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Le berger roi

C est réellement une merveilleuse histoire contemporaine que celle de la Servie.... de cette pauvre nation esclave, composée de trois millions dames à peine; mais dames héroïques, d hommes, de femmes,

d'enfanls, de vieillards d airain...

préférant la mort au joug musulman , confondant surhumainement dans une résistance désespérée leurs bras, leurs forces, leur faiblesse, pour purger le sol de la patrie de ses farouches oppresseurs!....

Mais avant d'entrer dans le vif du prodigieux drame de l'insurrection scrvienne,où se dessinent en relief sur le premier plan de cette grande toile historique, la saisissante figure du Noir Georges, Kara-Georges , le gardeur de pourceaux... limposante figure de Milosch, le pâtre... la poétique ligure d une femme, de la noble Lioubitza. la paysanne servienne...

Avant de nous poser sur ce terrain

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OÙ s'accomplirent les gigantesques scènes qui vont se dérouler à nos yeux, il nous faut forcément faire une halte en 1839, à l'époque de l'agression injuste, unique, de la Russie contre la Servie pacifiée et tranquille, cet acte odieux dont s'émut le monde politique en Europe, en France, attira nos regards restés fixés depuis sur les opprimés; et enfin, pour l'intelligence de ce qui va suivre, causer un moment, entre nous, des bruits, des conjectures diverses, auxquels donna lieu ce grave événement; comme aussi , nous remettre au courant des singulières nouvelles qui nous parvinrent alors par les journaux étrangers: autrement, l)eaucoup

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de pi([uanls détails nous échapperaient à l'endroit de la Russie, que nous allons voir occuper une place si importante dans les destinées de la

Servie

Et ce n'est vraiment pas de la |>olitique que je compte faire; je n y entends pas un seul mot, je le déclare en toute humilité. Aussi l'audacieuse idée ne me serait-elle jamais venue de chercher à déchifferr quelques lignes de cette grande page de l'histoire moderne, les Affaires d'Orient^ si le hasard n avait mis à ma disposition des notes bien curieuses sur les choses intimes de la Servie! Ces documents, d un intérêt plein d actualité, jettent un peu de lumière dans

la fatigante obscurité, où, pour nous autres profanes, sont restées plongées jusqu'à ce jour les dramatiques scènes dont ce pays est devenu le théâtre; et en redisant ce qui m'a été appris, comme toujours je n'ai qu'une pensée, celle de livrer aux méditations des esprits d'avenir , l'appréciation de quelques faits qui renferment d'utiles enseignements

Puis enfin, d'offrir aux cœurs généreux de beaux et nobles exemples à imiter ; de faire connaître à tous, de grands et curieux faits.

Un berger sur le trône! ce serait de quoi frapper d'une étourdissante surprise un autre siècle que le nôtre qui a vu un pauvre sous-lieutenant

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S élancer, l'épée à la main, sur le premier trône de l univers; fonder le plus magnifique empire des temps modernes, et distribuer des couronnes à ses frères et à ses compagnons d'armesî Cependant , même à côté de la colossale figure de Napoléon , Milosch, le paysan servien, Ihumble gardeur de bestiaux, échangeant son fouet de berger contre lépée du guerrier patriote, et qui se servit si Lien de cette épée qu'elle se métamorphosa bientôt entre ses mains en sceptre d:^ roi- législateur, Milosch est grand ; il est un des hommes les plus prodigieux du dix-neuvième siècle, ce siècle si fécond en indivis tlualités et en choses ])rodigi eu ses.

TU

Vous le verrez, même à nos yeux qui ne savent plus s'étonner de rien, il y a un puissant intérêt dans ces poétiques et attachantes traditions de la Servie , de ses héros , de ses sanglantes luttes, de sa glorieuse insurrection , sublime élan national qui fit un jour redresser droites et terribles ces populations slaves courbées depuis trois siècles sous le joug pesant des descendants d'Amurat, et demander à Dieu et à leur épée , la liberté, ce patrimoine inaliénable de l'homme!

Et pourtant, aujourd'hui, cette indépendance achetée par des flots de sang, à peine définitivement conquise, est de nouveau perdue! Elle l'est , non pas comme l'ont prm lamé

vni

les serviles échos d une ïK)li tique machiavélique, par le fait odieux imputé au Prince Milosch; mais bien par les tortueuses menées qui ont précipité du trône l'incorrigible patriote, l'incorruptible gardien des libertés de la Servie....

