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Le béribéri

Le béribéri fait d'innombrables victimes parmi les races de couleur. Il exerce de grands ravages dans les établissements q ;e les Européens ont fondés en Extrême-Orient. Maladie de misère et de famine, il éclate dans les agglomérations de travailleurs indigènes, chaque fois que le vivre et l'air leur sont trop parcimo- /nieusement dispensés. Sujet à des retours inopinés qui déconcertent, il finit par constituer, dans les lieux qu'il a visités une première fois, un foyer permanent, à moins qu'on ne lui oppose des moyens énergiques.

Cette maladie meurtrière frappe de préférence les hommes en pleine maturité. Elle entrave donc le recrutement de la main-d'œuvre sans laquelle une colonie, quelle que soit la fertilité de son sol, est condamnée à languir.

Dans les régions où règne cette endémie, l'exécution des grands travaux d'utilité publique, l'établissement des routes, canaux et chemins de fer, l'exploitation des mines et des plantations, causent la mort d'un grand nombre de coolies.

Envisagé au point de vue économique, le béribéri a donc une grande importance. Mais^ il y a plus, il amoindrit le nombre et la valeur des

contingents indigènes et, en affaiblissant la puissance militaire de la colonie, il compromet sa défense et sa sécurité. Dans la dernière campagne, le Japon, malgré l'excellence de son corps de santé, a eu 76 à 80 000 hommes mis hors de combat par le béribéri ; par cette seule cause morbide, il a été privé du dixième de son effectif. L'extinction du béribéri, cet exemple le prouve, est un des problèmes vitaux que tout Etat colonisateur doit se proposer de résoudre.

Or, il s'agit d'un mal évitable suf lequel l'hygiène a beaucoup de prise. Logez les coolies, les soldats, les marins, dans des bâtiments vastes et bien aérés ; donnez-leur une ration alimentaire convenable ; n'exigez pas d'eux un labeur audessus de leurs forces, et vous verrez une épidémie qui s'annonçait redoutable, se réduire à de minimes proportions.

Mais, pour que ces mesures soient efficaces, il faut agir vite et, par conséquent, reconnaître le béribéri dès son apparition. Or, cette maladie, si riche en expressions symptomaliques et parfois si pauvre en signes de valeur, déroute l'ob^ servateur novice. Au cours d'une mission en Extrême-Orient, à peine débarqué sur la côte d'Annam, jevisprès deTourane,danslaplainede Faïfo, un grand nombre de faméliques. Les uns étaient distendus par l'anasarque, ce qui, de prime abord, suggérait l'idée de cardiaques en état de cœur forcé ; d'autres, très pâles, en proie à une dyspnée plus oii moins vive, avaient le vi-

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