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IL PROPHYLAXIE COLLECTIVE

Quand le béribéri éclate dans une aggloméra-

(1) HébrarcI, au Congrès de Bruxelles (igoS), conseille, comme mesure prophylactique, la suppression radicale de l'alimentation par le riz ! Gomme le fait remarquer Gryns, à Java, sur 24 millions d'habitants, 80 o/û au moins se nourrissent de riz et, chez les Javanais libres, le béribéri est très rare. J'en dirai autant pour rindo-Ghine française, le Siam et la Birmanie. Il est donc impossible, et d'ailleurs inutile, d'exclure le riz de l'alimentation en Extrême-Orient.

tion quelconque: prison, caserne, école, hôpital, asile d'aliénés, tout un ensemble de dispositions est à prendre immédiatement pour enrayer l'épidémie.

L'alimentation devra être plus substantielle et de bonne qualité ; on y introduira des vivres frais. Les locaux seront évacués et les indigènes, sains ou malades, devront être dispersés en plein air dans des cases. Ils seront astreints à faire chaque jour des exercices musculaires, car le mouvement corporel est l'un des meilleurs préservatifs contre le béribéri.

Les vêtements des malades seront étuvés,

Les bâtiments devront être asséchés par le drainage, s'il y a lieu ; ils seront largement ventilés et désinfectés et, au besoin, on rasera les pavillons où le béribéri a élu domicile.

L'application de ces mesures, lors de l'épidémie qui, en 1898, a décimé le pénitencier de Poulo Condor, a donné les meilleurs résultats. La mortalité moyenne était de 10 ^^/Q^etpar mois. L'épidémie, pendant les i4 mois qu'elle a duré, a donné une mortalité de 89 7oo ^" ^^' vembre 1897, de ^^ °/oo ^" décembre; en janvier et en février 1898, elle atteignit la proportion énorme de i3o et i48 7oo' ^^ cours de ces deux derniers mois, le béribéri avait à lui seul causé 72 décès sur 767 prisonniers, et 67 décès sur 499. Le 16 novembre 1898, un arrêté prescrit l'évacuation provisoire des locaux, la diminution des travaux pénibles, l'obligation des

soins de propreté, l'amélioralion de la ration alimentaire. Il fut alloué, chaque jour, à chaque prisonnier, 260 grammes de porc frais, remplacé deux fois par sem^aine par 35o grammes de poisson frais et 5o grammes de graisse de porc. En outre, on distribua à^es légumes frais et secs et les condiments habituels. Quelques jours après la mise en vigueur de cet arrêté, il ne fut plus signalé aucun nouveau cas. En i4 mois, sur une population de 972 hommes, on compta 480 cas de béribéri dont 4o5 furent mortels !

A Pudoh Gaol, l'application de mesures analogues a été suivie du plus heureux effet. D'après Travers, qui a donné la relation détaillée de cette épidémie et mis en évidence les connexions étroites qui existent entre la gravité de l'épidémie et le genre de vie imposé aux détenus, en novembre 1897, ^^ prisonniers étaient atteints du béribéri parmi lesquels 16 succombèrent. L'effectif de la prison était alors de 349 détenus. Une commission composée de trois « government surgeons » fut instituée pour rechercher la cause de cette épidémie et indiquer les moyens de l'enrayer.

La commission conclut que le régimealimentaire des détenus ne pouvait pas être incriminé et elle admit que, selon toutes probabilités, la . caus3 de l'épidémie était un germe ou une toxine existant dans la prison. Elle conseilla de désinfecter les bâtiments avec une solution de sublimé au millième et d'envoyer tous les prison-

niers en étal de travailler à l'hôpital du district pour aplanir les jardins et combler les marais. Les détenus, au nombre de 200 à 3io, furent occupés à ce travail jusqu'au i4 janvier 1899.

De juin à novembre 1897 inclusivement, alors que les prisonniers travaillaient à l'intérieur de la prison, on comptait 192 cas de béribéri dont 34 mortels. De décembre 1897 ^ j'^*^'^ 1898 inclusivement, laps de temps pendant lequel les prisonniers travaillèrent à l'hôpital du district, le nombre des béribériques fut seulement de 35 dont pas un seul ne mourut.

En janvier 1899, les travaux à l'hôpital du district étant achevés, les prisonniers furent employés, partie dans l'intérieur de la prison, partie à des travaux publics divers en dehors de l'enceinte.