Cette assertion contrarie d autres assertions^ je le sais, mais les faits ont une autorité bien autrement irrécusable que toutes les allégations qui leur sont opposées ; et c'est appuyée sur cette redoutable autorité , que j'espère arriver successivement à la manifestation de la vérité. Il faut que l'anathème, lancé sur la tête d'un seul , retombe sur les vrais coupables ; ceux-là . dont les manœuvres

occultes ont soufflé le feu de la discorde, suscité les iriinlelligen tes dissensions qui déchirent la Servie et l'ont conduite à sa ruine! A chacun, si haut placé qu'il soit, la responsabilité de ses œuvres! l'histoire est le glaive vengeur qui fait justice de toutes les immoralités politiques !

Au mois de juin 1839, les journaux allemands annoncèrent , et tous à peu près dans les mêmes termes , la nouvelle suivante :

« Une révolution vient d éclater « en Servie, principauté indépen- « dante, sous la protection de la « Russie (l) et de la Turquie. Le

I) Ce (\\\\ cU\\{ faux alors.

«' prince Milosch, chef de la princi-

« paute, avait J^agne une partie de

>' l'armée et des autorités pour ren-

« verser le statut organique, par le-

« quel la Servie doit être gouvernée

« constitutionnellement, et voulait

« se faire déclarer monarque absolu.

« Le complot ayant éié heureusement

« découvert, le prince Milosch a été

« forcé d abdiquer en faveur de son

« iils aîné, le prince Milan. Le gou-

" vernement provisoire a été confié à

« une commission de cinq sénateurs,

« laquelle a fait aussitôt un appel à

«< la protection de la Russie., pour

« que le prince Milosch ne soit pas

<f autorisé à habiter la Valachie,

" comme il en a formé le projet, et

« d'où il ix)urrait fomenter Yinsur- « rection en Servie. »

Les invraisemblances, les inexplicables réticences, les contraditions manifestes que renferme cette version, passèrent inaperçues à l'ombre du fait grave qui domina l'attention publique, et sur la foidefeuilles censurées et stipendiées dont on devrait au moins suspecter la sincérilé, la nouvelle fut acceptée pour vraie, commentée dans son sens le plus rigoureux et reproduite par toute la presse française : Ihomme accusé fut jugé coupable, sur parole...

Eh quoi! personne n a été frappé des étranges anomalies qui résultent de lexposé même des faits signalés à

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la vindicte publique? On ne s est pas senti pris de méfiance en voyant les gouvernements, dont limpitoyable absolutisme enserre étroitement la Servie émancipée , prendre la défense de ses libertés menacées, et dénoncer au monde entier \ attentat Uberticide du prince Milosch?

L'on ne s'est pas étonné davantage que Milosch, Ihomme du peuple, celui-là même qui , durant ces quarantes dernières années, a combattu, corps et ame, les autocraties turque et russe, pour briser le joug de fer de l'une, et échapper aux envahissements de l'autre ; pour arracher son pays à l'esclavage, lui conquérir sa nationalité d'abord, et le doter en-

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suite des institutions les pins libérales; on ne s'est pas étonné, que Milosch se soit réveillé un beau matin , avec la singulière idée de se faire déclarer monarque absolu'^. Oh!

mais cette crédulité est incompréhensible !

C'est qu'alors, nul n'a cherché quels étaient les antécédents de ce vieillard qui aurait souillé ses cheveux blancs du plus détestable crime qui soit donné à un souverain de commettre : celui de mentir à la foi jurée, de ravir à la nation les fruits de ses héroïques efforts , de ses sanglants sacrifices! Comme aussi, nul ne s'est demandé : pour quel motif, dans quel but. ce Milosch, l'homme

de ses propres œuvres, élevé sur le pavois aux acclamations de ses compagnons d'armes, par la volonté de trois uii liions d hommes dont il a brisé les fers à la pointe de son épée; pourquoi enfin , arrivé au soir de sa glorieuse vie, Milosch, l'élu et l'idole du peuple servien, aurait méconnu l'origine de sa souveraineté, repoussé du pied son beau vieux trône populaire, pour l'échanger contre ces quelques planches vermoulues recouvertes de velours , que vous savez , et que le peuple, au jour de sa colère, fait crouler en soufllant dessus?...

