‹ Le berceau des Serbes;Chapitre 27 sur 39 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les combats de la Tcherna. La prise de Monastir.

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tylUULom algré sa forme offensive, la victoire des Alliés ne pouvait Ju^/V^#I être considérée, en octobre 19 16, que comme un succès défensif. Refoulée, l'attaque bulgare avait été reconduite dans sa ligne de départ. Mais à la prise du Kaïmakchalan près, et d'une étroite bande de terrain dans la plaine de Monastir, la situation se retrouvait celle de fin 191 5. Dans la Macédoine orientale, les Bulgares avaient même réalisé un gain. Bien qu'il l'eût été sur les Grecs plus que sur les Alliés, ceux-ci ne pouvaient le considérer comme indifférent, à cause, entre autres, des avantages d'effectifs que les troupes de Macédoine seraient en état de retirer, le cas échéant, de la proximité des Turcs.

Dans l'examen des résultats, il y avait lieu de tenir compte, il est vrai, des troupes adverses que l'acharnement des combats avait retenues ou rappelées en Macédoine au bénéfice des Roumains. Leur nombre n'était pas tel cependant que les opérations de Falkenhayn en Transylvanie et de

Mackensen sur le Danube en eussent souffert. Les Roumains avaient été durement ramenés dans les Carpathes et l'invasion de la Dobroudja n'était plus qu'une question de jours.

Les renforts des Bulgares sur la Tcherna provenaient surtout de secteurs moins exposés. En revanche, des troupes allemandes avaient fait leur réapparition ou étaient sur le point de la faire.

Justifié probablement par ces appoints allemands, le changement principal avait intéressé le haut commandement. Les Bulgares avaient passé en sous-ordre. Leur i re armée relevait maintenant, en majeure partie, d'une formation à la tête de laquelle avait été placé le général von Winkler, et quoique composée presque entièrement de soldats bulgares, cette formation allait figurer dans Tordre de bataille sous la dénomination de 11 e armée allemande. Elle conservera son appellation même lorsque les unités proprement allemandes seront réduites à un ou deux bataillons. Les Allemands constituent le cadre supérieur, direction des états-majors et services techniques. Jusqu'à la fin de la guerre, la i I e armée allemande composée de régiments bulgares ne quittera plus la région.

Elle s'opposera dorénavant à l'offensive des Alliés sur Monastir. Car celle-ci était en trop bonne voie pour être interrompue. En tant qu'opération d'offensive stratégique, elle ne faisait même que commencer. L'attaque proprement dite allait succéder à ce qui jusqu'alors avait été contre-attaque, et chercher à réjeter l'adversaire sur ses communications du Vardar par le nord de Monastir.

De cette ville au Vardar la route directe est celle de Prilep, d'où Ton peut gagner la vallée du Vardar soit en traversant les gorges du Rajetz qui conduisent vers Negotin en aval ou vers Gradsko en amont, soit, plus au nord, en suivant le défilé de la Babuna qui débouche dans la vallée près de Vélès. Prilep revêt donc une importance particulière pour des troupes chargées de défendre Monastir contre une attaque venant du sud. Elle est au nœud des routes carrossables les meilleures et les moins longues. A leur défaut, la communication de Monastir avec le Vardar doit être établie par la voie détournée — simple chemin muletier dans la montagne — qui conduit à Skopliè (Uskub) par les sources du Vardar et la vallée de Tetovo. Au lieu de 80 kilomètres praticables à tous véhicules, ce chemin en compte le double, dont 3o kilomètres interdits aux voitures lourdes.

Dans l'angle (la boucle) dessiné par les deux cours de la Tcherna, cours

LA PRISE DE MONASTIR 6l

supérieur à l'ouest descendant vers le sud, et cours inférieur à Test remontant au nord, Prilep est assez exactement située sur la bissectrice, à quelque cinquante kilomètres du sommet. Mais entre les deux cours, quel terrain ! Il n'en est pas, sur le front inhospitalier où se mesurèrent les armées de Macédoine, de plus aride, de plus nu, de plus désolé. Jusqu'au centre de la boucle marqué par les villages de Brod et de Dobroveni, la Tcherna est une rivière de plaine, pas très large, une quarantaine de mètres au plus à son changement d'orientation, traversant lentement des prairies souvent tourbeuses, plus souvent marécageuses, sans arbres sur ses rives, ni buissons, ni rien qui dessine ses méandres paresseux. Un peu après l'embouchure de la Sakuleva, affluent de droite dans la plaine, le sol, à l'intérieur de la boucle, commence à s'élever; la rive nord domine l'autre. Vers le village de Brod apparaissent de premiers escarpements. A Dobroveni, la rivière au moment de s'infléchir vers le nord-est, entre dans les collines. Sur la rive sud tombent les pentes inférieures du Starkov Grob ; en face, celles qui descendent du massif du Tchouké. Encore quatre ou cinq kilomètres vers l'aval, et comme la rivière tourne au nord elle devient torrent. Ses eaux d'un gris-vert foncé, resserrées entre les roches, précipitent leur cours. Le chemin longe la rive droite. Privé d'espace dans le défilé très étroit, il escalade les bas contreforts du Kaïmakchalan, franchissant alternativement les croupes et les ravins qui les séparent : ravin de la Strasnitsa sous la plus haute arête du Starkov Grob, ravin de Pelatino, ravin de la Bela-Voda, creusé dans sa partie supérieure sous le faîte abrupt du Sokol.

