‹ Le BergsonismeChapitre 142 sur 171 · I. Essai, p · texte numérisé non relu

I. Essai, p

LE MONDE QUI DURE

du monde est bien un absolu, au même titre que le Dieu de Spinoza, ridée de Hegel ou la Volonté de Schopenhauer. On reconnaît dans l'Elan vital une réalité simple comme dans le Dieu de Spinoza ou la monade leibnitziennc ; — une réalité de durée comme dans l'Idée hégélienne ; — une réalité de vie comme dans la Volonté schopenhauenenne La question de son origine métaphysique ne se pose pas : toute explication n'est qu'une coupe sur la vie, et postérieure à la vie. C'est ainsi qu'éprouver en nous l'existence de la liberté, c'est admettre ia primauté de l'acte libre sur les causes qui l'expliquent une fois accompli. Gardons-nous d'appliquer à la métaphysique quelque chose d'analogue à cette loi d'association qui, en posant les éléments avant le tout, l'inférieur avant le supérieur, compose avec du tout fait la réalité qui se fait. L'Élan vital ressemble à « un centre d'où les mondes jailliraient comme les fusées d'un immense bouquet ^ » et qu'il n'y a pas de raison bien forte de ne pas appeler Dieu. " Dieu eunsi défini, n'a rien de tout fait : il est vie incessante, action, liberté. La création, ainsi conçue, n'est pas un mystère ; nous l'expérimentcms en nous dès que nous cigissons librement. »

Mais ce Dieu est un Dieu qui dure. Descartes estimait que borner la toute-puissance divine en ce qui concerne la création libre des essences revenait à l'assujettir à un Styx. Et il entendit que cette toute-puissance portât sur les essences aussi bien que sur les existences. Pareillement son monde était un monde instantané, que Dieu recréait par un acte libre à chaque instant de la durée. Au principe du cartésianisme il y a le sentiment très vif de la liberté, tant chez Dieu que chez l'homme. Le bergsonisme part, lui aussi, de la liberté. On peut l'appeler une philosophie de la liberté. Mais il conçoit cette liberté, au contraire de Descartes, ccNnme un effort limité et opprimé par mille obstacles, et qui, avec plus ou moins de succès, s'ingénie à les tourner. Dé)à, dans Vtssai, la liberté de l'homme est donnée comme un état exceptionnel, atteint seulement à quelques moments de crise. Pareillement la liberté divine. La vie naît dans le temps, l'élan vital est durée. Dieu doit attendre comme moi qu'un morceau de sucre fonde. Et •uitout Dieu n'est pas tout-puissant, la force de vie n'est pas illimitée. eUe doit sacrifier, die doit se borner, elle doit choisir : un Dieu absolument tout-puiitant comme le Dieu de Deacartes n'aurait pas plus i choisir que le Diai spinoziste ; tous les possiblci tcniont pour lui

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