Mais, pour admettre que ce projet insensé eût germé dans la tête de cet homme, alors qu'il jouissait sans

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conteste du haut prix décerné par la patrie à ses éclatants services; alors qu'il pouvait légitimement compter sur un repos environné d'honneurs, il faudrait supposer que cet homme eût perdu la raison , et les feuilles allemandes ne faisaient pas mention que Milosch soit devenu fou.

C'est réellement chose Lien triste, que cette légèreté avec laquelle on accueille sans examen les bruits, les accusations qui ternissent de glorieuses renommées; qui brisent moralement une existence toute consacrée à de grandes et patriotiques actions !

Et il est si vrai qu'il ne faut ja-

mais, (îii malien* si sacrée, précipiter ses jugements, que quelques jours après, voici venir une nouvelle version. Lne autre gazette nous disait assez étourdi ment :

« Il se confirme que le prince Mi- « losch a protesté contre sa démis- «f sion, qui lui a éié extorquée parla " violence; il a fait parvenir des ex- « plications à ce sujet aux cours de « St - Pétersbourg et de Constanti- « nople. On regrette m^ement à Cons- <f tanti nople que le prince Milosch « nait pas su opposer une plus vive « résistance aux intrigues dont il était « assiégé. Son malheur est d'avoir « mis une confiance presque illimi- « téedans le consul anglais., le colo-

'* net Hotlges , dont les avis ont amené « sa ruine. >•

Cette dernière assertion ne le cède en rien à la bizarrerie (je me sers d'un mot poli) de l'autre. Ainsi : ce serait le consul anglais , le représentant d'un gouvernement libre, qui , au mépris de toute convenance politique comme du sens commun le plus vulgaire, aurait conseillé au prince Milosch de se faire déclarer monarque absolu^ et c'est la Russie indignée qui dénonce à toute l'Europe l attentat liberticide?... Tout cela est extraordinaire, réellement!

Ne le pensez-vous pas ?. . .

Quoi qu'il en soit, je suis fondée à croire que Milosch. abattu , se reh;-

vera. Un homme ne s'élève pas aussi haut, (le si bas, sans avoir en lui la force d ame qui fait regarder en face le malheur sans en être terrassé. Son attitude est digne vis-à-vis de ses puissants ennemis : Milosch ne désespère pas de l'avenir, le peuple est pour lui.

C'est que la mémoire du peuple est fidèle, l'instinct si sûr des masses défie toutes les subtilités politiques et discerne avec une merveilleuse sagacité ses amis d'avec ses ennemis, le juste d'avec l'injuste. Le peuple, lui, n'a pas répudié Milosch, c'est l'homme de son choix , et il le considère comme sa personnification et son héros; son nom populaire est pour

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les Serviens le synonyme <les mots patrie et liberté , inscrits sur les glorieux e'tendards de l'indépendance !

A-t-on donc oublié la marche triomphale de la femme de Milosch à travers les populations slaves, nonseulement de la Servie régénérée, mais, ce qui est bien plus significatif: de celles de lEsclavonie, de la Croatie et de la Hongrie, dans le voyage qu'elle fit avec ses enfants à Vienne, en 1838? et ce n'était pas la princesse , que ces pauvres gens saluaient de leurs cris d'amour, de leurs frénétiques acclamations; ils avaient vu passer d'autres illustrations sans s'émouvoir. . . C'était la vaillante femme qui, vingt années durant, avait

rombattii aux colosdoson mari pruir conquérir les liberté^ de la Servie , devant laquelle se prosternaient ces peuples asservis....

Aussi, la politique ombrageuse du cabinet autrichien ne s'est -elle pas trompée sur la nature de ces populaires ovations! En voyant tous ces peuples que le cercle de fer des traite's a enclavés dans son territoire et lui a donné h garder, lever spontanément la tête, accueillir avec une joie délirante un nom qui représente leurs vieilles nationalités, qu'on croyait oubliées, le cabinet autrichien a compris les menaces de l'avenir î

Ces symptômes de vie^ au milieu des tombeaux, ont effrayé l'Autii-

che... cl t'Ilesest trouvée admirablement disposée pour voir de bon œil le succès de \ intrigue russe qui a détrôné Milosch et, après lui, sou fils.

Le mot est écrit, je ne l'effacerai pas. Cette conviction résulte pour moi des pièces qui sont sous mes yeux. Les réticences sont l'arme des méchants ou des lâches. Là, où il n'y a pas doute, il y a devoir de dire la vérité lorsqu'il s'agit de l'histoire.