Le tableau suivant montre que la reprise du travail intra muros fut suivie d'une augmenta-

tion réo

ulière

des cas

de béribéri :

Années

Cas de béribéri

Morts

Remarques

Prisonniers travaillant hors

de prison.

Prisonniers travaillant, partie

en dehors, partie en de- , dans de la prison.

igoo

Prisonniers travaillant dans la prison.

jgoi

id.

igo-î

En janvier 1902, le nombre des cas de béribéri s'accrul considérablement. L'épidémie se maintint très sévère et, pendant celte année, on reçut à l'infirmerie 470 nouveaux cas dont 55 furent morlels. Travers fit construire, à 100 yards environ des murs de la prison, sur un espace découvert, de grands ateliers où les prisonniers furent envoyés à partir du 26 septembre. Dès le 20 octobre, l'état des prisonniers s'était déjà très sensiblement amélioré. Tandis que l'on avait enregistré 280 cas de béribéri avec 3i morts pendant les six mois de travail intra muros, on ne compta plus que 72 cas avec quatre morts pendant la période de travail extra muros. Or, ajoute Travers, le nombre des cas de béribéri admis chaque mois, à Thôpitaldu district, durant toute l'année resta à peu près le même. 11 ne faiblit pas pendant le dernier semestre, ce qui démontre bien que l'amélioration de l'état sanitaire de Pudoh Gaol était due au travail en pleia air.

Travers fait encore plusieurs remarques intéressantes au point de vue prophylactique. Un grand nombre de Chinois, dit-il, admis dans les hôpitaux de Selangor pour béribéri, sont des coolies travaillant aux mines d'étain. Ces hommes vivent en commun dans de longs hangars ou kongsi qui sont soigneusement fermés la nuit, aussi l'atmosphère de ces salles est-elle extrêmement conQnée et fétide. Quand le béribéri fait sou apparition dans l'un de ces hangars, ce qui est fréquent, presque tous les coolies

qui y habitent sont atteints. Au contraire, les ouvriers agricoles qui sont, pour la plupart, des jardiniers indépendants, logés dans de petites huttes particulières, sont presque toujours épargnés.

Autre remarque faite par Travers, qui montre bien le rôle néfaste des privations et de l'immobilité. Les prisonniers convalescents de béribéri sont presque toujours atteints d'une rechute sévère, et souvent mortelle, quand ils sont condamnés au régime du pain et de l'eau et mis en cellule, par mesure disciplinaire,

La tâche du médecin qui est chargé du service sanitaire d'une grosse agglomération, telle qu'une exploitation de mines ou une prison, ne doit pas se borner à l'examen des individus portés malades. Il doit faire œuvre d'hygiéniste et sa constante préoccupation doit être de dépister le béribéri à son début. A une époque fixe, il fera peser indistinctement tous lestravailleurs ou détenus, comme cela se pratique chaque semaine à la prison d'Insein (Basse-Birmanie). Tout écart considérable, soit en moins, soit en plus, par rapport au poids antérieur, doit éveiller l'attention du médecin, car, si dans la forme sèche, le poids du corps diminue, il augmente considérablement dans la forme humide par le fait de l'œdème, et cela bien avant que celui-ci soit apparent. Toujours en vue d'éteindre une épidémie dès son origine, le médecin doit faire une enquête sur chaque cas de mort subite.

Le choix de l'emplacement du bivouac pour le cantonnement des troupes est d'une très grande importance. Depuis que les Hollandais ne logent plus leurs troupes à Atjeh sur un terrain exigu et dans de vieilles casernes infestées par le béribéri, depuis qu'ils ont drainé et macadamisé le sol sur lequel s'élèvent les baraquements des indigènes, la maladie qui, autrefois, décimait les troupes, a presque entièrement disparu. Chaque fois que cela est possible, les casernes seront établies hors ville et de préférence sur des hauteurs, les altitudes étant défavorables à réclusion du béribéri. Les règles à suivre pour éviter les vices de construction se résument en ceci : pas de bâtiments agglomérés, pas d'étages superposés, pas de cours encaissées où stagne un air dormant, un air mort, partout de l'air courant. L'indication dominante est d'établir un courant d'air constant pour rafraîchir l'atmosphère et assécher les pavillons. Donc si des bâtiments encadrent une cour, il faut ménager entre eux des coupures pour faciliter la ventilation. Quand cela est possible, il est bon d'adopter la disposition rayonnante ou en ordre dispersé qui permet d'orienter les façades selon la direction habituelle des vents régnants. Chaque bâtiment doit être établi sur une plateforme soutenue par des arcades surbaissées afin que l'air circule librement dans les substructions. Le toit, à double versant, prolongé au delà des façades de manière à protéger l'inté-

