts Baba, aux sources du Viro, les points d'appui bulgares commencèrent à fléchir sous les assauts. Dans la boucle, la colonne franco-serbe s'empara des hauteurs du Monastère.
Le 17 novembre, le grand coup fut frappé; les Serbes enlèvent de haute lutte la cote 121 2. Très ébranlés, les Bulgares achèvent de s'affaiblir par leur opiniâtreté même ; le désordre mêle leurs rangs ; les Serbes profitent d'une dernière contre-attaque malheureuse pour les chasser jusqu'aux abords de la croupe 1378, dont ils prendront le sommet dans la nuit du 18 au 19. Au matin, ils pourront se porter vers le nord jusque dans le village de Makoko. La colonne franco-serbe a dépassé Jaratok.
Ainsi, depuis le 17, les défenseurs de Monastir voient la menace ennemie grandir sur leur flanc gauche. Devant eux, au pied des monts Baba, leurs derniers points d'appui, les villages de Kanina et de Holeven dans lesquels ils s'étaient retranchés, tombent. La ville est serrée de près. La
démoralisation s'étend à tout le front de bataille de l'armée allemande. L'enlèvement des barrières culminantes de la boucle de la Tcherna sera pour elle le dernier coup. Le 19, à 8 h. 3o, l'armée d'Orient fait son entrée à Monastir, cavaleries serbe et française en tête, suivies de l'infanterie franco-russe. Six ans auparavant, en 191 2, lors de la première guerre balkanique, l'armée serbe avait pris la ville à cette même date.
Mais la bataille n'est pas finie. Les Bulgares reçoivent des renforts et s'apprêtent à opposer une nouvelle résistance sur les hauteurs brusquement dominantes qui, à l'ouest et à l'est de la Tcherna, resserrent la plaine au nord de Monastir. Ils appuient leur droite sur les versants septentrionaux du Péristéri et couronnent au nord de la ville, à 5 kilomètres à peine, la hauteur 1248. A l'est de la Tcherna, la position suit la rive droite de la Suha, avec point d'appui de gauche à la cote io5o.
Pendant la fin du mois, et jusqu'à ce que le brouillard des marais et les neiges de l'hiver compliquent trop la tâche, les dernières réserves alliées se porteront contre ce nouveau front. Les Italiens manœuvreront à mi-côte du Péristéri, pénétrant jusque dans la zone montagneuse de Dihovo. Dans la boucle de la Tcherna, l'ennemi sera débusqué de la ligne de la Suha et de la cote io5o ; le front s'alignera un peu plus au nord, de Vlakar à Makoko, pour se replier vers la Tcherna, la franchir entre l'Iven et Granitsa, et gagner le ravin supérieur de la Bela-Voda. Sur cette ligne, la bataille s'immobilisera.
De part et d'autre, les adversaires fatigués ont grand besoin de se recueillir. Pourtant leurs positions à tous deux restent plus ou moins précaires. L'occupation des hauteurs de la Tcherna, cote 12 12, cote 1378, cote io5o, rend les Alliés virtuellement maîtres de Monastir; mais les Bulgares occupent eux aussi leur cote avantageuse d'où ils tiennent la conquête ennemie sous leur menace directe, la cote 1248, qui leur procure des vues excellentes sur la plaine et leur permet de bombarder efficacement la ville et ses voies d'approche. Sur ces hauteurs, ils sont dans une position de reprise d'offensive plus encore que dans une position de défense. Les Alliés seraient téméraires s'ils en faisaient fi et s'ils ne débusquaient pas les troupes germano-bulgares de ces derniers retranchements avant de continuer leur manœuvre vers Prilep et le Vardar serbe.
Il y a eu victoire néanmoins, victoire incontestable, non pas seulement sous la forme insuffisante d'une récupération de terrain, mais sous