D'ailleurs, de timides ménagements seraient déplacés en présence des éventualités qui, d un moment à laiitre, peuvent clianger les conditions d existence de lEurope. Les événements de la Servie, peu importants en euxmêmes, sont d une immense gra\ilé

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considères comme un act(; du grand drame qui se joue en Orient, et où la Russie est à la fois le souffleur et le machiniste,

Depuis un siècle, on n'a pas cessé de signaler les envahissements de la Russie et de l'Angleterre. Un homme, à la vue longue, qui ne séparait jamais un fait de ses conséquences, Napoléon, a essayé d opposer une digue aux pirateries territoriales de l'une, aux pirateries navales de l'autre, et il s'est brisé dans la lutte , parce qu'il a dû combattre ces deux puissances à la fois : menacées d un commun danger, toutes deux alors se sont réunies dans une commune défense. Aujourd hui ^ chacune, de son

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colé, poursuit iuipunémeiit le cours de ses conquêtes!

On a beaucoup déclamé contre l'exagération des reproches adressés par Napoléon à la Russie et à l'Angleterre, mais les déclamations ne détruisent pas les faits : en est-il moins vrai que l'Angleterre contenue, jusqu'à un certain point, pendant tout le temps delà prépondérance française, maintenant possède, de fait, le monopole des mers et même celui de ce lac français, ou du moins européen , qu'on nomme la Méditerranée, en ce sens qu'elle peut y faire ou y empêcher, ce qu'elle voudra fortement faire ou empêcher?

Est-il moins vrai que la Russie

dans ces s(/i\ant<Mjiialre rlcrnièrcs aniicVs. a ihnihlê IVtendue de son empire? Voyez, ceci est ton t-à -fait procès-verbal :

Les frontières de la Russie se sont reculées : du côté de l'occident , vers Berlin, Dresde. ^ ienne et Paris, de 230 lieues; du côtédeConstantinople de 470 lieues; du côté de Stockolm de 220 lieues, et du côté de Théran de 330 lieues. Sa population qui, sous Pierre P% en 1689, n était que de 15 millions d hommes, à la mort d'Alexandre, en 1825, et après les désastreuses guerres de son règne, s élevait au chiffre exorbitant de 58 millions d hommes...

0)m prend-on luen niaintenant de

quel [)oifls pesé rctte ])nissai!ce sur l'Europe:'...

Aussi, car il ihiil toujours être juste, la Russie assure-t-elle ne plus aspirera des accroissements de territoire. Eh sans doute î ce serait contre ses intérêts bien entendus; mais ce qu'elle veut actuellement avant tout, par-dessus tout et à tout prix : ce sont des influences, des protectorats, des alliances, comme elle les entend , c'està-dire , des vasselages déguisés et dorés. Accusez la Russie de vouloir occuper Constantinople . elle se signera dévotement et protestera n'avoir jamais eu la pensée de se substituerai!

lieu et place de son fidèle allié le Conmiandcur des Croyants, à la con-

(1 il ion, loutelbis, (|iic iii fidèle allié ^ à la première réquisition de la Mission russ(î, fermera les Dardanelles à l'Europe et acceptera la protection des Hottes de Sébastopol et d'Odessa.

Il échappa un jour à Alexandre, dans un moment d effusion extradiplomatique, de dire : « Les Dardanelles sont la clé de ma maison. »

Ce mot fut recueilli et rapporté à Napoléon : « Ah! ah!... répondit-il d'un ton narquois, » alors, Constantinople est le péristyle de cette maison, et la Munificence moscovite en fait courtoisement les honneurs à l'Europe!... l'avis et bon... » L'avis a été perdu pour d autres... après Napoléon, la Russie a placé en faction, à

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la porte de sa inaisoti. un Kalinouek 1 arme au bras...

El d année en année s'accroît sous l'oppression morale qui annihile la Turquie , sa détresse matérielle !

Quel sort lui réserve sa soumission à l'amitié pesante de la Russie? Que lui reste-il à cette heure de ses fabuleuses conquêtes? Qu'est devenu le magnifique empire fondé par Mahomet II?