Dans la boucle, Ossa s'entasse sur Pélion. Les crêtes du Tchouké élèvent une première barrière transversale. Celles plus hautes de la cote 1 2 1 2 en forment une deuxième. Une troisième a son sommet à la croupe 1378 qui s'abaisse au nord-est de Monastir jusqu'à la cote io5o. Entre ces deux dernières barrières, un ruisseau, la Suha, coule vers la Tcherna supérieure et s'y jette à la hauteur de Monastir. La conquête de la cote 12 12 permet au conquérant d'assurer dans la plaine le mouvement vers la Suha et de déborder Monastir par l'est, sous le couvert, s'il le faut, d'une occupation de la cote io5o.

La manoeuvre de la Tcherna et de Monastir est ainsi dessinée sur le terrain. Descendant du Kaïmakchalan par le ravin de la Bela-Voda et par le Starkov Grob, les Serbes de la 3 e armée attaqueront les deux barrières successives du Tchouké et de la cote 1212a Test et au sud. A leur gauche,

ceux de la i re armée qui sont dans la plaine attaqueront dans la région de la Sakuleva, d'où par leur droite ils passeront peu à peu dans la boucle. Ils seront eux-mêmes appuyés à gauche, d'abord vers Kenali puis aussi dans la boucle, par des troupes françaises, et ultérieurement, après la prise de Monastir, par un des régiments italiens du général Petitti di Roreto 1 . Le gros des Français se portera sur Monastir par le sud, ayant, comme on l'a vu, les Russes de la brigade Dietrich en étroite liaison avec eux. Plus tard, d'autres Russes combattront avec les Serbes dans la boucle de la Tcherna. Finalement le gros des troupes italiennes viendra manœuvrer dans les monts Baba, gauche du dispositif, tandis que les Franco-Russes serreront au pied des pentes. Extrême gauche, sur les confins du lac Presba, un détachement du général Dietrich escarmouchera en pleine montagne.

Car de même que les Bulgares ont renforcé la défense de leur aile droite, le général Sarrail a renforcé l'attaque de son aile gauche dans la mesure où le lui permettaient ses disponibilités réduites. Il a ramené du secteur de Doiran les zouaves coloniaux qui s'y trouvaient avec la 17 e division et les a mis aux ordres de l'état-major serbe sur la Tcherna. Du Krusa Balkan, il a fait venir d'abord la brigade Cagliari, puis toute la division Petitti, renforcée sur ces entrefaites d'une troisième brigade, la brigade Ivrea, accompagnée de cinq nouvelles compagnies de mitrailleurs, de trois batteries et de formations du génie. Enfin la brigade russe Léontief arrive à Salonique. C'est elle qui rejoindra les Serbes sur la Tcherna.

Les opérations rempliront les trois dernières semaines du mois d'octobre et le mois de novembre entier.

Le 10 octobre, la droite assaillante serbe venue du Kaïmakchalan avait atteint le val de la Bêla Voda, et sous le Starkov Grob, vers Skocivir, dans la région où la Tcherna enveloppe les pentes orientales du Tchouké, elle avait forcé le passage de la rivière. A l'aile gauche alliée, dans la région de Kissovo, les forces franco-russes s'étaient emparées des points culminants des monts Baba.

A la fin du mois, d'autres progrès avaient été réalisés, mais lentement. Les Germano-Bulgares luttaient avec ténacité et répondaient à chaque avantage de leurs adversaires par des contre-attaques répétées ; sur la Tcherna, les combats se poursuivaient encore au pied du Tchouké. Cependant les

1 Le 63e, de la brigade Cagliari.

,17. LA BOUCLE DE LA TCHERN A - Vue prise à peu

près du centre de la boucle, vers Dobroveni, face au nord-ouest, et à l'amont de la rivière. La plaine de Monastir s'étend entre les contretorts qui dessinent le défilé et la chaîne des Baba Stara Nerechka qui ferme l'horizon. Le village de Brod (qu'il ne faut pas confondre avec le cours d'eau du même nom qui coule dans la plaine de Florina) est au pied de la longue pente de droite.

1 8 . LA TCHERN A. — Vue prise à peu près en face de Skocivir, au point où, entre le Starkov Grob et le Tchouké, la rivière s'oriente vers le nord. Elle disparaît dans le sombre dèfilè de gauche. La coupure de droite est celle d'un torrent qui descend du Kaïmakchalan.

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