Jbanselme -— Le Béribéri 12

rieur contre la pluie et le soleil, sera percé de lacunes, ou muni d'un lanterneau, pour laisser échapper l'air chaud. L'espace compris entre les piliers en maçonnerie sera comblé, soit par de minces parois filtrantes en bambou tressé, soit par des cloisons plus épaisses.

Les mesures de désinfection doivent être rigoureusement prises, bien que tous les observateurs ne soient pas d'accord sur leur utilité. A la prison du Pulu où le béribéri a fait de grands ravages, on pratiquait le balayage à sec, ce qui soulevait beaucoup de poussière. A la prison de Taï-Ping, à Pérak, il n'y a pas eu d'épidémie récente; dans cet établissement, il y a une buanderie où les vêtements sont soumis à l'ébullition ou étuvés à la vapeur. Au lieu de nattes de lit, les prisonniers sont pourvus de couvertures qui sont lavées de temps à autre. Tout poisson sec est étuvé avant d'être livré à la consommation.

Mais, trop souvent, la désinfection ne donne que de piètres résultats. « Les bâtiments qui sont habités par les coolies à l'île Christmas, dit Durham, furent, pendant une période d'une année environ, lavés une fois par semaine avec du sublimé à 7-^^ ; plus tard, ce nettoyage antiseptique n'eut lieu qu'une fois par quinzaine parce que les malades se plaignaient de l'humidité que causaient ces lavages trop souvent réitérés. Quoique la désinfection ait été bien exécutée, et que les planchers et plates-formes

des lits (^) aient été soigneusement écouvillonnés, les coolies continuèrent à être atteints comme par le passé ». Or, les artisans qui habitaient des maisons similaires, où aucune précaution antiseptique ne fut prise, échappèrent à la maladie. Durham conclut de ces faits que si l'agent causal se cache dans les nattes des lits, les vêtements, etc., la désinfection ne peut pas rendre beaucoup de services.

Travers, dans sa relation de l'épidémie de Pudoh Gaol, dit que la désinfection et l'amélioration de la ventilation restèrent sans effet. G. Ellis croit, au contraire, que la désinfection a un rôle prophylactique considérable.

Malgré l'aménagement le plus rationnel, le béribéri survit et se propage dans les agglomérations compactes. A l'île Ghristmas, les coolies gravement malades occupent, à Loading-Point, des bâtiments bien aménagés et largement ventilés. La jungle a été défrichée ; les constructions s'élèvent au bord de la falaise sur un fond de corail fissuré, incomplètement couvert de terre. Le drainage naturel est bon et il n'y a jamais d'eau stagnante aux alentours. 11 y a 38 bâtiments alignés faisant face à la mer. Ils sont élevés sur pilotis ; les planchers sont à clairevoie, entre ceux-ci et les parois règne tout autour une lacune de 9 pouces de hauteur laissant

{i) JBed plat for tn: cube de maçonnerie sur lequel est étalée la natte de repos.

entrer l'air frais. La nuit, les contrevents sont fermés^ mais cela n'entrave pas la ventilation, car le toit couvert de chaume est perméable à l'air. Les murs sont goudronnés ou couverts de poix à l'extérieur, ils sont blanchis à la chaux à l'intérieur. Quand éclate une épidémie de béribéri, *aucune mesure ne saurait donc remplacer la dispersion des individus, sains ou malades, dans despaillottes. Un hôpital pourbéribériques ne devrait donc pas être conçu sur le plan des établissements hospitaliers en général. On devrait tendre le plus possible à lui donner le caractère d'une colonie agricole.

Hoffmann, directeur de l'asile des aliénés de Buitenzorg (Java), a transformé progressivement cet établissement en une vaste entreprise de culture. Les aliénés sont groupés en véritables villages, les cases sont en nattes, l'une d'elles sert d'infirmerie, une autre reçoit les agités. Hoffmann insiste sur ce fait que le béribéri n'apparaît que dans les pavillons en maçonnerie.