A l'occident, la Grèce a recouvré son indépendance; la Hongrie et la Transylvanie sont possédées par l'Autriche; au midi, l'Egypte et la Syrie lui ont échappé; à l'orient, la Perse doublement perdvu» pour elle et par

\ iiidcpciidaiHt' de co pa^s cl par 11110 frontière rw56é^; au nord, la Valachie, la Moldavie et ia Servie, à celte heure, ont eclianj^e la domination de la Porte contre Xot protectorat russe. Puis, la Crimée j'usse, les rives du Danube russses^ la mer Noire russe, partout la Russie établie dans les champs de la vieille gloire ottomane!

Et cependant, tout ces faits se sont accomplis, tandis que la Turquie était gouvernée, ses intérêts défendus par un clief habile ! Et aujourd'hui, quels moyens a-t-elle pour résister aux impiétements incessants de cette formidable puissance? Aucun. Aujourdhui, la Russie peut tout oser:

le sabre dOsman est tondx' aux

mains d un onl'ant, qui, en nionlant sur le trône, a reçu pour don de joyeux açènement la nouvelle de la défaite de son armée et de la deTeetion de toutes ses forces navales!!!

Un allié utile et fidèle restait à la Turquie : vin homme d'une prodigieuse capacité, d'un esprit profond; possédant au plus haut degré la finesse des choses, la science des hommes, Milosch, avait contracté un traité d'alliance avec la Turquie, non pas par sympathie , on le comprend, mais parce qu'ayant apprécié les avantages àt la protection russe, il s'en était garé comme du feu.... Milosch restait fidèle à la Turquie : il n'a pu, ou n a pas voulu comprendre qu'il

aurait piolit et intc'rèt à la trahir; Milosch a été renversé!

Rien nest patient comme la diplomatie russe, elle dresse ses batteries dans l'ombre, vise à un but inostensible, tourne les obstacles qu'elle ne peut vaincre, et arrive toujours , car elle ne se décourage jamais. Les preuves ne manqueront pas dans le cours de ces exquisses : la stratégie diplomatique russe est fort curieuse à étudier....

En 1833, un lirman de la Porte reconnut enfin Milosch Obrenowisch prince héréditaire des Serviens.

Cet arrangement, qui mettait fin aux déchirements intérieurs d'une partie de la Turquie en lui donnant un

allié, au lien d'un ennemi qu'elle avait à combattre, n'entrait dans les vues, ni dans les intérêts de la R ussie, mais lorqu'elle vit qu'elle ne pouvait l'empêcher, alors elle s'interposa officieusement pour en hâter la conclusion , afin de ménager ses positions de ce côté. Le chef de la Servie lui échappait de fait, elle n'a point lâché prise : avec son habilité ordinaire, elle l'a circonvenu. Et à propos de cela, il me revient en mémoire un fait qui sert si bien de corollaire à ce qui précède, que je ne puis résister à signaler, chemin faisant, ce petit épisode caractéristique :

Le prince Milosch, voulant que ses fils reçussent une éducation liteale

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vX ibrle, qii ils piissenf acqiuirir des coriiiaissanres spéciales dans l'étude des lois et du droit public, s'adressa à l'une des gloires de la Faculté de Droit de Paris, l'honorable M. Poncelet; il le chargea de lui choisir en France, pour être le précepteur de ses enfants, un homme de capacité , et dévoué à la cause du progrès.

La Russie ne la pas permis, à sa manière, c est-à-dire qu'elle a si bien manœuvré dans l'intervalle qui s est écoulé entre la demande du prince et la réponse de M. Poncelet, qu'elle a trouvé le moyen de faire accepter un sujet à elle, M. Zoritsch, attaché à la légation russe en Servie.

Jusqu'ici, cet empressement de

roinpereur Nicolas à procurer un

instituteur aux jeunes prince serviens pouvait être considère comme un acie de pure courtoisie ; mais, ce qui détruirait jusqu'à un certain point cette cliaritabie supposition, cest ce que nous a aussi appris en ces termes, une gazette allemande ;

^i>« Belgrade, 21 juin 1839. /Vussi- « tôt après la déposition du prince « Milosch, M. Zorîtsch, ancien pré- « cepteur des princes, lilsde Milosch, « et en dernier lieu secrétaire du « consul russe, est parti ce matin « muni des pleins pouvoirs de la re'- « genre et du sénat pour solliciter de ' la cour de Russie la sanction xies < derniers événements....)

