‹ Le berger roi (volume 2)Chapitre 18 sur 18 · in · texte numérisé non relu

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toutes ses larmes devant son ami . . . parce qu'il est (Je ces douleurs dont on meurt sans les proférer! ... Un souvenir toujours cruellement vivace, encore cher.. . quand même ! était resté enseveli dans les profondeurs de son ame : le nom de la coupable Térésina n'avait pas dépassé les lèvres du fier Piétro...

Restée immobile, navrée, je récapitulais dans »Yja mémoire toutes les phases de ce drame de la >{/> privée, dont les scènes les plus intimes m'avaient été successivement déveilées... Quelle admirable abnégation révélait cet épanchement du noble jeune homme : pas un regret donné à son bel et riant avenir ravagé. . . pas une plainte contre cet implacable sort (|ui était venu l'enlacer, le broyer dans ses éf rein les, lui, généreux, bon, bienfaisant toujours. . . et, si heureu-

sèment né , si bien placé dans la vie , ruiner toute sa carrière d'homme!

Combien sur ce désolant thème, se pressaient dans mon esprit, d'amères, de décourageantes réflexions. . . Mon Dieu ! lorsqu'on avait rêvé que le bonheur devait être la récompense des bonnes actions, de la vertu, dans quels doutes affreux, dans quelles perplexités désespérantes , dans quelle révolte vous jette ces cruelles déceptions que l'expérience apporte!

Mais aussi quelle grande leçon ! quels consolants enseignements ressortaient de tant de douleurs, de tant de malheurs courageusement subis le regard élevé vers le ciel . . . de l'héroïque résignation du frère Théodose.

Le lendemain je fis mes adieux au bon su-

périeur. J'emporte du monl SaiiU-BemarcJ des souvenirs qui me rendront meilleure. . . lui dis-je.

— Et cependant , vous ne me faites pas la

promesse que je fis un jour et que j'ai

tenue : d'y revenir! répondit- il avec son tin et pénétrant sourire.

— Ah! . . . dis-je en riant, c'est que le chemin qui mène au ciel est si difiioile à escalader! . . . Mais ce que je me promets bien , à moi, c'«st de saisir toutes les occasions de me faire rapporter de vos nouvelles.

— Si vous voulez me prouver en nous envoyant des vôtres, que vous ne nous avez pas oubliés, alors ne tardez pas trop . . . répondit-il d'un ton qui me frappa. . .

— Pourquoi donc?. . . demandai-je.

— Pourquoi! . . . c'est que, sur notre pic , on passe vite. .. je n'ai pas encore cinquante-

six ans et vovez, je *uis vieux, bien vieux, (l'est par une rare exception que l'un de nous atteint son soixantième hiver : tenez-vous pour avertie! dit-il en souriant.

— Et de cette courte traversée sui' la lerie vous remportez là-liaut les palmes du martyr, m'écriai-je émue. Mon père, un souvenir dans vos prières, et votre bénédiction?... disje en m'inclinantdevantleYénérable religieux.)»

Quelques minutes après, M. K** et moi montés sur nos mules, nous peidions de vue le toit hospitalier de l'hospice du mont Saint- Bernard.

Et ces six jours passés sur l'affreux rocher, au milieu des neiges et des tempêtes dont la seule idée me fait frissonner, ces jours cependant traversent toujours ma pensée doux ol sereins. . .

L'année rlernièie seulement l'occasion que j'avais tant et inulilement clierchée jus<ju'alors se ptésenta enlin : un de mes amis allait en Italie en passant par la Suisse et le mont Saint- Bernard.

Trois mois après, il me iaj)porta ma lettre,

êl tm loiit pelil |)a<|U('! cactich- doiil je Tavais cliaigé, c{ul contenait une nappe d'autel que j'avais brodée moi-même avec un soin ! un plaisir! mon cœur se sena : Mon Dieu!!! m'écriai-je, mon bon père supérieur?...

— Est au ciel... me répondit-il.

— El le frèi'e Théodose ? dis-jc avec angoisse.

— Il repose. ..»

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