Les convalescents devraient être tenus aussi éloignés que possible des malades, afin d'éviter les réinfections successives. Il est à peine besoin de dire qu'onnedevrait jamais recevoir un cas de béribéri dans un hôpital qui n'est pas destiné exclusivement au traitement de cette maladie, et que, par réciprocité, un malade atteint d'une affection quelconque ne devrait pas être admis dans un établissement où règne le béribéri. D.-B. / Simmons va jusqu'à dire que c'est un crime

d'établir un hôpital général dans une localité où le kakke est endémique.

Afin d'éviter les épidémies de navires, il faut soumettre, avant l'embarquement, l'équipage à une visite sanitaire, pour écarter tous les cas suspects. Si le béribéri éclate à bord, on isolera les malades dans des cabines bien ventilées, ou, ce qui est préférable, on les fera coucher sur le pont. A l'arrivée, le navire sera lessivé, désinfecté et recouvert d'une nouvelle couche de peinture.

La guerre russo-japonaise (1904-1905) a montré dans quelle proportion le béribéri peut affaiblir l'effort militaire d'une nation. Malgré l'excellente organisation du corps de santé de l'armée japonaise, attestée par tous ceux qui ont suivi la campagne, on ne peut pas estimer à moins de yS à 80 000 le nombre des soldats japonais rendus indisponibles par le béribéri. Les opérations militaires, en effet, exigeaient la concentration des troupes, surmenées et insuffisamment nourries, sur un espace circonscrit, ensemble de conditions très favorables à l'éclosion d'une épidémie de kakke.

Tous les hommes atteints de forme subaiguë ou chronique et capables de supporter le voyage, furent évacués sur le Japon. A Hieroshima, non loin de la Mer Intérieure, où l'on avait créé un groupe d'hôpitaux pouvant contenir environ 12000 malades ou blessés, un hôpital spécial de 1 000 lits, avec laboratoire bien outillé pour

les recherches bactériologiques, fut réservé aux malades atteints de kakke.

Durant la guerre, cinq grands hôpitaux furent ouverts à Tokio; dont deux, le Sldhuya et le Toyama hospitals, reçurent de 7 à 800 béribériques.

Si l'épidémie de kakke a pris des proportions telles parmi les rangs japonais, qu'un soldat sur dix fut immobilisé du chef de cette maladie, elle n'a causé, grâce aux soins éclairés et surtout à la prompte évacuation sur le Japon, qu'un nombre de décès relativement très faible.

Le tableau ci-dessous, communiqué à Maximilian Herzog par le médecin inspecteur général

Cas évacués du

Cas développés

théâtre de la guerre

au J

apon

Dates

Nouveaux cas

Morts

Nouveaux cas

Morts

Février

Mars . .

Avril . .

Mai . .

Juin . .

Juillet .

Août . .

lôi

Septembre

Octobre .

Novembre

Décembre

TOTJ

Koiké, chef du bureau médical de la guerre, donne la statistique du béribéri dans l'armée japonaise durant la première année de la campagne (1904).

Le pourcentage de la mortalité fut de 1,98, soit moins de 2 ^/' .

TRAlTEMElNÏ

Un simple changement d'habitation suffit parfois pour arrêter le béribéri à son début. Mieux vaut encore quitter la région contaminée. Dans les cas légers, après quelques heures de chemin de fer, disent Baelz et K. Miura, le malade sent déjà une diminution des palpitations et des paresthésies. Un voyage en mer est souvent suivi d'un prompt rétablissement. Le séjour dans la montagne amène aussi la guérison sans modification du régime alimentaire et sans traitement. L'usage du riz peut être continué sans inconvénient, mais l'ordinaire devra être varié, abondant et de bonne qualité. La farine de blé ou d'avoine, les haricots qui contiennent beaucoup de principes azotés sous un petit volume, les œufs, le lait, la. viande sont à conseiller. J. Hulshofî-Pol conseille d'additionner la ration quotidienne de riz d'une ration au moins égale àe pliaseolus radiatus ; l'emploi de cette légumineuse lui aurait donné de bons effets, surtout dans les recrudescences des formes chroniques.

Il n'y a pas de remède spécifique contre le

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