N'est-il pas en effet assez sinjî;uliei\ que M . Zoristch. secrétaire. en dernier lieu, (lu consul russe , se soit trouvé investi tout-à-coup de la confiance illimitée du sénat servien qui venait de déposer le père de ses élèves , et qu'il ait été expédié en toute hâte à Saint-Pétersbourg pour en porter la déplorable nouvelle. . . C est là une de ces coïncidences fâcheuses qui s'expliquent difficilement, et de celle-ci :

il semblerait résulter que le précepteur russe ne s'était pas, exclusivement, occupé de l'éducation dos fils du prince Milosch, pondant tout le temps qu'il avait été à son service.

Cette mauvaise pensée est venue à beaucoup de gens î

Je ^ icnsde iioirimer h* sénat ; mais pour poiivoi r apprécier la moia I ite de ses actes, et du rôle exorbitant qu'il s'est attribue dans les derniers e'venements, quelques explications sont indispensables. Je vais tracer le plus rapidement possible l'historique de la création de ce corps institue par le prince Milosch, et qui Ta renversé, par les ordres de la Russie.

Le prince Milosch sorti des rangs du peuple, avait voulu que le sénat qu il créa, fût composé des élus des districts et des villages, représentants véritables des intérêts du peuphî. Il en a été tout autrement.

Des iniluenees étrangères, d'occultes menées d une part ; de l'autre,

des inlrigut's conniMî il s'en (orino dans tous les mondes consli lu lion nels au moment des élections, ce f^rand acte de l'exercice des droits nationaux, rendirent nulles les lx)nnes et sages intentions de Milosch,, et, en définitive, le sénat se trouva composé en majorité de la partie la moins saine de la Servie:

Ainsi, des hommes appartenant à cette aristocratie de rencontre comme il s en trouve tant di'vns \es>pnru:ipnufés., accessibles à toutes le5 suggestions du dehors; ne représentant aucune opinion, aucun intérêt national; sorte degens restés toujoursétrangers aux eflorts, aux sacrifices de la nation, et qui arrivent toujours à point

nomîne pour en recueillir les fruits, pour revendiquer les dignités et les ])laces; ces faux frères, enfin, activement secondes par les agents russes, sefaufdèrenlau sénat.

Dautresliommes encore, élevés en Russie où ils ont passé leur jeunesse, n'ayant d'autres litres à faire valoir que celui d'être les héritiers d'un nom illustre, jadis cher aux brades Serviens, ces hommes qui, assure-t-on, se croyaient lésés parce qu ils n'étaieni pas assis sur le trône de la Servie, arrivèrent au sénat disposés à faire de lopposition au gouvernement du prince Milosch, sans songer, les im- |)rudents, qu en suivant certaines impidsious ils servaient des intérêts qui

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ne sont pas rriixdii j^ays; (|ii ils sacriiiaicnl à leurs convoiliscs irrrllécliirs la IrafKjuillitc publique . et remel- I aient ainsi en (|u es lion jusqu à l'exislence polilique de la Servie!

Telle est en grande partie la composition de ce sénat d où est parti le coup qui a compromis peut être à tout jamais léniancipation de la nation servienne, et qui rendrait inutiles tant d héroïques efforts!

Kara- Georges , le grand citoyen qui dirigea la première levée de lx)ucliers de la Servie contre la domination ottomane, en 1796. Kara-Georges a enfoncé son poignard dans le cœurdeson père pour qu il ne tombât pas vi\ant aux mains des Turcs: ses

(It'sceiidaiils (itaicnt-ils doiir lalalc aie ni destinés à livrer la pairie, leur mère, aux mains des Russes ?...

A présent que nous voici éditiéssui* quelques points, en nous les rappelant à loccasion, nous serons mieux en mesure de juger en connaissance de cause les voies et moyens employés pour arriver à la conclusion de 1 839. . .

Et maintenant je vais, à l'aide de documents de toute authenticité, rétablir exactement les faits et les événements, dire toute la vérité...

Je vais aussi présenter les titres qu'a le prince détrôné à lintérêt général comme aux sympathies de tous les hommes de probité et de conviction politiques; retracer la vie merveil-

louscdiin pauvre f^aidenr (le bestiaux (le la Servie, ce petit coin de I Orient, lerre classique de l'esclavage, des entrailles de la(]uelle sortirent un jour (Jes h(Mos, des martyrs de la liberté; je vais eniin essayer de faire connaître à notre France (jui, elle, sait se passionner pour l(^s nobles choses., quelques scènes de ce prodigieux drame de l insurrection servienne, auquel il n a manque que la publicité, pour conquérir plus tôt l'admiration et les sympathies de tous les mondes î

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